15 août en pandémie: les artistes sont moins en demande

Cette année, pour la première fois depuis une éternité, de nombreux musiciens acadiens auront congé le 15 août. Les artistes et les professionnels qui travaillent avec eux encaissent le coup en espérant que la tempête passera avant les célébrations de 2021.

En temps normal, 15 août est la journée la plus occupée de l’année pour les clients de Carol Doucet. Tous les artistes représentés par cette agente de Moncton sont sur une scène quelque part.

«Et habituellement, je reçois tellement de demandes que je réussis à trouver plein de spectacles pour plein d’artistes avec qui je ne travaille pas», explique-t-elle.

Cette année, avec la pandémie et l’annulation de plein d’événements, les choses sont très différentes. Plusieurs auteurs-compositeurs-interprètes qui collaborent avec son entreprise, Le Grenier Musique, ne se produiront nulle par.

«Ça varie selon les artistes. On a quand même quelques spectacles», dit cette professionnelle qui travaille entre autres avec Joey Robin Haché, Chloé Breault, Simon Daniel, Émilie Landry et Zachary Richard.

Sept de ses clients participent à l’émission Acadie Road, produite par le Festival Acadie Rock et diffusée samedi soir sur les ondes de Radio-Canada. Cette production a été tournée le mois dernier.

D’autres joueront devant de petites foules. L’un de ses poulains, le chanteur country rétro Menoncle Jason, donnera pour sa part un concert virtuel sur la page Facebook de la Ville de Dieppe.

«C’est filmé live, sans public et diffusé sur internet. Lui, c’est full band, il apporte même un ensemble de cuivre. C’est un vrai spectacle, mais sans public.»

Bref, elle et ses artistes vivront un 15 août pas comme tout le monde.

«Ça fait un gros changement, c’est sûr. C’est difficile de faire un calcul, mais il y a peut-être 10 ou 15% de spectacles comparés à d’habitude», dit-elle.

Elle rapporte que certains organisateurs offrent les mêmes cachets qu’à l’habitude, mais pas tous.

De plus, comme il y a bien peu d’événements devant public et que les rares concerts seront devant de très petites foules, les artistes ne pourront pas vendre d’albums.

«Déjà que les ventes de disques dans les magasins ne se font presque pas (pandant la pandémie). Mais là, quand tu ne vois pas ton public, c’est très difficile de vendre des disques.»

Carol Doucet ne peut qu’espérer que l’on se débarrassera rapidement de la COVID-19 et que son industrie recommencera à fonctionner normalement.

«L’inquiétude, c’est est-ce que 2021 va être pareil? Là est la question. Est-ce que l’été prochain, on va avoir de grands événements ou non? Moi, c’est ma plus grosse préoccupation.»

Sa consoeur Carole Chouinard, qui travaille notamment avec Les Hôtesses d’Hilaire, Raphaël Butler, Thomé Young et Danny Boudreau, vit la même chose.

«En temps normal, j’ai des artistes qui peuvent faire trois shows en une seule journée (le 15 août). […] Il y a beaucoup de mes artistes qui jouent, que ce soit en Acadie ou au Québec», dit-elle.

Mais cette fois, ses collaborateurs seront nettement moins occupés.

«C’est sûr que là, il y a une couple de mes artistes qui font partie du spectacle d’Acadie Rock. Mais, c’est sûr que ce n’est pas une semaine rentable comme d’habitude.»

Elle mentionne d’ailleurs que Raphaël Butler donnera un concert à Caraquet samedi dans le cadre du Festival acadien.

Carole Chouinard rapporte elle aussi que certains versés aux artistes ces jours-ci – notamment pour les concerts présentés en ligne – ne sont pas les mêmes qu’avant la pandémie. Elle n’en veut pas aux organisateurs, assure-t-elle.

«Quand il y a un public, les diffuseurs vendent de la bière, de la marchandise et des billets. Là, ils se retrouvent à être obligés de travailler avec un budget moindre.»