Éclosions de COVID-19 près des zones «bulles»: inquiétude jusqu’à Fredericton

La recrudescence des cas de COVID-19 au Québec – et plus particulièrement dans l’est de la province – inquiète, et ce, jusqu’à Fredericton.

En l’espace de quelques jours, le nombre de cas a explosé dans la région administrative du Bas-Saint-Laurent au Québec. Depuis le 8 septembre, 134 nouveaux cas ont été répertoriés dans cette région qui comprend notamment la MRC de Témiscouata avec laquelle le Nouveau-Brunswick a jumelé une bulle frontalière.

Cette série d’éclosions serait en grande partie liée à des fêtes étudiantes.

Les cas dans le Bas-Saint-Laurent sont surtout concentrés dans les secteurs de Kamouraska, Rivière-du-Loup, Rimouski ainsi que quelques-uns dans la Matapédia. Cette dernière zone ne doit d’ailleurs pas être confondue avec la municipalité de Matapédia qui, elle, se trouve dans la MRC d’Avignon et fait partie de la bulle avec le Nouveau-Brunswick.

Dans la MRC d’Avignon, on ne parle pas d’éclosion et on ne répertorie que quatre cas actifs et aucune hospitalisation. Dans les MRC de Témiscouata et de Matapédia, le nombre de cas est aussi très faible, mais puisqu’elles font partie de la zone administrative du Bas-Saint-Laurent, elles sont aussi touchées par le rehaussement du niveau d’alerte régionale. Celui-ci est passé au niveau 2 (préalerte, couleur jaune), ce qui signifie qui les mesures de base sont renforcées et davantage d’actions sont déployées pour promouvoir et encourager leur respect. On est donc encore loin des niveaux d’alertes modérées (orange) et maximales (rouge).

Dans une entrevue donnée à un média anglophone, Blaine Higgs, a admis être très préoccupé par la proximité de ces éclosions. Il a laissé entendre que si celles-ci s’aggravent, elles pourraient avoir un impact sur les bulles québécoises jumelées avec le Nouveau-Brunswick (donc les MRC d’Avignon et du Témiscouata), laissant du coup planer un doute sur la situation aux frontières. Invité à préciser sa pensée, il n’a pas donné suite à notre demande.

Au niveau de la Santé publique, on avoue surveiller la situation avec intérêt.
«Bien que nous ne prévoyons actuellement aucun changement à nos frontières, la Santé publique suit quotidiennement ce qui se passe dans les autres provinces pour évaluer la situation», souligne le porte-parole de l’organisme, Bruce MacFarlane.

Vigilance de mise

Au Restigouche, la ville de Campbellton est assise directement sur la frontière avec la MRC d’Avignon, partageant le pont interprovincial avec les communautés de Listuguj et Pointe-à-la-Croix. Sa mairesse, Stéphanie Anglehart-Paulin, avoue être inquiète de ces nouveaux cas près de chez elle.

«On le voit sur les médias sociaux, nos citoyens commencent à s’inquiéter pour leur santé et ne veulent pas revivre les éclosions de mai et juin dernier», souligne-t-elle, faisant référence aux deux éclosions qui ont frappé la région, mais aussi au maintien d’un contrôle sanitaire plus musclé (zone orange).
Si elle affiche ses craintes, celle-ci ne veut toutefois pas voir la frontière avec la Gaspésie redevenir hermétique.

«Ce fut une situation terrible pour nos commerçants et les effets sont toujours visibles. Beaucoup ont encore de la difficulté à se remettre de la première fermeture, et je sais que certains ne survivraient pas à une seconde. Il faut éviter à tout prix que ça se reproduise», lance-t-elle en guise d’avertissement à Fredericton.

Selon cette dernière, c’est à la population du Restigouche et de la Gaspésie de faire leur part afin d’éviter tout dérapage.

«Je demande aux gens de redoubler d’efforts, d’être encore plus vigilants. Portez le masque, gardez vos distances et lavez-vous les mains, que ce soit lorsque vous venez au Restigouche ou quand vous allez dans Avignon. Tout passe par le respect des autres, c’est comme ça qu’on va réussir à éviter des éclosions», lance-t-elle.

Et surtout, elle implore les gens à respecter la bulle.

«Je sais que ça peut être tentant d’aller à Gaspé, Amqui, Rimouski ou même continuer jusqu’à Québec. Mais ça prend un effort collectif pour contrôler la propagation de ce virus. Et de petits accrocs aux règles peuvent avoir de graves conséquences sur toute la collectivité», dit-elle.

«Il n’y a pas lieu de paniquer»

De l’autre côté de la rivière, à Pointe-à-la-Croix, on est bien conscient que le virus frappe à la porte. Toutefois, on invite Fredericton à ne pas précipiter de décision. «C’est certain que les éclosions au Bas-Saint-Laurent nous inquiètent, parce que c’est à proximité et qu’il s’agit d’une région avec laquelle nous brassons beaucoup d’affaires. Mais les éclosions ne sont pas ici. On peut être préoccupé, mais il n’y a pas lieu de paniquer – ni pour nous ni pour le Nouveau-Brunswick – à ce stade-ci, et encore moins de commencer à parler de fermeture de frontières», soutient le maire de l’endroit, Pascal Bujold.

Celui-ci se fait toutefois réaliste. Il croit en effet fort plausible que des éclosions surviennent sur son territoire ou celui du Restigouche tôt ou tard.

«Il va y avoir une deuxième vague ou une augmentation des cas un moment donné d’ici cet hiver, et il se peut alors que le pont interprovincial ferme à nouveau. J’espère, si cela venait qu’à se produire, que le gouvernement du Nouveau-Brunswick aura tirer des leçons de la dernière fois et qu’il ne tardera pas à corriger le tir rapidement, qu’il ne laissera pas la situation pourrir pendant des semaines. On a fait de beaux progrès récemment – notamment avec la prolongation des passes –, et il ne faudrait pas retourner en arrière. Il faut plutôt continuer de bâtir là-dessus», exprime-t-il, prenant soin de préciser qu’à ses yeux, la bulle doit demeurer intacte. – JFB