Incendie à Dieppe: une famille sinistrée appelle à l’aide

Délogés par l’incendie qui a ravagé leur immeuble d’appartements, un couple d’immigrants recherche désespérément un nouveau toit. Les sinistrés se heurtent à un marché du logement saturé et des propriétaires qui discriminent sans gêne.

Mardi, les équipes de nettoyage s’affairaient à ramasser les décombres calcinés aux abords du 895 chemin Gauvin, à Dieppe.

«Bienvenue chez nous, dans ce qu’il en reste», souffle Rim.

Alors qu’elle entame son huitième mois de grossesse, cette mésaventure ne pouvait pas plus mal tomber.

Rim, son mari Saber et leur fils de 8 ans ont été réveillés par l’alarme et l’odeur du feu dans la nuit de samedi à dimanche. Le brasier – d’origine accidentelle – est parti du grenier, forçant l’évacuation de 55 personnes.

Pris en charge par la Croix-Rouge canadienne, les deux parents et leur petit protégé ont été hébergés à l’hôtel pendant quatre nuits.

«Ils nous ont dit que c’est tout ce qu’ils pouvaient faire pour nous. Aujourd’hui, on se retrouve presque sans rien, à la rue. Pour l’instant, nous sommes incapables de trouver un logement, il n’y a presque rien sur le marché. »

La famille originaire de l’Algérie a débarqué au Nouveau-Brunswick il y a un an. Comme bien des nouveaux arrivants dans la région, leurs proches sont à l’étranger et ils ne disposent que d’un faible réseau de contacts sur qui s’appuyer.

Le fait qu’un enfant les accompagne semble être un obstacle supplémentaire. Profitant de la pénurie de logements et de la très faible probabilité d’être sanctionnés, certains propriétaires publient des annonces sur le site web Kijiji dans lesquelles ils avertissent ouvertement réserver leurs logements aux «adultes seulement».

«Quand ils nous répondent, la plupart des propriétaires nous disent qu’ils n’acceptent pas les enfants», déplore Rim, message texte à l’appui.

«Lorsque j’ai dit que j’ai dit à une propriétaire que j’avais un enfant, elle m’a demandé ‘’Est-ce qu’il bouge trop?’’» Partout, on leur fait comprendre que les familles ne sont pas les bienvenues. «On ne parle pas d’un ou deux immeubles, c’est une pratique généralisée», dénonce Saber.

Le père de famille fulmine. «Est-ce que c’est un crime d’avoir un enfant ici?»

Il faut rappeler ici que l’âge et la situation familiale sont des motifs de discrimination en vertu de la Loi sur les droits de la personne.

«La Loi interdit toute discrimination par des fournisseurs de logement. Ils ne peuvent refuser de louer ou de vendre une propriété à des personnes parce qu’elles accompagnées de leurs enfants ou d’un membre de leur famille qui est sous leur garde», précise la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick sur son site internet.

La Commission examine les plaintes qu’elle reçoit et peut ensuite entreprendre un processus de médiation. Si cette démarche ne règle pas la situation, la commission peut alors porter le dossier jusqu’à la Commission du travail et de l’emploi du Nouveau-Brunswick, un tribunal indépendant quasi judiciaire.

Rim et Saber ont pu trouver le soutien de connaissances qui ont accepté de les héberger provisoirement.

«Nous pourrons y rester une semaine, après on ne sait pas», dit la maman.

Le propriétaire de l’immeuble incendié les a laissés sur le carreau, refusant de les aider à se reloger (la loi ne l’y oblige pas). Leurs appels auprès des élus locaux sont restés sans réponse. Les sinistrés ignorent désormais vers qui se tourner.

«Personne ne s’inquiète pour nous, constate Rim. On se sent délaissé, on se sent abandonné. J’avais une autre idée du rêve canadien. C’est la loi du chacun pour soi, si tu n’as pas d’amis, tu n’as rien.»