Les Acadiens voteraient pour des abat-jours, dénonce Higgs

Ceux qui espèrent un acte de contrition de Blaine Higgs attendront longtemps. Le premier ministre estime qu’il n’est pas à blâmer pour les insuccès de son parti dans les régions francophones.

Malgré les éloges qu’il s’est attirés grâce à sa gestion de la crise de la COVID-19, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, n’a pas réussi à conquérir des régions clés de la province à l’issue du scrutin de lundi.

Pratiquement toutes les circonscriptions francophones situées dans le nord et le long de la côte acadienne restent aux mains de l’opposition libérale.

Par conséquent, l’éternel schisme entre les électeurs francophones et anglophones a resurgi, même si les progressistes-conservateurs de Higgs ont raflé une majorité de sièges à l’Assemblée législative.

M. Higgs blâme cette situation sur les habitudes de vote des électeurs du nord du Nouveau-Brunswick.

«Il y a des circonscriptions dans le Nord qui voteraient toujours libéral, a-t-il lâché lors d’une entrevue après sa victoire, lundi soir. Vous pourriez y présenter un abat-jour comme candidat libéral. Ça doit changer.»

Toutes les circonscriptions à majorité francophone du Nouveau-Brunswick, à l’exception de Shediac-Beaubassin-Cap-Pelé et de Bathurst-Ouest-Beresford, ont déjà élu un député progressiste-conservateur au moins une fois par le passé, et souvent à plusieurs reprises.

Les premiers ministres progressistes-conservateurs Richard Hatfield, Bernard Lord et David Alward ont tous fait élire plusieurs députés acadiens à une époque pas si lointaine.

Confronté à ces faits par CBC, Blaine Higgs en a ajouté une couche. Il affirme que contrairement à ces anciens premiers ministres, il a refusé de faire des promesses coûteuses pour obtenir l’appui des Acadiens.

«Je n’ai pas échoué à accepter la partie nord de la province. Je pense qu’il s’agit d’un cas où le nord de la province ne m’accepte pas.»

Ce n’est pas la première fois que Blaine Higgs refuse de prendre le blâme pour ses insuccès auprès de la population francophone.

En rencontre éditoriale la semaine dernière à Moncton, l’Acadie Nouvelle lui a demandé pourquoi il échoue là où les premiers ministres Hatfield et Lord ont pourtant réussi.

«Quel rôle pensez-vous avoir joué là-dedans?», a-t-il rétorqué, sans préciser s’il faisait référence spécifiquement à l’Acadie Nouvelle ou aux médias francophones dans leur ensemble.

Pendant la campagne électorale, il a, à quelques reprises, laissé entendre que les Acadiens ne votent pas pour son parti en raison d’une campagne de peur menée par les libéraux provinciaux.

Aux yeux de Roger Ouellette, professeur de sciences politiques à l’Université de Moncton, M. Higgs a donné trop de raisons aux électeurs francophones de se méfier de lui.

Le professeur cite en exemple des publications ayant circulé sur les réseaux sociaux pendant la campagne électorale pour rappeler que dans les années 1990, Blaine Higgs s’était porté candidat à la direction du parti aujourd’hui dissous de la Confédération des régions (COR), qui souhaitait abroger la Loi sur les langues officielles.

Les francophones ont également été marqués par le fait que l’ancien gouvernement minoritaire de Higgs avait été soutenu par l’Alliance des gens, un parti qui s’évertue à remettre en question le coût et la pertinence des services bilingues.

Et pas plus tard qu’en février dernier, M. Higgs a dû renoncer à son plan de réduire les heures d’ouverture des salles d’urgence dans les hôpitaux de six petites collectivités rurales, y compris les communautés acadiennes de Caraquet et de Saint-Anne-de-Kent.

«Blaine Higgs est Blaine Higgs. Je ne pense pas qu’il va changer», avance M. Ouellette.

Le premier ministre, qui parle un français approximatif, reconnaît néanmoins qu’il a du travail à faire pour combler le fossé entre son parti et les Néo-Brunswickois francophones.

Les conservateurs peuvent se réconforter en sachant qu’ils ont déjà bénéficié d’appuis solides au sein de l’électorat francophone.

Richard Hatfield, le premier ministre au plus long règne de l’histoire de la province, jouissait d’une énorme popularité dans le nord du Nouveau-Brunswick, même s’il était anglophone.

En poste de 1970 à 1987, il avait appuyé les réformes égalitaires introduites par Robichaud, créé des systèmes scolaires anglophone et francophone distincts,en plus de présenter une loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques.

En 1999, le chef progressiste-conservateur Bernard Lord, parfaitement bilingue, a mené son parti à une victoire écrasante, remportant 44 des 55 sièges en jeu. Il a servi pendant deux mandats.

«La porte n’est pas fermée à jamais, relève M. Ouellette. Mais les conservateurs ont du travail à faire.»