Fonds de développement économique: l’opposition accueille tièdement la réforme

La réforme des fonds de développement économique effectuée récemment par le gouvernement Higgs est accueillie plutôt tièdement par les libéraux et les verts.

Dans le cadre de cette réforme – promise plus tôt cette année par le premier ministre – , sept fonds ont été passés au crible et remplacés par quatre nouvelles enveloppes. Leur budget total restera le même, soit 48,450 millions $ par année.

Les deux fonds les mieux connus, ceux réservés au Nord et à la Miramichi, ont été remplacés par le Fonds pour l’économie rurale. Ce dernier cible toutes les communautés de moins de 25 000 habitants (donc toute la province à part Moncton, Dieppe, Saint-Jean et Fredericton).

La députée libérale de Madawaska-Les-Lacs-Edmundston, Francine Landry, est plutôt partagée à ce sujet.

«Je pense que les entreprises d’autres régions rurales du Nouveau-Brunswick méritaient aussi d’être considérées pour avoir de l’aide financière additionnelle comme le Nord. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas déçue que les fonds du Nord et de la Miramichi n’existent plus», dit-elle.

La députée libérale Francine Landry. – Archives

Cette élue du Nord-Ouest affirme qu’il sera important que la Société de développement régional – qui administre les programmes révisés – publie des données claires sur la répartition géographique des projets appuyés par le Fonds pour l’économie rurale.

«Il faudra que ce soit clairement spécifié pour qu’on puisse savoir si c’est à l’avantage des régions du Sud (au détriment du Nord).»

Quant au seuil de 25 000 habitants utilisé par le gouvernement Higgs pour définir ce qui constitue une communauté rurale, elle croit qu’il doit être modifié.

Elle se range derrière les propos du professeur de l’Université de Moncton, Majella Simard, qui affirmait dans l’édition de jeudi de l’Acadie Nouvelle que le gouvernement devrait prendre en compte des données socio-économiques pour mieux cibler les communautés rurales qui ont le plus besoin d’aide.

«Effectivement, je pense qu’il y aurait lieu d’avoir une meilleure définition de ce qu’est une région ou une municipalité rurale. (…) Il faudrait que ce soit basé sur d’autres critères que juste le nombre d’habitants», dit Francine Landry.

Elle voit d’un bon oeil certains éléments de la réforme, comme le fait que les lignes directrices ont été révisées et que le nouveau Fonds de développement communautaire pourra contribuer au financement de projets d’installations liées au tourisme.

«Les fonds avaient besoin d’être révisés et qu’on soit plus transparents sur les règles du jeu. Je suis tout à fait d’accord avec ça. Qu’on inclue la possibilité d’améliorer nos infrastructures touristiques et communautaires de loisirs, je pense que c’est bon pour les régions rurales et les régions du Nord.»

«Une grave erreur», selon Kevin Arseneau 

Le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau, dénonce vivement la décision du gouvernement Higgs de remplacer les fonds du Nord et de la Miramichi par une enveloppe pour toutes les régions dites «rurales».

«Je pense que c’est une très mauvaise idée de couper ces fonds-là. Ils étaient là pour une raison», dit-il.

Il reconnaît qu’il fallait «absolument» se pencher sérieusement sur le fonctionnement de ces fonds, mais ne croit pas pour autant qu’il fallait les supprimer.

Kevin Arseneau rejette d’ailleurs l’argument de la ministre responsable de la SDR, Andrea Anderson-Mason, qui a noté en juin que toutes les régions du Nord ne font pas face aux mêmes défis.

Elle a donné l’exemple du Madawaska, qui a un taux de chômage moins élevé que la région Chaleur et avancé que d’autres régions de la province avaient elles aussi besoin d’un coup de pouce du gouvernement provincial.

«Il aurait fallu réfléchir au fonctionnement du Fonds (du Nord) plutôt que le couper complètement. C’est vrai que le Nord n’est pas partout pareil. Ce n’est pas un mensonge de dire ça. Mais de là à dire que parce qu’une région a un bas taux de chômage, qu’il faut ouvrir (l’enveloppe) à toute la province, ce n’est pas comprendre la réalité du nord de la province», affirme M. Arseneau.

À l’instar de la députée Francine Landry et du professeur Majella Simard, il estime que le seuil de 25 000 personnes afin de définir ce qui constitue une région rurale ayant des «difficultés particulières» n’a aucun sens.

«C’est un critère bidon. J’inviterais peut-être les gens qui ont pensé à ce critère-là à suivre un cours de développement régional. (…) Une région rurale peut être définie de mille et une façons. Mais de dire “25 000 ou moins”, c’est simpliste», affirme Kevin Arseneau.

L’Acadie Nouvelle a tenté d’obtenir une entrevue avec la ministre responsable de la Société de développement régional, Andrea Anderson-Mason, afin de mieux comprendre certains aspects de la réforme. Notre demande, envoyée mercredi, n’a pas porté ses fruits.

Anciens programmes

Fonds de la Miramichi: 5 000 000$

Fonds du Nord: 18 500 000$

Fonds de développement total: 6 700 000$

Fonds d’investissement communautaire: 2 450 000$

Événements communautaires: 595 000$

Initiatives spéciales: 13 455 000$

Programme d’aide en capital à la famille et à la jeunesse: 1 750 000$

Total: 48 450 000$


Nouvelle structure

Fonds pour l’économie rurale: 20 000 000$

Fonds de développement communautaire: 20 000 000$

Fonds de développement total: 5 000 000$

Fonds d’investissement communautaire: 2 450 000$

Administration: 1 000 000$*

Total: 48 450 000$

Source: présentation envoyée récemment à des parties prenantes par la Société de développement régional.

(*Les frais d’administration étaient auparavant couverts par les programmes de financement. Ils sont présentés séparément par le gouvernement par soucis de transparence: NDLR)