La technologie 5G soulève toujours l’inquiétude au N.-B.

Alors que les géants des télécommunications ont déjà activé les premiers réseaux 5G dans cinq grandes villes du Canada, apportant des vitesses de transmission de données mobiles jamais vues auparavant à leurs clients, des inquiétudes entourant cette technologie persistent.

Un groupe de citoyens de la Péninsule acadienne espère ouvrir le dialogue avec la population avant l’arrivée de cette technologie dans les régions rurales du Nouveau-Brunswick, prévue au cours des prochaines années.

«La réglementation des télécommunications appartient au gouvernement fédéral, donc avec le 5G, les municipalités ne peuvent pas faire grand-chose au point de vue de réglementation, mais on sent que si les municipalités se mobilisent en nombre suffisant à travers le Canada, ça pourrait avoir un impact et permettre de sensibiliser les gens à cet enjeu», explique Anne Doiron, porte-parole du groupe de citoyens qui regroupe aussi des militants issus du milieu communautaire et universitaire.

Le groupe a aussi approché les municipalités de la Péninsule acadienne afin d’y rencontrer les élus locaux. Jusqu’à maintenant, il semble y avoir une oreille attentive de la part de Caraquet et de Tracadie.

Denis Losier, maire de Tracadie, a confirmé lors d’une récente réunion plénière du conseil municipal que le pouvoir des municipalités est limité. «Il y a des préoccupations dans la population. On doit aller chercher toute l’info, sans pour autant lancer une polémique», a-t-il ajouté.

C’est quoi?

Pour résumer, la 5G est tout simplement la cinquième génération de technologies mobiles. Elle est nettement plus rapide que les générations précédentes et doit pouvoir répondre à une augmentation de la demande à mesure qu’un nombre grandissant d’objets quotidiens soient connectés à Internet (Internet des objets). La technologie n’existe pas uniquement pour alimenter des objets de la maison. Par exemple, les possibilités pour la télémédecine sont énormes.

Pour fonctionner pleinement, la 5G se sert de fréquences très hautes, dites millimétriques. L’utilisation de ces ondes permet aux données de voyager à des vitesses inégalées, mais elles ne voyagent pas très loin. Pour assurer une bonne couverture, les entreprises en télécommunications doivent installer un plus grand nombre d’antennes.

Les experts tentent toujours de mieux comprendre l’impact des radiofréquences et des champs électromagnétiques sur la santé, mais le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé a affirmé en 2014 que les champs électromagnétiques produits par les téléphones portables sont classés comme des cancérogènes possibles.

Par ailleurs, la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), un organisme international basé en Allemagne, a déterminé plus tôt cette année que la 5G ne pose aucun risque à la santé pourvu que les entreprises respectent les normes établies.

La position de Santé Canada est similaire.

«L’exposition à l’énergie radiofréquence se situant au-dessous des limites canadiennes est sécuritaire; ces dernières sont fixées bien au-dessous du seuil de tous les effets néfastes connus et établis pour la santé. Cela est sécuritaire, car Santé Canada a ajouté plusieurs niveaux de précaution aux limites en question.

Ces précautions comprennent: un seuil conservateur prévenant les effets néfastes pour la santé, l’utilisation du pire des scénarios d’exposition, et des marges de sécurité supplémentaires, abstraction faite du seuil.»

Malgré des préoccupations légitimes, la 5G est aussi associée à des théories du complot farfelues. Certains prétendent notamment que la 5G cause et empire les symptômes de la COVID-19. Toujours selon l’ICNIRP, ces affirmations ne s’appuient sur aucune preuve. La 5G ne peut infecter les êtres humains avec des virus.

Vie privée

La 5G et le développement d’objets connectés à l’Internet soulèvent aussi des préoccupations liées à la vie privée, croit le Dr Paul Héroux, professeur à la faculté de médecine de l’Université McGill, à Montréal. Ouvertement anti-5G, M. Héroux a été invité à prendre la parole lors d’une rencontre virtuelle organisée en juin par le groupe de citoyens de la Péninsule acadienne.

«L’industrie est prête à dire n’importe quoi pour avoir des permis. Elle a une vision de l’avenir qui l’accommode. Après vous avoir vendu un ordinateur, pour étendre son marché, les entreprises doivent mettre des ordinateurs dans tous les objets. Ce n’est pas nécessairement quelque chose qui demande le bien du public. C’est plutôt un besoin de l’industrie pour nous vendre un nouveau modèle de téléphone», a-t-il dit dans une vidéo de la conférence publiée sur YouTube.

Paul Héroux croit que l’Internet à fibre optique peut satisfaire aux mêmes besoins que la 5G. «La médecine à distance a besoin de vitesse, mais la fibre optique est bien meilleure pour la fournir. L’industrie veut nous diriger vers un style de vie que nous n’avons pas demandé pour augmenter la vente de produits, envahir nos vies privées et laisser une empreinte dans la société. La question est de savoir, est-ce qu’on veut ça ou non?»

La 5G Nouveau-Brunswick

Les grandes entreprises en télécommunication, comme Bell et Rogers, ont activé les premiers réseaux 5G dans cinq grandes villes canadiennes, soient les régions de Montréal, de Toronto, de Calgary, d’Edmonton et de Vancouver. Le réseau va continuer de s’étendre.

«Nous continuerons d’étendre le service 5G dans d’autres centres, y compris au Canada atlantique, mais je n’ai aucune annonce de lancement pour le moment», précise Isabelle Boulet, porte-parole chez Bell Aliant.

L’entreprise continue cependant à finaliser le déploiement du service d’Internet résidentiel sans fil au Canada atlantique, une autre forme de Internet à haute vitesse. Près de 150 000 foyers du Canada atlantique pourront accéder à ce service prochainement.

En juillet 2019, Xplorenet, à Woodstock a reçu un coup de main de 40 millions $ du gouvernement fédéral pour étendre les services d’Internet à haute vitesse dans les régions rurales de la province pour qu’elles soient prêtes à recevoir les services 5G. L’entreprise comptait aussi investir 80 millions $ de son argent dans ce projet.

Tel qu’annoncé par l’Acadie Nouvelle le mois dernier, les travaux prennent plus de temps que prévu. Le 5G ne dessert que 15 communautés rurales de la province. Xplorenet n’a pas répondu à notre demande visant à savoir lesquelles.