Élections 2020: bilan mitigé pour les tiers partis

La «petite vague verte» prédite par David Coon n’a pas déferlé sur la province lors des élections de lundi. Les verts – contrairement aux alliancistes – ont réussi à préserver leurs acquis à l’Assemblée, un résultat quelque peu doux-amer pour leur lieutenant francophone.

Il y a deux ans, un tremblement de terre a ébranlé le petit monde de la politique provinciale, lorsque les verts et les alliancistes ont fait élire chacun trois candidats et obtenu la balance du pouvoir.

Cette brèche dans le monopole des bleus et des rouges à l’Assemblée ne s’est pas agrandie, lundi. Les tiers partis ont fait du surplace et Blaine Higgs a gagné son pari et remporté sa majorité. Le premier ministre pourra gouverner seul, sans l’appui de l’Alliance.

Le Parti vert a réussi à préserver ses acquis, lundi, mais sans plus. David Coon, Kevin Arseneau et Megan Mitton ont tous été réélus, mais la formation n’a fait aucun gain.

Les militants verts peuvent cependant se féliciter d’avoir fait croître leurs appuis à l’échelle provinciale. Ils sont passés de 11,8% en 2018 à 15,2% cette fois-ci.

L’Alliance a eu moins de succès. Son chef s’est accroché, tout comme sa collègue Michelle Conroy. Cette dernière a causé la surprise de la soirée en défaisant le chef libéral Kevin Vickers dans Miramichi.

Le troisième député allianciste sortant, Rick DeSaulniers, a cependant été défait dans Fredericton-York. Il est arrivé troisième, derrière les candidats du Parti progressiste-conservateur et du Parti vert.

Enfin, le NPD a enregistré un score catastrophique. Avec seulement 33 candidats (sur 49 circonscriptions), il est allé chercher 1,7% des voix à l’échelle provinciale. Il y a deux ans à peine, il avait récolté 5% des votes.

Même son chef par intérim, Mackenzie Thomason n’a pas réussi à se démarquer et n’a récolté que 100 votes dans Fredericton-Nord, soit 1,2% des appuis.

Des résultats doux-amers pour le Parti vert

Le coprésident de la campagne 2020 du Parti vert et député réélu de Kent-Nord, Kevin Arseneau, affirme qu’il est plutôt content des résultats de lundi.

«On a vu que les gens, une fois qu’ils ont passé la barrière d’élire un vert, sont satisfaits. […] Ça vient consolider nos acquis. On n’est plus juste un parti qui a créé une surprise une fois. Ça, c’est positif, je crois», dit-il en entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

Il ne cache cependant pas que les verts ne voulaient pas se contenter du statu quo. Ils espéraient faire des gains, notamment dans Restigouche-Ouest et dans Fredericton-Nord.

«Mais je mentirais si je disais que je ne suis pas déçu qu’on n’ait pas pu gagner quelques sièges de plus. Quand je calcule rapidement, 15% du vote dans un système proportionnel, on parlerait de sept sièges», dit-il.

Kevin Arseneau se console en voyant que les candidats verts sont arrivés deuxièmes dans plusieurs circonscriptions. Vérification faite, c’est bel et bien ce qui s’est produit dans 12 circonscriptions.

Le politologue Mario Levesque, de l’Université Mount Allison de Sackville, estime que les verts ont raison d’être contents d’avoir préservé leurs acquis, et ce, même s’ils n’ont pas fait de gains.

«Oui, c’est certainement un succès d’avoir gardé leurs sièges», dit-il en entrevue téléphonique.

Selon lui, les verts peuvent aussi se réjouir d’avoir décroché la deuxième place dans douze circonscriptions. Cela augure bien pour leur avenir, d’autant plus qu’ils ne sont plus perçus comme des politiciens qui ne pensent qu’à l’environnement, dit-il.

«Si on regarde ces régions-là, on peut voir qu’ils ont fait des progrès. Il se peut qu’à la longue, ça se poursuive. Je vois que le Parti vert commence à remplacer le Parti libéral dans beaucoup de régions.»

Recul de la People’s Alliance

L’effondrement annoncé par certains sondages ne s’est pas produit pour la People’s Alliance of New Brunswick.

Cette formation de droite – populiste et hostile à certains acquis et droits linguistiques des francophones – a sauvé les meubles en faisant élire deux de ses trois députés sortants.

Ses appuis à l’échelle provinciale ont eux aussi diminué, avec 9,2% des suffrages, soit environ trois points de pourcentage de moins qu’en 2018.

Mario Levesque croit que cela s’explique en partie par certaines promesses de Blaine Higgs qui avaient de quoi plaire aux partisans de ce parti.

Lors de la campagne qui vient de se terminer, le chef progressiste-conservateur n’a par exemple pas fermé la porte à l’idée de revoir à la baisse les exigences en matière de bilinguisme dans la fonction publique.

«Certainement que cela a aidé», dit le politologue de l’Université Mount Allison.