Bulle frontalière: les citoyens du Témiscouata ne sont plus autorisés à circuler au N.-B.

La bulle Madawaska-Témiscouata n’aura pas duré longtemps. En raison de l’augmentation du nombre de cas dans la région de Bas-Saint-Laurent, au Québec, le gouvernement provincial a annoncé jeudi que les résidents du Témiscouata ne sont plus autorisés à entrer dans la province sans raison essentielle.

La bulle frontalière qui permettait aux gens du Madawaska de visiter la Municipalité régionale de comté du Témiscouata sans devoir s’isoler à leur retour est désormais suspendue jusqu’à avis contraire.

Ce changement ne touche pas les résidents de la municipalité régionale de comté d’Avignon et de la Première Nation de Listuguj, au Québec, près de Campbellton.

«Nous devons être prudents et continuer à faire notre part d’efforts pour garder le Nouveau-Brunswick en sécurité et ralentir la propagation de la COVID-19», a déclaré le premier ministre, Blaine Higgs, dans un communiqué émis jeudi.

Si les voyages essentiels comme des rendez-vous médicaux sont toujours permis, les enregistrements déjà approuvés pour des excursions d’une journée en provenance et à destination du Témiscouata ne sont plus valides, précise le gouvernement.

«À moins d’en être exemptées, les personnes qui se rendent ou qui reviennent du Témiscouata doivent à nouveau s’auto-isoler pendant 14 jours lorsqu’ils entrent au Nouveau-Brunswick.»

Compréhension, mais déception à Edmundston

Francine Landry, la députée de Madawaska-les-Lacs-Edmundston, avait été la première à proposer la création de bulles régionales à l’Assemblée législative cet été.

En apprenant la fermeture, jeudi, elle s’est dite déçue, notamment pour les résidents qui ont de la famille, des amies ou des propriétés de l’autre côté de la frontière.

«À mon avis, on a besoin plus de dépistage aux frontières. Plus de dépistage et que les résultats soient obtenus plus rapidement. C’est ça la solution.»

Mme Landry tenait à prendre le pouls de ses concitoyens avant d’en dire davantage.

Elle ne nie pas que la sécurité des Néo-Brunswickois est prioritaire.

En date de mercredi, le Bas-Saint-Laurent comptait dix cas actifs, c’est-à-dire treize de moins que les 23 cas annoncés dimanche.

«Les experts ont mis en place un cadre pour être capables de prendre ces décisions-là. Quand ils ont présenté les phases de rétablissements, ils ont mis des critères précis. Je pense que la décision est basée sur le modèle et il faut le respecter. On en tirera des leçons après, mais pour l’instant il faut respecter les consignes.»

Cyrille Simard, le maire d’Edmundston, estime qu’il est trop tôt pour dire que la décision est prématurée.

M. Simard a lui aussi une pensée particulière pour les familles qui résident de chaque côté de la frontière.

Il demeure toutefois optimiste quant à une éventuelle réouverture.

«Plus nous respecterons les contraintes et plus nous adopterons les bons comportements, plus nous serons en mesure de rouvrir. C’est une façon aussi de se remettre à jour par rapport à la pandémie. On a vécu l’été avec une certaine réouverture, c’est très bien, mais on a ressenti en même temps que les gens ont baissé leur garde.»

Le maire ajoute que parfois il vaut mieux prendre un recul pour ensuite mieux rebondir.

«Évidemment, si l’on a réussi à créer une bulle une fois, ça veut dire qu’on peut le faire à nouveau. Il suffit que chacun et chacune fassent leur part.»

Le maire du Haut-Madawaska surpris, mais confiant en les experts

Le maire de Haut-Madawaska et président de la CSR du Nord-Ouest, Jean-Pierre Ouellet, savait que la possibilité de restreindre la mobilité à la frontière avec le Témiscouata était à l’étude.

Plus tôt en journée, il a été contacté par le bureau de la médecin hygiéniste en chef afin de l’aviser que cette alternative était sur la planche à dessin suite à l’éclosion dans la région administrative du Bas-St-Laurent, région qui comprend la MRC de Témiscouata.

Ce dont il ne se doutait pas par contre, c’est que la mesure entrerait bel et bien en vigueur, et aussi rapidement.

«Ça m’a pris un peu par surprise», a-t-il confié à l’Acadie Nouvelle quelques heures à peine après ce coup de fil.

Grand avocat de la réouverture de la frontière, celui-ci avoue qu’il est déçu de la tournure des événements sans toutefois juger ou remettre en question le bien-fondé de cette décision.

«Est-ce que je suis déçu? Certainement, car pour moi la bulle est essentielle à notre région, que ce soit pour des raisons sociales, économiques ou familiales. Mais je ne suis pas un spécialiste en la matière, donc je me fis aux experts de la Santé publique. Ce sont eux qui ont les données en main, qui suivent la situation de près et qui sont en contact avec les autorités du Québec. S’ils ont jugé bon d’agir de la sorte, c’est parce qu’ils avaient des raisons de croire que l’évolution de la situation posait des risques pour notre santé, pour nos personnes plus à risque», indique M. Ouellet.

Cette fermeture survient alors qu’on dénombre quelques cas de COVID-19 – environ une quinzaine – dans le secteur de Témiscouata, ce qui demeure relativement bas comparativement aux autres secteurs.

L’éclosion se situe davantage dans les MRC de Kamouraska, Rivière-du-Loup et Rimouski-Neigette. Néanmoins, le système d’alerte régionale du Québec tient compte de la totalité de la région administrative et n’est pas divisible par MRC.

M. Ouellet dit comprendre les risques de proximité, surtout qu’il y a du va-et-vient entre les communautés.

«La Santé publique a certainement tenu compte du traçage des cas. Elle n’a sûrement pas pris cette décision sur un coup de tête et ni de gaieté de cœur. Reste maintenant à croiser nos doigts que la situation s’améliore rapidement dans cette partie du Québec afin que tout revienne à la normale ici aussi. Si le nombre de cas diminue, il n’y aura alors pas de raison de garder la frontière fermée», indique-t-il, ajoutant espérer que le gouvernement Higgs sera alors prompt à rétablir la bulle rapidement.

À noter que la bulle avec le Témiscouata se rend jusqu’aux communautés de Pohénégamook et de Saint-Louis-du-Ha! Ha!

– Avec la collaboration du journaliste Jean François Boisvert.

Aucun nouveau cas

La Santé publique n’a signalé aucun nouveau cas de COVID-19 aujourd’hui. Il y a 194 cas confirmés au Nouveau-Brunswick, et 190 personnes se sont rétablies. Il y a eu deux décès, et il y a deux cas actifs. À ce jour, 68 050 tests de dépistage ont été réalisés.