Qu’est-ce qui motive les francophones de la People’s Alliance?

Les alliancistes comptent pour la première fois trois candidats francophones dans leurs rangs, tous novices en politique. Comment expliquent-ils leur choix de rejoindre une formation politique dont les propositions inquiètent de nombreux Acadiens?

La People’s Alliance of New Brunswick présente cette année trente-six candidats, un record. Le parti fondé en 2010 est jugé infréquentable par bon nombre d’associations acadiennes et de maires de communautés francophones qui lui ont reproché un discours «anti-francophone et anti-égalité» après l’élection de trois députés en 2018.

Ce n’est pas le regard que porte André Jobin, qui tentera de se faire élire sous la bannière mauve dans Victoria-La Vallée, une circonscription qui regroupe notamment Grand-Sault, Saint-Léonard, Drummond et Saint-André.

Originaire de Québec, ce travailleur paramédical vit à Grand-Sault depuis 21 ans. Au cours des deux dernières années, le citoyen du Nord-Ouest a milité auprès du gouvernement provincial pour obtenir la reclassification de sa profession. Les paramédicaux ont finalement obtenu gain de cause et sont désormais considérés comme des professionnels des sciences médicales.

André Jobin raconte s’être rapproché du chef allianciste au fil de cette bataille.

«J’ai pu mieux connaître Kris Austin alors que nous faisions ces revendications. C’était le seul qui était derrière nous au départ.»

Sa promesse de fusionner les réseaux francophone et anglophone de la santé et d’abolir la dualité dans le transport scolaire ont fini de le convaincre. «On devrait avoir une seule régie hospitalière et économiser de l’argent, croit le candidat. Est-ce que ça change vraiment quelque chose dans la vie du monde?»

André Jobin rejette l’idée que son parti participerait à l’exacerbation des tensions linguistiques dans la province.

«Kris n’est pas contre les francophones. Il voudrait juste une réforme pour donner une chance à tout le monde d’avoir un emploi à plein temps», affirme-t-il.

«Il ne veut rien enlever à la langue française. Il dit que le système actuel est difficile à faire fonctionner, crée de la chicane et coûte des millions.»

La People’s Alliance n’avait encore jamais présenté de candidat dans Victoria-La Vallée, représentée à Fredericton par le libéral Chuck Chiasson depuis 2014.

«Pas de division»

Dans Kent-Sud, le parti a entériné la candidature de Lisa Godin.

La résidente de Sainte-Marie de Kent confie ne s’être intéressée que récemment à la plateforme allianciste. «Durant l’élection de 2018, je ne suivais pas la politique, je n’avais pas confiance dans le système, je pensais que mon vote ne changeait pas grand chose», explique-t-elle.

Celle qui occupe un emploi de courtière en hypothèques dans le Grand Moncton croit dans le projet de son parti de supprimer l’impôt sur le revenu des petites entreprises. L’idée de fusionner les deux réseaux de santé défendue par Kris Austin l’a aussi séduite.

«Tout le monde est d’accord pour respecter les droits linguistiques, mais nous sommes une province pauvre. Il faut restructurer nos finances, souligne Lisa Godin. Toute de suite, on a deux organisations qui font la même chose.»

La candidate est convaincue que les positions de son parti pourront convaincre à Bouctouche, Saint-Antoine, Cocagne, Notre-Dame, Sainte-Marie-de-Kent, Saint-Paul et les autres communautés francophones de sa circonscription.

«On ne vit pas une bataille entre les langues dans Kent-Sud. On s’accorde, il n’y a pas de division», expose-t-elle.

En 2014, le candidat de la People’s Alliance Joël MacIntosh n’avait pas pu recueillir plus de 1,97% des voix dans Kent-Sud. Verra-t-on un jour des candidats de l’Alliance dans les 49 circonscriptions du Nouveau-Brunswick? Mme Godin en est convaincue.

«Bien sûr, le message commence à sortir», lance-t-elle.

Baisser les exigences

Le candidat allianciste de Baie-de-Miramichi-Neguac, Thomas L’Huillier, est lui aussi issu d’une famille dans laquelle les deux parents parlaient le français. Il a effectué toute sa scolarité dans le secteur d’éducation anglophone.

Ce travailleur dans le secteur de la construction se dit très favorable à l’idée de revoir à la baisse les exigences linguistiques dans la fonction publique.

Comme son chef Kris Austin, M. L’Huillier veut faire la chasse au «gaspillage d’argent» en s’attaquant à la dualité du transport scolaire et propose la fusion des deux régies de santé en une institution bilingue.

«Moi je n’ai rien contre personne, mais on a besoin d’un changement dans la région de Miramichi», plaide-t-il.

En 2018, son parti s’était placé en seconde position dans la circonscription après avoir recueilli 2047 votes.