Jumelage avec la MRC d’Avignon: une première semaine positive malgré les irritants

Le jumelage avec la MRC d’Avignon au Québec vient de connaître sa toute première semaine d’activité. Si certains entrepreneurs ont constaté une hausse de l’achalandage dans leur établissement, d’autres attendent encore de voir leurs ventes grimper. N’empêche, une sujet fait l’unanimité: le système en place doit être revu et corrigé.

À cette période de l’année généralement, le parc provincial Sugarloaf d’Atholville regorge de campeurs et d’amateurs de vélos de descente. Mais cet été, c’est tranquille, les chiffres sont à la baisse. Cette réalité grandement attribuable aux restrictions imposées à la frontière avec le Québec.

Et la récente ouverture de la frontière avec la MRC d’Avignon en Gaspésie n’a, pour le moment, que très peu d’impact sur l’achalandage au parc.

«On commence à voir un peu plus de plaques du Québec dans le stationnement, mais ça demeure limité», confie le directeur général du parc, Greg Dion.

C’est qu’une grande partie de la clientèle estivale du parc Sugarloaf provient du Québec. De la Gaspésie, oui, mais beaucoup du Bas-Saint-Laurent et des régions encore plus à l’ouest. Les adeptes de vélos de montagne viennent notamment camper dans le parc pour la fin de semaine afin de profiter des pistes.

«Là, on doit s’en remettre uniquement aux touristes de notre propre province et, heureusement, de la bulle Atlantique, car nous avons tout de même une bonne base de riders qui viennent de la Nouvelle-Écosse», souligne M. Dion.

En ce sens, le jumelage avec Avignon n’aura pas apporté grand-chose au parc, d’autant plus que les nuitées sont interdites pour les résidents québécois.

L’impact positif pourrait se faire ressentir davantage, selon lui, au cours de la saison de ski où plusieurs adeptes demeurent de l’autre côté du pont.

Les effets de l’ouverture de la frontière avec le Québec sont par contre plus tangibles dans certains commerces de la région.

Pierre Girard est le propriétaire du magasin Canadian Tire d’Atholville. Celui-ci avoue avoir vu une différence au sein de l’achalandage dans son établissement… et une belle variation dans son chiffre de ventes.

«On a vu une différence, mais est-ce qu’on a récupéré tous les clients que nous avions auparavant? Définitivement pas! Au mieux, je parlerais pour le moment du tiers de la clientèle. Reste que c’est un grand soulagement, on revoit des clients qu’on n’avait pas vus depuis plusieurs mois», exprime l’homme d’affaires pour qui le jumelage constitue une avancée majeure, un pas dans la bonne direction.

Au centre-ville

Le conseiller municipal de Campbellton, Frédéric Daigle, possède quant à lui deux magasins: une mercerie et une entreprise de vente de vélos et d’articles sport. Ceux-ci sont situés en plein centre-ville, sur la rue Roseberry, la principale artère commerciale de Campbellton.

Selon le commerçant, les Québécois sont effectivement plus présents en ville depuis la création de la bulle, mais pas nécessairement chez lui.

«Il y a plus de trafic dans les rues, on voit beaucoup plus de plaques d’immatriculation en provenance du Québec, mais chez moi ça ne s’est pas encore traduit par une augmentation au chapitre des ventes ou de la fréquentation en magasin. Ça ne veut pas dire que ça ne va pas augmenter, surtout avec le début de l’école, mais pour l’instant les effets positifs de la bulle profitent à d’autres, surtout les épiceries et les quincailleries», explique M. Daigle, notant par contre qu’il a pu poursuivre la vente et la livraison de ses vélos en Gaspésie au cours des derniers mois, et ce, en dépit de la COVID-19.

«Je crois qu’en ce moment, c’est encore trop nouveau pour que l’on puisse vraiment quantifier l’effet de la bulle. Les gens sont encore timides et n’osent pas faire les demandes. Ça va prendre encore quelques semaines, quelques mois mêmes, avant que les choses se replacent», dit-il.

Abolir les irritants

S’il y a plus de clients dans la région grâce au jumelage, il reste encore beaucoup de clients à regagner. Pour y arriver, Pierre Girard estime que le gouvernement du Nouveau-Brunswick devra s’attaquer à un irritant majeur, soit l’obligation pour tous les voyageurs de s’enregistrer avant de traverser la frontière.

«Il va falloir simplifier ça rapidement, parce que ça ne fonctionne pas du tout», croit-il.

«C’est un processus très compliqué, et encore plus pour ceux qui ne sont pas trop habiles avec un ordinateur. Il faudrait vraiment que ce soit simplifié, car devoir remplir tout ce formulaire chaque fois que l’on veut traverser le pont – et ensuite, attendre l’autorisation – c’est pénible et ça décourage les gens», croit M. Girard.

Il suggère l’utilisation d’une simple preuve de résidence avec photo. Mieux encore, l’instauration d’un système de laissez-passer permanents pour les résidents des deux côtés de la Restigouche.

«On aurait ainsi qu’à faire la demande une seule fois. On obtient un numéro et terminé les pertes de temps», estime-t-il.

Le propriétaire du Canadian Tire concède par ailleurs qu’il sera difficile malgré tout d’aller reconquérir tous les consommateurs d’Avignon.

«Jusqu’à quel point nous serons en mesure de récupérer ce que l’on a perdu, c’est difficile à dire», estime M. Girard qui croit que les derniers mois auront laissé certaines séquelles que seul le temps pourra guérir.

«Certains consommateurs du Québec se sont trouvé des solutions de rechange pour leur magasinage et leurs services, ils ont changé leurs habitudes de consommations en commandant davantage en ligne. D’autres n’ont toujours pas digéré l’intransigeance du gouvernement du Nouveau-Brunswick à leur égard depuis le début de la pandémie. Je crois que cette tempête n’est pas encore terminée et que ça va prendre encore un moment avant que l’on regagne ce qui a été perdu», dit-il.

Faire avec…

Quoi qu’il en soit, M. Girard estime que les gouvernements devront s’adapter à la COVID-19 et surtout et espère qu’ils auront compris que fermer l’accès à la population de la MRC d’Avignon ne doit plus se reproduire.

«On en a peut-être encore pour plusieurs mois à porter le masque et à conserver nos distances. Est-ce qu’entre temps on pourrait trouver une meilleure façon de traverser la frontière? Car je ne vois pas comment les gens feront pour tolérer le système en place très longtemps. Nous, commerçants, avons été durement frappés par cette crise et nous avons besoin d’un coup de main de notre gouvernement, non pas qu’il nous mette des bâtons dans les roues», conclut-il.