Des étudiants empêchés de voter à tort: «Nous sommes scandalisés»

Élections Nouveau-Brunswick reconnaît que des étudiants de l’Université Mount Allison de Sackville ont été privés injustement de leur droit de vote.

La confusion régnait lundi dans le bureau de vote installé au Tantramar Civic Centre de Sackville. L’association étudiante de l’Université Mount Allison indique avoir reçu de nombreux signalements d’étudiants refoulés alors qu’ils répondaient aux conditions.

«Des douzaines d’étudiants nous ont contacté parce qu’il leur a été impossible de voter. Il s’agit d’un nombre très important», s’indigne son président, Jonathan Ferguson.

Le règlement électoral stipule qu’un étudiant ou une étudiante provenant d’une autre province qui fréquente une université néo-brunswickoise peut déclarer que le Nouveau‑Brunswick est son lieu de résidence permanent ou «ordinaire». Un étudiant qui rentre chez lui pour travailler pendant l’été n’interrompt pas son statut de «résident habituel», il a donc le droit de voter peut soumettre une demande afin d’être inscrit sur la liste électorale. La situation est différente pour un étudiant de première année, qui doit avoir résidé pendant 40 jours au Nouveau-Brunswick pour pouvoir voter.

Jonathan Ferguson affirme que cette règle n’a pas été appliquée correctement par le personnel électoral du bureau. Il pointe du doigt «une mauvaise gestion et de nombreuses incohérences».

«Ils n’avaient aucun idée de ce qu’ils faisaient et cherchaient n’importe quelle raison pour les décourager de voter. Beaucoup d’étudiants ont été traités avec condescendance et rabaissés», avance le jeune homme, visiblement en colère.

Son association a pu obtenir des clarifications de la part d’Élections NB au cours de la journée, puis a appelé les étudiants ayant essuyé un refus à se présenter à nouveau au bureau de vote.

Élections NB reconnaît que des erreurs ont été commises par le personnel électoral.

«Nous avons eu quelques problèmes dans un bureau de vote à Sackville où certains membres du personnel n’étaient pas clairs sur les règles d’éligibilité des étudiants de l’extérieur de la province qui fréquentent l’Université Mount Allison», confirme Paul Harpelle, un porte-parole de l’organisation.

Élections Nouveau-Brunswick ignore le nombre exact d’étudiants qui ont été affectés.

«Nous n’avons aucun moyen concret de le savoir», admet M. Harpelle.

«La directrice générale des élections a appelé le directeur du scrutin local qui s’est rendu sur le lieu de vote et s’est assuré que les travailleurs avaient bien compris les règles. Elle s’est également entretenue avec un représentant du syndicat des étudiants du campus qui a déclaré qu’il ferait passer le mot à tous les étudiants qui auraient été refusés.»

Certains ont dû se rendre au bureau de vote jusqu’à trois reprises pour pouvoir exercer leur droit de citoyen, mentionne Jonathan Ferguson.

«C’est totalement inacceptable. Nous sommes choqués et scandalisés par cette situation. Je ne comprends pas comment cela a pu se produire. Quel est le message qu’on envoie aux jeunes qui votaient pour la première fois? Que voter est une épreuve et qu’on préfère qu’ils ne se présentent pas?»

Sandon Gagnon, qui entame sa quatrième année à l’université de Sackville, a dû insister lourdement pour pouvoir donner sa voix.

«J’ai été interrogé à maintes reprises sur ma résidence même si j’apportais mon bail et ma carte d’identité. J’avais l’impression que chaque bénévole là-bas ne voulait pas que je vote et essayait de m’arrêter à chaque étape. On ne me croyais pas, j’ai dû leur assurer à plusieurs reprises que j’étais autorisé à voter.»

Christina Acton, une autre étudiante qui a passé une partie la journée devant le bureau pour aider les étudiants à se rendre aux urnes, décrit de son côté un «environnement hostile».

«Beaucoup d’étudiants vivant en résidence ont été refoulés ou confrontés à de multiples reprises. Des étudiants de troisième année qui ont pu voter lors des précédentes élections ont été refusés», rapporte-t-elle.

Invitée à commenter la controverse, la député verte réélue dans Memramcook-Tantramar s’est dite «impressionnée» par la mobilisation étudiante. «Je suis fière des jeunes qui ont lutté pour permettre à leurs concitoyens d’exercer leur droit de voter», souligne Megan Mitton.

Contrairement aux élections précédentes, Élections NB n’a pas installé de bureaux de vote sur les campus des établissements postsecondaires, en raison de la pandémie et de la courte durée de la campagne.