Bulle avec le Québec: plus de 9000 déplacements en trois jours

Après plusieurs mois d’attente et de demandes répétées, les fameuses bulles jumelant le Madawaska avec le Témiscouata et le Restigouche avec la MRC d’Avignon, en Gaspésie, sont finalement entrées en vigueur samedi.

Et ils sont nombreux ce week-end à avoir saisi l’occasion de franchir la frontière, dans un sens ou dans l’autre, afin d’aller visiter des proches, effectuer des achats ou simplement par pur plaisir.

Selon les chiffres fournis par le gouvernement du N.-B. mardi, 3784 voyages interprovinciaux en lien avec ce nouveau jumelage ont eu lieu dans la seule journée de samedi (1er août), dont 2796 uniquement au point d’entrée du pont interprovincial J.C. Van Horne qui enjambe la rivière Restigouche.

Dimanche, ce nombre est passé à 3342. Lundi, journée fériée au Nouveau-Brunswick – et non au Québec –, on parle de 2143 déplacements personnels, pour un grand total de 9269 déplacements interfrontaliers avec les régions jumelées lors des trois premiers jours.

«Je suis satisfait des résultats de la négociation qu’on a faite. On a réussi à démontrer au gouvernement l’importance des relations avec ces communautés du Québec. Et aujourd’hui, l’objectif est atteint, la frontière est plus fluide, moins restrictive.»

Le maire de Balmoral et président du Forum des maires du Restigouche, Charles Bernard, est l’un de ceux qui demandaient depuis longtemps l’ouverture des frontières aux communautés limitrophes de la Gaspésie et du Témiscouata. Selon lui, les restrictions qui étaient en place auparavant étaient en train de tuer à petit feu les économies du Restigouche et du Madawaska.

Il s’était d’ailleurs rendu en personne à Fredericton en juillet en compagnie du président de la CSR-Restigouche, Brad Mann, afin de rencontrer le ministre Ted Flemming (alors délégué par le premier ministre) pour le convaincre de l’importance d’ouvrir la province aux communautés québécoises frontalières.

«L’initiative a fonctionné, avec un peu de retard peut-être, mais au moins c’est ouvert», lance-t-il, admettant néanmoins que tout n’est pas encore parfait.

Car traverser la frontière n’est effectivement pas si simple. Les personnes intéressées doivent au préalable remplir un formulaire d’autorisation. Celui-ci demande, entre autres, l’adresse de la destination du requérant, l’objectif de la visite ainsi que la date exacte de celle-ci. Cet enregistrement peut se faire en tout temps en ligne ainsi que par téléphone en semaine. Une fois la demande effectuée, un numéro d’autorisation est envoyé et doit être présenté aux agents frontaliers en sol néo-brunswickois. À noter que chacun des passagers du véhicule doit s’enregistrer au préalable.

Ce jumelage est également beaucoup moins permissif que la véritable bulle Atlantique. Les visiteurs – autant québécois que néo-brunswickois – ne peuvent, par exemple, effectuer une nuitée de l’autre côté de leur frontière. Leur séjour doit donc se limiter à moins d’une journée. Ce critère empêche du coup tous les résidents d’Avignon de prendre quelques jours de vacances au Nouveau-Brunswick et d’y dormir. Impossible aussi pour les nombreux Néo-Brunswickois ayant des chalets et des roulottes de l’autre côté de la frontière d’y séjourner plus de 24h sans devoir s’isoler pendant 14 jours à leur retour.

M. Bernard admet que l’obligation de s’enregistrer et l’interdiction de nuitées demeurent des irritants sur lesquels il faudra continuer de travailler.

«Mais on comprend aussi que nous sommes toujours en période de pandémie et que le gouvernement (du Nouveau-Brunswick) désire demeurer vigilant. Il vient de faire un grand pas en avant (avec le jumelage), mais il ne veut pas non plus que ce soit le free for all à la frontière. Donc oui, tout n’est pas parfait, mais c’est un bon début et ça va faire du bien à tout le monde. On avait vraiment tous besoin de ça», indique le président forum des maires.

Celui-ci se dit persuadé qu’au fil du temps, et si la pandémie ne regagne pas trop en vigueur, ces petits irritants vont finir par disparaître, que la bulle va s’agrandir progressivement et que les voyageurs pourront prolonger leur séjour.

«On le souhaite, car c’est certain qu’on veut plus de touristes dans notre province et que l’on veut nous aussi avoir plus d’options», ajoute-t-il.

Un pas en avant, mais…

De l’autre côté de la rivière, à Pointe-à-la-Croix, on salue aussi ce premier geste d’ouverture de la part du gouvernement néo-brunswickois. Reste que cette bonne nouvelle est reçue avec quelques bémols.

«On est très content pour l’économie régionale, tout le monde va désormais pouvoir respirer un peu plus. Déjà, certains commerçants nous ont confié avoir observé plusieurs visages familiers qu’ils n’avaient pas vus depuis le début de la fermeture de la frontière. C’est très positif de ce côté, ça fait depuis le début de la pandémie qu’on attend ce moment. Mais encore là, j’ai l’impression qu’on a compliqué inutilement les choses alors qu’au contraire, on pouvait faire si simple», dit le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold.

Selon lui, une preuve de résidence à l’intérieur des limites des zones québécoises jumelées avec le Nouveau-Brunswick aurait été amplement suffisante, et de loin préférable au processus d’enregistrement actuel.

«Avoir à constamment refaire ce processus, c’est exagéré et ça contribue à une certaine frustration au sein de la population. On aurait préféré quelque chose de plus simple, car ce n’est pas évident pour tout le monde, surtout les personnes un peu plus âgées. On aurait aussi aimé pouvoir séjourner au Nouveau-Brunswick et ailleurs dans les Maritimes. Là, on sent encore un peu prisonnier», note-t-il.