Les chasseurs d’orignaux ont le compas dans l’oeil!

COVID-19 ou pas, relents de l’ouragan Teddy ou pas, les chasseurs n’allaient pas se laisser distraire en cette première journée fructueuse de la saison de chasse à l’orignal.

En ce mardi matin frais, le temps est idéal pour une belle excursion dans les forêts de la Péninsule acadienne. Pas de vent. Pas de pluie. Pas de soleil tapant non plus, caché par un filtre nuageux.

Idéal pour atteindre cette grosse cible qui fera, à n’en point douter, le délice de plusieurs convives autour d’un bon steak, d’une fondue ou de toute autre recette.

Il n’est même pas 10h que ça fait déjà la file au point d’enregistrement du ministère des Ressources naturelles, à Tracadie. Plusieurs véhicules arrivent en même temps. À l’arrière du camion ou dans une remorque, des pattes dépassent. Un panache aussi.

Kevin Savoie, de Chiasson Office, est le seul de son groupe de quatre chasseurs à descendre pour aller remplir la paperasse d’usage. Ce sont les règles. Les autres doivent attendre un peu plus loin.

Une fois les prélèvements faits sur la bête et les papiers signés, il va rejoindre dans le camion son compagnon Kevin MacDonald, de Shippagan.

«On n’a pas eu le temps de ne rien faire. Il est venu à nous. Cela n’a pas été plus difficile que ça. Au moins, on s’est sauvé du mauvais temps. Quand on va dans le bois, on se prépare en conséquence. La COVID? Pas stressant. On est dans la même bulle. On a mis de l’urine de femelle à nos pieds, car du Purrell aurait éloigné l’orignal», admet Kevin MacDonald avec un brin d’humour.

La journée de ces chasseurs ne fait que commencer en fait. La bête est tuée et sortie du bois. C’est une chose. Là, il faut agir rapidement la grimper, lui enlever la peau et la laver avant de la découper en quartiers. Un bon après-midi de travail, admet son compagnon.

«Ce n’est pas du gros ouvrage, mais il faut le faire. C’est frais aujourd’hui, ça va bien aller et après, on va manger de la belle viande», affirme le détenteur du permis.

Des règles strictes

Pendant ce temps, les agents de la faune procèdent à une désinfection complète et minutieuse de la table d’enregistrement et du plexiglas séparant le chasseur de l’agent. Ça aussi, ce sont les règles. Et elles sont strictes.

Un autre véhicule s’arrête devant le stand. Gilles Thomas accepte de se faire prendre en photo avec un beau mâle de plus de 600 livres. Il est bien content de présenter son trophée. Cette superbe prise rend cet affable chasseur de Four Roads de fort bonne humeur, c’est évident.

«Tu peux prendre une photo, mais tu ne prendras pas de viande!», lance-t-il à l’auteur de ces lignes en riant de bon coeur.

Le prochain ne se fait pas attendre. Après 26 ans d’essais infructueux lors des tirages, Yves Thériault, de Caraquet, a enfin eu droit à sa licence. Et il n’allait pas manquer son coup, c’est certain. Il a ramené un beau buck de 17 pointes.

«Cela n’a même pas pris cinq minutes! Il était là, proche, avec deux vaches dans le bois à Village-Blanchard. Je l’ai tiré. Après, j’étais nerveux. Les deux vaches sont restées là 15-20 minutes. C’était un temps parfait. C’est sec, pas de vase. Une chance que j’ai tué aujourd’hui, parce que demain avec la tempête qui s’annonce, ça ne sera pas une bonne journée pour caller l’orignal», mentionne-t-il.

Il a pris soin de bien sortir les entrailles de sa victime avant de l’embarquer dans le véhicule. Il a surtout fait attention de ne pas percer la vessie de l’animal. Son contenu aurait pu abîmer la viande.

«Si ça arrive, on donne la viande touchée à nos mauvais amis!», blague-t-il avant de prendre la route.

Suivant!

Martine Daigle descend du camion. Dans sa remorque, une belle femelle. Cette femme de Landry Office affiche un immense sourire. C’est son premier orignal.

«On l’a tuée pas loin de chez nous, proche du club de golf. C’est moi qui l’ai tiré. C’est mon premier. On n’a même pas eu le temps de se rendre au stand, mon mari et moi. Quand on l’a vu, mon mari m’a bien expliqué comment faire. Je suis sortie lentement du camion, j’ai baissé la fenêtre de la porte, je me suis appuyée comme il faut et je l’ai touchée en plein coeur. Sur le coup, je n’étais pas stressée, mais après, la patate te pompe! C’est vraiment spécial», raconte celle qui apporte son masque de protection partout où elle va.

À travers toutes ces belles histoires, la COVID-19 n’a pas fait le poids. Mais on sent qu’elle n’est jamais loin. Sauf que pour l’instant, les chasseurs apprécient le moment présent: dans le bois à attendre leurs bêtes. C’est toujours bien ça de gagné.

La saison de la chasse à l’orignal se terminera samedi à la tombée du jour.