Fermeture des terrasses: grandes inquiétudes dans les restaurants

La COVID-19 est toujours présente et l’automne arrive. Voilà une raison de plus pour les restaurateurs du Nouveau-Brunswick de s’inquiéter. Ils vont devoir fermer leurs terrasses à cause du mauvais temps, mais garder les espaces entre leurs tables intérieures.

«Pas pire.»

Voilà la situation du restaurant Black Rabbit à Moncton, selon son propriétaire Luc Doucet. L’entrepreneur a même gardé tous les membres de son équipe. Il explique avoir réussi à s’adapter, même s’il qualifie les quatre derniers mois d’extrêmement difficiles.

«Pendant le confinement, on livrait des menus dégustation, raconte d’abord le fondateur du restaurant gastronomique. Nous étions vraiment surpris et contents de voir que les gens voulaient vivre notre expérience à la maison.»

Il se réjouit d’être ensuite parvenu à remplacer en partie ses clients professionnels et étrangers, qui généraient 60% de ses revenus avant la pandémie, par des convives de Moncton, Fredericton, Saint-Jean et Halifax.

«Nous avons dû diminuer notre nombre de sièges de 30%, alors nous avons décidé de servir des menus un peu plus chers, mais de plus grande valeur, détaille M. Doucet. Nous allons dans la bonne direction.»

Survivre

Le restaurateur croit que l’intérêt des Néo-Brunswickois pour les entreprises locales l’a aussi aidé.

«Si on peut survivre cette année, c’est tout ce qu’on veut», précise-t-il.

En tout cas, les gouvernements fédéral et provincial n’y seront pour rien, selon lui. L’entrepreneur affirme que son restaurant n’était pas admissible aux subventions salariales. Il a refusé par ailleurs de contracter des prêts pour des fonds de roulement.

«J’ai arrêté de regarder le gouvernement pour de l’aide, lâche-t-il. On dirait qu’on n’est pas vu comme une industrie qui crée des jobs valables à ses yeux.»

Promesses électorales

Le vice-président de la branche atlantique de l’organisme Restaurants Canada, Luc Erjavec estime tout de même que le programme d’encouragement au tourisme Explore NB, effectif du 15 juillet au 30 septembre, est bénéfique à son secteur économique.

«C’est très innovant. Et à première vue, ça semble très positif», juge-t-il.

Le gouvernement progressiste-conservateur s’est engagé à prolonger cette mesure jusqu’en mars 2021 s’il est réélu. Grâce à elle, les résidents du Nouveau-Brunswick peuvent demander un remboursement de 20% de leurs dépenses de vacances dans la province, jusqu’à concurrence de 1000$.

«La seule formation politique qui a des éléments de sa plateforme électorale spécifiquement pour les restaurants est le Parti libéral», note toutefois M. Erjavec au sujet du projet de création de prix de gros à Alcool NB.

Le lobbyiste réclame du soutien pour son secteur économique jusqu’à la fin des mesures sanitaires.

«Avant la COVID-19, la marge bénéficiaire des restaurants était de 4% ou 5%. C’est une industrie très concurrentielle», rappelle-t-il au diapason de ses confrères aux États-Unis.

S’inquiéter

Les effets de la pandémie sur le secteur sont énormes.

Restaurants Canada a montré que 47% des restaurateurs fonctionnaient à perte et que 24% d’entre eux atteignaient seulement leur seuil de rentabilité au Nouveau-Brunswick entre le 25 juin et le 3 juillet.

Plus de la moitié des restaurateurs déficitaires prévoyaient en outre un retour de leur rentabilité après une année au minimum, selon le groupe de pression.

L’organisme avance que son pire scénario implique un chiffre d’affaires des services alimentaires de 819 millions $ au Nouveau-Brunswick, soit un manque à gagner se chiffrant à 768 millions $ en 2020 par rapport à 2019.

«La saison des terrasses va bientôt prendre fin et nous sommes inquiets de ce qui va se passer», déclare M. Erjavec.

L’enjeu est d’autant plus grand que les services d’hébergement et de restauration représentaient le quatrième employeur privé de la province en 2016, faisant travailler 6,5% de sa population active, soit 25 000 personnes, selon Statistique Canada.

«Nous sommes essentiels au tissu économique et social, car nous sommes présents dans toutes les communautés», insiste M. Erjavec.

Or, dès avril, de 8100 à 13 700 des employés de restaurants avaient perdu leur emploi ou avaient vu leurs heures de travail réduites à zéro au Nouveau-Brunswick, selon Restaurants Canada.

Environ 25% des restaurants au pays ont fermé leurs portes pour la saison, selon le professeur de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université de Dalhousie, Sylvain Charlebois. Il ajoute que la Chambre de commerce du Canada s’attend à ce que 60 % des restaurants ferment définitivement d’ici novembre.

«Notre industrie est très innovante et très résiliente, soutient toutefois M. Erjavec. Nous avons vu beaucoup de changements et je pense que certains d’entre eux pourraient être permanents.»

Le lobbyiste constate une augmentation de la vente de plats à emporter, une plus grande utilisation de la technologie pour les commandes au téléphone et sur internet, des produits plus locaux, des menus plus restreints et une plus grande offre de formules familiales.