La sécheresse, un autre coup dur pour les agriculteurs

Une vague de chaleur et une sécheresse frappent le Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’un énième coup dur pour plusieurs agriculteurs qui tentent tout de même de garder le cap.

Le Nouveau-Brunswick est aux prises avec une sécheresse importante.

L’outil de surveillance des sécheresses au Canada fait état d’une sécheresse de niveau modérée sur une grande partie du territoire.

Selon le système de classement utilisé par le ministère de l’Agriculture et de l’agroalimentaire, ce genre d’assèchement ne survient qu’une fois tous les cinq ou dix ans.

Dans le nord-est et dans une partie des comtés de Kent et de Westmorland, il s’agit même d’une sécheresse grave, selon la carte disponible sur le site web du ministère. Ce genre de sécheresse ne survient qu’une fois tous les 10 à 20 ans.

Reno Poirier, fermier de Grande-Anse, l’a bien remarqué. Il explique que la température aride rend l’irrigation de ses champs de légumes beaucoup plus compliquée et coûteuse.

«Ça ne finit plus, la sécheresse est pire que les autres années selon moi. Rien qu’avec les factures d’essence que j’ai pour ma pompe, je le vois. Je pompe de l’eau tout le temps, on ne peut plus fournir», dit-il.

Il explique qu’il doit s’assurer que le sol est suffisamment humide pour que ses plantes puissent grossir, en plus d’assurer la maintenance de son système d’irrigation.

À Bouctouche, certaines cultures n’en mènent pas large.

Christian Michaud, propriétaire de la Ferme Michaud, constate que tous les légumes qui ne sont pas arrosés par un système d’irrigation ont été gravement endommagés par la sécheresse.

«J’ai 46 ans et je n’ai jamais vu rien de tel», confesse le fermier.

Il affirme qu’il a perdu jusqu’à 70% de ses récoltes d’orge. Il devra aussi acheter du foin pour garnir ses sillons de fraises puisque ses champs n’ont pas pu en produire suffisamment.

M. Michaud explique aussi qu’il n’y aura probablement pas de betteraves ni de pois sur ses étagères cet été.

C’est sans oublier que le coût de production est monté en flèche à cause de la nécessité de constamment alimenter les champs en eau.

«On va survivre, mais ça va faire mal», dit Christian Michaud avec un rire nerveux.

«Si ce n’était pas de l’irrigation, on serait dans le pétrin.»

À la ferme Terre partagée de Rogersville, la propriétaire Rébeka Frazer-Chiasson explique que la sécheresse est la dernière péripétie d’un triste récit pour le secteur agricole cette année.

«L’année était difficile même avant que la sécheresse commence, à cause du virus, du défi des travailleurs étrangers et en raison de l’incertitude autour des marchés et des ventes. La sécheresse n’a certainement pas allégé ce fardeau-là.»

Mme Frazer-Chiasson est aussi présidente de l’Union nationale des fermiers au Nouveau-Brunswick. Elle relate que plusieurs autres agriculteurs éprouvent des difficultés face à la sécheresse.

Des fermiers ont constaté que le niveau d’eau dans les étangs près de leurs récoltes a baissé considérablement, selon elle.

En plus, des éleveurs de bétail se demandent s’ils devront réduire la taille de leurs troupeaux ou acheter plus de foin, puisque la récolte de cette denrée essentielle a été difficile cette année.

Mais la chaleur intense a aussi un impact sur les ressources humaines des fermes. Rébeka Frazer-Chiasson affirme que certaines fermes ont devancé le quart de travail de leurs employés pour leur éviter de travailler dans la période plus chaude de la journée, en plus de multiplier les pauses.

À l’embouchure de la rivière Petitcodiac, le Verger Belliveau ne s’en tire quant à lui pas trop mal, selon le propriétaire Robert Bourgeois.

«C’est certain que le printemps a été un peu difficile, et c’est sec maintenant. Tout le monde est dans le même bateau», admet-il.

Il préfère un été ensoleillé à une saison pluvieuse, mais il croit qu’une bonne averse ne ferait pas de tort.

«Les pommes seront sucrées à cause du soleil, mais ça prendrait de l’eau pour la grosseur. Il y a des variétés de pommes qui auront de la misère à devenir plus grosses», dit-il.