L’avenir du Parti libéral passe-t-il par un virage à droite?

Complètement évincé du sud et de l’ouest de la province, le Parti libéral devra trouver un moyen de séduire à nouveau le vote anglophone pour aspirer au pouvoir dans quatre ans. Pour certains, un déplacement vers la droite s’impose.

Le parti de Louis J. Robichaud et de Frank McKenna a été rayé de la carte dans la plupart des régions à majorité anglophone lundi soir.

Les libéraux ont notamment été complètement évincés des régions métropolitaines de Saint-Jean et de Fredericton. À Moncton, seul le député Robert McKee demeure.

La popularité du Parti progressiste-conservateur chez les anglophones n’est toutefois pas la seule explication aux déboires du Parti libéral.

Quinze candidats libéraux ont terminé au troisième rang ou pire encore dans leur circonscription.

Alors que les insuccès du Parti progressiste-conservateur chez les francophones depuis deux ans sont souvent attribués à son chef unilingue, il est plus difficile d’expliquer pourquoi Brian Gallant, un francophone bilingue, et Kevin Vickers, un anglophone bilingue, n’ont pas réussi à séduire davantage l’électorat du sud et de l’ouest de la province.

Selon le député fédéral de Saint-Jean-Rothesay et dernier élu libéral dans cet océan conservateur, Wayne Long, le caractère des gens de la région explique en partie la déconfiture des libéraux.

«Traditionnellement, le sud du Nouveau-Brunswick est conservateur, dit-il. Il y a une idéologie conservatrice chez beaucoup de gens du sud du Nouveau-Brunswick. Les gens aiment la discipline fiscale.»

C’est notamment pourquoi le premier ministre Frank McKenna était si populaire dans la région dans les années 1990, selon M. Long.

«C’était quelqu’un de plus au centre politiquement, certains diraient même de centre droit.»

Pour une partie de l’électorat anglophone, le Parti libéral s’est peut-être positionné un peu trop à gauche ces dernières années, suggère Wayne Long.

«Je pense que beaucoup de gens ont quitté le Parti libéral et sont allés du côté du Parti progressiste-conservateur. Je pense que le parti a besoin de revenir au centre tout en bâtissant une sorte de coalition progressiste.»

L’ex-ministre libéral Jack Keir, qui a représenté une circonscription de la grande région de Saint-Jean de 2006 à 2010, croit lui aussi qu’une partie de la malchance du Parti libéral dans le sud de la province est due à son positionnement sur l’échiquier politique.

«Je pense que le Parti libéral a été poussé davantage vers la gauche pour faire compétition aux verts. Le Parti libéral auquel je me suis joint il y a longtemps et dont je suis fier a toujours été un parti de centre gauche», dit-il.

«Depuis l’époque de Frank McKenna, nous avons toujours compris que nos finances devaient être en ordre et nous avons toujours compris (l’importance) des programmes sociaux pour ceux qui en ont le plus besoin. Je pense que nous avons dérivé du centre et nous devons y revenir.»

Même si les verts ont terminé devant les libéraux dans huit circonscriptions du Sud-Ouest en plus de celle remportée par le chef David Coon, l’avenir du Parti libéral ne se trouve surtout pas plus à gauche, insiste Jack Keir.

«Si nous devons essayer d’aller plus à gauche pour concurrencer les verts, pourquoi ne pas simplement voter pour les verts? Je pense que la marque libérale est plutôt au centre gauche.»

Selon lui, les libéraux auraient dû consacrer beaucoup plus d’efforts ces dernières années à vanter la saine gestion financière du gouvernement libéral de Brian Gallant et le retour à l’équilibre budgétaire.

S’il convient qu’un repositionnement du Parti libéral pourrait l’aider à attirer davantage d’électeurs de tendance plus conservatrice, l’ex-ministre libéral Serge Rousselle émet toutefois une mise en garde.

«Naturellement, les gens du nord de la province, entre autres les francophones, nous sommes beaucoup plus à gauche sur l’échiquier politique, alors que dans certaines régions de la province, le conservatisme social et économique est beaucoup plus fort», dit-il.

«Quand le Parti libéral va un peu plus vers le centre ou le centre droit, c’est sûr qu’il tend aussi à perdre des votes aux dépens des verts. C’est donc un dilemme constant.»

Le coprésident de la campagne libérale, le député Robert McKee, souligne que la popularité du Parti vert pourrait aussi être davantage un vote de contestation contre les partis traditionnels qu’un vote en faveur d’un programme plus progressiste.

Même si les libéraux devront se trouver un nouveau chef pour remplacer Kevin Vickers qui a démissionné lundi soir, M. McKee estime que le Parti devrait d’abord se pencher sur ses politiques comme première étape de sa reconstruction.

«Il va falloir que nous ayons des conventions de politiques au sein du parti partout dans la province pour vraiment trouver ce qui est souhaitable pour les citoyens de la province», résume-t-il.

Le Parti libéral a fait un seul gain aux dépens du Parti progressiste-conservateur, lundi soir, dans Shippagan-Lamèque-Miscou.

Les libéraux ont cependant perdu Moncton-Est, Moncton-Sud, Saint-Jean-Havre, Fredericton-Nord et Carleton-Victoria aux mains des progressistes-conservateurs.

Le Parti libéral possède dorénavant 17 circonscriptions contre 27 pour le Parti progressiste-conservateur, 3 pour le Parti vert et 2 pour l’Alliance des gens.