La mère d’Amélie Akerley se sent «trahie» par les policiers

Après trois ans d’attente, Céline Ouellette vient d’apprendre qu’aucune accusation criminelle ne sera déposée contre le jeune homme qui se trouvait au volant du véhicule impliqué dans l’accident qui a causé le décès de sa fille.

Le 11 août 2017, un véhicule avec à son bord trois passagers a fait une embardée suivie de plusieurs tonneaux alors qu’il roulait sur le chemin Labrie, un secteur isolé à Saint-Quentin. Deux des occupants ont été blessés. La troisième, Amélie Akerley, a eu moins de chance. Gravement atteinte, la jeune femme de 14 ans originaire de Saint-Léonard a succombé à ses blessures quatre jours plus tard à l’hôpital d’Halifax où elle avait été transférée d’urgence.

Hautement médiatisée à l’époque, la mort d’Amélie a notamment été un point tournant dans le dossier de la couverture ambulancière dans le Restigouche-Ouest. Son cas a mis un visage sur la lutte des intervenants locaux qui considéraient la couverture d’Ambulance NB insuffisante, voire défaillante. Et ils ont depuis eu gain de cause; le service a été revu et amélioré.

À l’aube du troisième anniversaire du décès de sa jeune fille, sa mère continue néanmoins à se battre. Elle poursuit toujours au civil Ambulance NB – qu’elle accuse d’avoir failli à son mandat en ne répondant pas suffisamment rapidement à l’appel – ainsi que le jeune conducteur du véhicule dans lequel sa fille prenait place.

Mais ses démarches vont plus loin. Elle a appris le mois dernier que la GRC avait finalement classé son enquête et que la suggestion aux procureurs était de ne pas déposer d’accusations au criminel contre le conducteur.

«L’enquête est terminée, le dossier fermé. Après révision, les enquêteurs ont conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour procéder au dépôt d’accusations», confirme la porte-parole de la GRC, Jullie Rogers-Marsh.

Lorsqu’elle a appris cette décision, la vie de Mme Ouellette a basculé pour une seconde fois.

«Pour moi, il ne fait aucun doute, l’enquête a été bâclée», clame-t-elle avec conviction, et non sans dénoncer la lenteur de celle-ci.

Mme Ouellette est depuis une mère inconsolable et ces récents développements n’ont fait qu’augmenter sa frustration. Elle déplore notamment le traitement du dossier par la GRC et allègue que le travail des enquêteurs n’a pas été consciencieux et exhaustif.

«Ça fait trois ans que je suis sans réponse, trois ans que je cours après eux (la GRC) et que l’on m’ignore. Avec toutes les preuves accablantes que j’ai pu moi-même recueillir, je ne comprends vraiment pas comment il se fait – à la lumière de celles-ci – qu’aucune accusation criminelle ne soit portée. C’est tout simplement un non-sens, quelqu’un n’a pas fait son travail ou refuse de le faire», souligne la mère d’Amélie.

Insistante auprès de la force policière, elle a notamment tenté d’en savoir davantage sur les causes de l’accident et d’avoir accès au dossier. Elle soutient que cette ténacité semble toutefois avoir irrité les membres du détachement de Saint-Quentin qui lui auraient progressivement démontré moins d’empathie.

«Parce que je veux obtenir des réponses, que l’on fasse adéquatement le travail pour que ça aboutisse à des accusations, on a commencé à me traiter différemment, pratiquement à rire de moi. Ils m’ont fait sentir comme si j’étais une criminelle parce je cherchais à obtenir justice pour ma fille, et pour nous aussi parce que nous aussi nous sommes des victimes dans tout cela», souligne Mme Ouellette, qui peine à cacher son amertume vis-à-vis cette situation.

«Je me sens trahie par les forces policières, qui sont là pour nous aider et nous protéger. Je ne devrais pas avoir à composer avec ça quand c’est ma fille qui est décédée et qui attend justice», lance-t-elle.

Mme Ouellette a d’ailleurs déposé une plainte auprès de l’Unité de responsabilité professionnelle de la GRC afin que l’on révise le travail des policiers responsables de l’enquête. Celle-ci a d’ailleurs été acheminée à la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC où elle est toujours active.

Une croisade plus large

Le combat pour honorer la mémoire de sa fille ne s’arrête pas là.

Mme Ouellette veut obtenir rien de moins que des changements à la loi l’empêchant de consulter le rapport complet du dossier d’enquête de sa fille.

«À l’accès à l’information, on m’indique que je n’aurai pas la copie complète du dossier de ma fille avant des années, mais bien seulement une version partielle. C’est insensé que les familles de victimes ne puissent avoir droit à ces informations. La loi doit changer», souligne Mme Ouellette qui s’apprête à lancer une pétition, plus précisément le 15 août, date anniversaire de la mort d’Amélie.

«J’ai parlé à d’autres parents qui ont perdu des enfants dans des circonstances similaires et qui ont des doutes sur la façon dont leur enquête a été menée. Et comme moi, ils se retrouvent devant une impasse, ils souffrent en silence. Il faut que ça change. Nous avons réussi à prouver que nos points étaient valables auprès d’Ambulance NB, au point où ils ont apporté des changements. Nous allons continuer à d’autres niveaux», promet-elle.