Fonds pour l’économie rurale: le seuil d’admissibilité fait sourciller

Les lignes directrices du nouveau Fonds pour l’économie rurale suscitent l’incompréhension. C’est que cette initiative, lancée par le gouvernement Higgs afin de remplacer les fonds du Nord et de la Miramichi, ne distingue pas les communautés en déclin de celles qui se portent bien.

La réforme des fonds d’aide au développement économique promise par le premier ministre a récemment été complétée, comme le rapportait l’Acadie Nouvelle mardi. Cela s’est fait en douce, sans la moindre annonce.

En plus d’adopter de nouvelles lignes directrices afin de rendre la nouvelle structure plus efficace et transparente, le gouvernement Higgs a décidé de changer d’approche, géographiquement parlant.

Les fonds du Nord et de la Miramichi ont été supprimés et remplacés par le Fonds pour l’économie rurale (FER), doté d’un budget de 20 millions $ par année.

Selon ses lignes directrices, le FER reconnaît la contribution des collectivités rurales à l’économie provinciale «et les difficultés particulières qu’elles doivent surmonter pour prospérer».

Ce qui est cependant plutôt étonnant, c’est qu’il cible toutes communautés de moins de 25 000 personnes. Par exemple, cela veut dire que Riverview – une ville plutôt prospère du Grand Moncton – est mise dans le même panier que des villages isolés et en déclin qui n’ont pas du tout les mêmes «difficultés particulières».

Majella Simard, professeur de géographie à l’Université de Moncton et expert en développement régional, estime que ce seuil est pour le moins étonnant.

«Le seuil m’apparaît extrêmement élevé pour le Fond pour l’économie rurale. Finalement, tout le monde au Nouveau-Brunswick y a droit sauf Dieppe, Fredericton, Saint-Jean et Moncton», dit-il en entrevue téléphonique.

«Le milieu rural au Nouveau-Brunswick en particulier – et au Canada en général – est très diversifié», ajoute-t-il.

Parmi les municipalités ou districts de services locaux de moins de 25 000 personnes au Nouveau-Brunswick, on retrouve en effet de tout; des communautés en déclin et qui font face à d’importants défis économiques, mais aussi des villes situées très près des grands centres urbains du Sud et qui se portent bien. Riverview, Oromocto et Rothesay, par exemple.

Majella Simard estime que 2500 habitants serait un seuil raisonnable. Selon lui, Fredericton devrait aussi utiliser d’autres données pour mieux identifier les régions rurales qui ont le plus besoin d’aide.

«Il faudrait considérer la distance par rapport aux villes ainsi que la densité de population et le statut juridique de la localité. Le fonds devrait être modulé en fonction de ces éléments, mais aussi en considérant l’évolution de la démographie et de l’économie ainsi que certains aspects sociaux et environnementaux», dit-il.

«C’est absolument n’importe quoi»

Le directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB), Frédérick Dion, accueille plutôt froidement ces critères d’admissibilité.

Il note d’entrée de jeu qu’il voyait d’un bon oeil la réforme des fonds d’aide au développement économique. La structure existante était imparfaite et devait être revue, selon lui.

«On était d’accord que les fonds du Nord et de la Miramichi comportaient plusieurs lacunes. C’était géré de façon opaque, les entrepreneurs ne savaient pas toujours s’ils y avaient accès, ce n’était pas toujours clair et il y avait une perception d’ingérence politique. Et on ne mesurait jamais les résultats.»

Il explique que l’AFMNB a été consultée en amont et qu’elle ne s’est pas complètement opposée à l’idée d’ouvrir les fonds du Nord et de la Miramichi aux autres régions rurales (à condition que les enveloppes soient bonifiées en conséquence).

Lui et son équipe ont même proposé des indicateurs socio-économiques pour bien définir la ruralité et cibler les communautés rurales à épauler en priorité.

«En faisant cet exercice-là, on élargissait un peu le territoire. Et on incluait deux nouvelles régions dans le sud de la province qui peuvent avoir des similarités (avec le Nord et la Miramichi) en termes de défis socio-économiques», dit-il.

Mais comme on le voit bien, le gouvernement Higgs n’a pas retenu ses conseils et a opté pour des critères d’admissibilité très larges et qui englobent aveuglement presque tout le territoire, sans égard aux différences régionales.

«De dire que les entreprises de Riverview et d’Irishtown (près de Moncton) ou de Rothesay (près de Saint-Jean) vont avoir accès à ces fonds-là parce qu’elles sont dans une région rurale, c’est absolument n’importe quoi.»

Frédérick Dion est aussi déçu que le gouvernement Higgs n’a pas injecté plus d’argent dans l’enveloppe consacrée aux communautés rurales.

Les fonds du Nord et de la Miramichi étaient dotés respectivement de 18,5 millions $ et de 5 millions $ par année lors de leur abolition.

Le nouveau Fonds pour l’économie rurale a un budget de 20 millions $ par année et, comme on le sait, vise à aider des projets de quasiment partout au Nouveau-Brunswick.

Une autre chose agace Frédérick Dion. C’est que pendant que les progressistes-conservateurs mettent la hache dans des fonds dédiés au Nord et à la iramichi pour le rendre plus accessible à l’ensemble des régions dites «rurales», ils annoncent des fonds ciblant Saint-Jean.

Le gouvernement Higgs a en effet annoncé il y a quelques jours qu’il versera jusqu’à 10 millions $ sur dix ans afin d’appuyer le développement économique dans la ville portuaire.

«C’est quoi l’affaire? C’est totalement arbitraire. (…) C’est extrêmement frustrant. C’est vraiment plate, parce qu’on fait face à des difficultés et qu’on a l’impression de ramer à contre-courant tout le temps», note M. Dion.