Les verts veulent s’attaquer aux herbicides et aux coupes à blanc

L’étau se resserre peu à peu autour de l’utilisation d’herbicides à base de glyphosate sur les terres publiques de la province.

La question du glyphosate s’invite par la grande porte dans la campagne électorale.

Après le Parti libéral, c’est au tour du Parti vert de dévoiler ses intentions face à l’utilisation de ce produit sur les terres de la Couronne, mais également Énergie NB qui s’en sert pour réguler la croissance de la végétation sous ses lignes de transmission.

Et il n’y a pas réellement de surprise quant aux intentions du Parti vert, sa position sur le sujet est connue depuis longtemps. N’empêche, son chef, David Coon, a annoncé lundi que sa formation entendait interdire l’utilisation de ce produit dans la forêt publique. Cette interdiction entrerait en vigueur dès la fin des permis d’épandage actuellement autorisés.

Bien que les herbicides à base de glyphosate soient particulièrement pointés du doigt par la formation politique, l’interdiction proposée ici ne se limiterait pas à ce produit uniquement, mais bien de toutes les catégories d’herbicides utilisés en forêt.

La promesse du Parti vert va également bien au-delà de l’épandage d’herbicides. Elle est accompagnée d’une volonté ferme de réformer en profondeur la gestion de la forêt publique, y compris certaines pratiques de récolte par l’industrie forestière.

«Le problème est plus vaste que le glyphosate. Les coupes à blanc, par exemple, détruisent notre forêt, l’habitat qu’elle fournit, et le bois précieux qu’elle produit. Il faut mettre un terme à ces excès», indique M. Coon, qui propose de les remplacer par des coupes sélectives et de limiter la monoculture.

Le chef du Parti vert, David Coon, et son candidat dans Restigouche-Ouest, Charles Thériault, sur les lieux d’une coupe à blanc, dans le secteur de Kedgwick. – Gracieuseté: Parti vert

«On a donné trop de pouvoir aux grandes compagnies forestières, et ça doit changer. On doit enlever la gestion des terres publiques des mains des corporations privées», suggère-t-il, plaidant en faveur d’une industrie forestière prospère, mais différente du modèle actuel.

Un peu avant l’annonce du Parti vert, les libéraux ont fait connaître leur intention sur le sujet. Croit-il dans la promesse de leur adversaire politique d’interdire la pulvérisation de glyphosate en forêt? Le chef des verts soutient que tant les conservateurs que les libéraux ont eu la chance d’agir à maintes occasions dans ce dossier par le passé et qu’à chaque fois, ce fut des rendez-vous manqués.

«Ils sont à la solde des grandes sociétés forestières. Nous avons forcé un vote à l’Assemblée législative pour interdire l’épandage de glyphosate et ces deux formations ont choisi de voter pour la continuité. Bref, elles n’ont rien fait, et c’est tout ce que les gens obtiendront de ces partis, rien», exprime M. Coon.

Accueil positif

Pour cette annonce, le chef du Parti vert s’est déplacé dans le nord de la province, au coeur de l’industrie forestière, dans le Restigouche-Ouest. Plus précisément, il a choisi la communauté rurale de Kedgwick dont l’économie dépend largement de cette industrie. C’est aussi dans cette communauté qu’est né le mouvement environnemental ÉcoVie. C’est l’utilisation du glyphosate qui avait soudé les bases de ce groupe, et cette cause demeure toujours son cheval de bataille.

Pour Francine Levesque, porte-parole du groupe, les promesses effectuées par le Parti vert dans son patelin lundi constituent une avancée majeure.

«Le glyphosate est devenu un enjeu et à cela on ajoute désormais les coupes à blanc. C’est une victoire, car c’est ce que l’on demande depuis le début, qu’on cesse d’arroser nos forêts et qu’on commence à les traiter avec le respect qu’elles méritent», souligne-t-elle.

Elle salue également la promesse du Parti libéral en matière de glyphosate, et ce, même si elle n’y croit pas vraiment.

«On est en période d’élection, ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Pour notre part, on s’est fait mentir à tellement de reprises par le passé que la confiance n’y est plus. Tant mieux si, cette fois, ils sont sincères. Ce serait un grand pas dans la bonne direction», dit-elle.

Cette annonce des deux partis survient quelques jours à peine après la publication, par le groupe Stop Spraying New Brunswick, du bulletin de rendement annuel des formations politiques pour leurs efforts à interdire l’utilisation du glyphosate sur les terres publiques de la province. Dans ce bulletin, les verts – dont les intentions ont toujours été claires sur ce sujet – se sont mérité un B+, la meilleure note du groupe.

Pour la présidente de l’organisation, Caroline Lubbe-D’Arcy, l’engagement des deux libéraux et des verts constitue une avancée.

«C’est vraiment prometteur, car la majorité des formations politiques sont maintenant prêtent à agir», mentionne-t-elle, non sans un léger parti pris pour la proposition des verts.

«Ce que j’aime tout particulièrement avec leur engagement, c’est que l’on s’attaque à tous les herbicides et non seulement au glyphosate. De cette façon. On ne donne pas à l’industrie une porte de sortie en utilisant un autre produit similaire qui pourrait s’avérer aussi toxique, sinon pire que ce que l’on pulvérise actuellement», explique-t-elle.

Un avertissement de l’industrie

Parallèlement aux engagements du Parti vert et du Parti libéral, l’industrie forestière avait elle aussi un message à livrer.

Celle-ci est en pleine campagne de charme auprès des électeurs et des futurs élus auxquels elle ne se gêne pas pour passer un message: un non à l’utilisation du glyphosate aura des conséquences majeures pour l’économie de la province.

Au cours des derniers jours, l’organisation Forêt NB – qui représente une partie des industriels de la foresterie dans la province –, a multiplié les publicités, commentaires et sorties publiques. Elle s’est donné comme objectif d’informer les candidats de chacune des formations politiques sur les répercussions d’une telle interdiction.

Selon Mike Legere, directeur général de Forêt NB, environ le tiers seulement des plantations sont pulvérisées d’herbicides à base de glyphosate, mesure prise pour favoriser leur croissance et assurer un approvisionnement futur pour l’industrie. Sans glyphosate, il estime que 70% des jeunes arbres en plantations ne survivront pas.

«On parle de millions de m³ de bois qui pourraient éventuellement ne plus être disponibles», estime-t-il.

«Le glyphosate, c’est un outil parmi tant d’autres, mais c’est un outil très utile. Si on ne l’a pas, on risque de ne pas pouvoir garantir à l’industrie un approvisionnement en bois et donc, ça pourrait avoir des impacts sur les investissements dans les usines et par ricochet sur l’emploi. On risque aussi de voir des industries diminuer leurs investissements en plantation, car qui voudrait investir dans un produit qu’il ne peut protéger?», exprime-t-il.

Celui-ci avoue par ailleurs trouver étrange que seul le secteur de la foresterie semble sous le radar d’une telle interdiction.

«On ne parle pas des agriculteurs qui en utilisent beaucoup plus que nous ni des particuliers. Je ne comprends pas pourquoi on s’acharne sur la foresterie», questionne-t-il, rappelant au passage que l’herbicide en question est homologué Santé Canada et est utilisé dans plusieurs pays faisant concurrence à l’industrie forestière canadienne.

À ceux qui estiment que l’épandage pourrait être remplacé par l’éclaircissement – et par la bande créer des emplois –, M. Legere livre cet avertissement.

«On la prendra où cette main-d’œuvre? Nous avons déjà plein de postes disponibles et on n’arrive pas à trouver de candidats», soutient-il, ajoutant au passage que l’éclaircissement manuel n’est pas efficace dans toutes les situations en plus d’être plus coûteux.