«Empoisonné» par le glyphosate, un homme de la Péninsule se tourne vers le bio

Le glyphosate se retrouve partout. Peu étonnant puisqu’il s’agit de l’herbicide le plus utilisé dans le monde. Mais il n’est pas seulement nécessaire dans l’épandage et le désherbage agricole. Des études récentes démontrent que cette molécule potentiellement cancérigène se cache dans plusieurs aliments que nous consommons quotidiennement. Céréales, pain, fruits, légumes et bien d’autres. Imaginez maintenant quand vous le retrouvez dans… votre urine!

C’est la mauvaise surprise qu’a reçue comme «cadeau d’anniversaire» un citoyen de Maltempec, près de Paquetville.

Roger St-Pierre nous a accueillis chez lui, dans son garage aménagé en lieu de repos, jeudi. L’homme âgé de 65 ans est de fort bonne humeur, malgré le signal d’alarme obtenu de son médecin de famille, le 25 février. Le jour de sa fête.

«Bienvenue chez la famille des empoisonnés!», lance-t-il en riant.

Documents médicaux en main, il affirme être devenu «la preuve vivante» que cet élément controversé, interdit dans de nombreux pays et mis au banc des accusés par l’Organisation mondiale de la santé, est venu contaminer son corps.

Environnementaliste depuis toujours, M. St-Pierre a débuté sa croisade lorsqu’il a demandé un bilan sanguin routinier, en octobre.

Mais il a voulu aller plus loin…

«J’ai demandé un test de glyphosate dans mon urine. Mon médecin m’a dit que c’était la première fois qu’il entendait ça, mais il a choisi d’aller de l’avant», commence-t-il par raconter.

Cela n’a pas été facile, poursuit-il. Il lui a fallu s’armer de patience et faire pression auprès de certaines autorités médicales pour finalement réussir à envoyer, non sans mal, un échantillon au Centre de toxicologie du Québec.

«Il m’a fallu un mois et demi de bataille et de tiraillage avant d’obtenir une réponse positive. On m’a dit que j’étais un des premiers au pays à exiger ça. J’ai passé le test à Bathurst à la mi-décembre, mais Québec ne l’a reçu qu’un mois plus tard. Puis, la journée de mon anniversaire, j’ai eu mes résultats», fait-il part, en nous montrant une copie fournie par le Centre de toxicologie du Québec.

Ça mentionne qu’il y a 3,8 microgrammes de glyphosate par litre dans l’urine de M. St-Pierre.

«Mon médecin m’a signalé que ce taux était très haut…», soutient-il, étonné.

La question dans tout cela est ce que veut réellement dire «très haut». Santé Canada établit des limites maximales très variables de résidus de cet herbicide dans de nombreuses denrées alimentaires issues d’animaux traités et de substance contenues dans les médicaments vétérinaires.

L’organisme national soutient que l’apport quotidien acceptable de 0,3 mg/kg pc/jour (milligramme par kilogramme de poids corporel et par jour) pour le glyphosate pour l’évaluation des risques pour la santé humaine, selon le document concernant le projet de décision de réévaluation de Santé Canada.

«Bien que cet apport soit une valeur de référence pour la protection de la santé, il est important de noter qu’il s’agit d’une mesure externe de la quantité d’une substance spécifique provenant du régime alimentaire (c.-à-d. de la nourriture ou de l’eau potable consommée) qui peut être ingérée sur une base quotidienne toute une vie sans risque appréciable pour la santé. Santé Canada a confirmé qu’il n’y a pas de risques préoccupants pour la santé humaine lorsque le produit est utilisé conformément au mode d’emploi de l’étiquette», a laissé savoir Maryse Durette, du service des relations médiatiques de Santé Canada.

Dans un article de 2017 dans le journal français Le Monde, l’association Générations futures a établi la norme acceptable à 0,1 microgramme par litre d’urine.

Donc, le cas de M. St-Pierre équivaudrait alors à 38 fois la limite permise.

«Un préposé du Centre m’a appelé pour me demander si j’avais travaillé dans un environnement contenant du glyphosate ou manipulé ce produit. Je ne connaissais pas ça avant qu’Amédée Boucher (porte-parole contre le glyphosate dans la Péninsule acadienne) démarre son combat. On me dit qu’il s’agit d’un effet cumulatif», continue notre intervenant.

Dès qu’il a reçu cette réponse, M. St-Pierre a décidé de purger son garde-manger et de se débarrasser de tout ce qui pouvait contenir du glyphosate. Aujourd’hui, il mange bio. Il boit bio aussi. Et il aimerait que d’autres suivent son exemple. Pas nécessairement pour lui, mais surtout pour les prochaines générations.

«Oui, j’ai peur pour ma santé, finira-t-il par avouer. Pour celle de mon petit-fils aussi. C’est pourquoi je consomme bio le plus que je peux. Je crois être la preuve vivante que le glyphosate peut se retrouver dans un corps. Est-ce que je désire aller plus loin? Peut-être. Si mon cas convainc 1000 personnes de passer ce test, ce sera déjà ça. Ça devrait être aussi commun qu’un test pour le cholestérol. Aujourd’hui, j’ouvre le chemin. J’ai confiance que d’autres suivront.»

D’ici là, Roger St-Pierre prend la vie du bon côté. Un verre de vin bio à la main. Sans glyphosate, bien entendu.