Plusieurs régions intéressées à imiter la Véloroute de la Péninsule acadienne

La saison touristique estivale a été misérable, c’est vrai. Autre certitude: c’est de la faute à la COVID-19. Mais quand il y a du négatif, il y a aussi du positif. Et la situation causée par la pandémie a permis à d’autres communautés du Nouveau-Brunswick de découvrir un joyau: la Véloroute de la Péninsule acadienne.

Un joyau si brillant que ses reflets sont en train de convaincre d’autres régions de la province à se lancer dans la mise en place d’infrastructures cyclotouristiques.

Ainsi, des gens de Chaleur, du Restigouche, de Miramichi, du Sud-Est et même de Saint-Jean ont récemment fait part à l’organisation péninsulaire de leurs désirs d’importer sur leur territoire cette formule de sentiers cyclistes hors route.

«Des gens sont venus chercher des informations, a admis au journal Armand Caron, conseiller spécial pour la Véloroute de la Péninsule acadienne. On ne sait pas encore à quel niveau c’est vraiment sérieux, mais on sait qu’un projet a été amorcé par la Commission des services régionaux du Sud-Est. On a aussi créé une étincelle à Saint-Jean, après la visite de cyclistes de ce secteur qui ont adoré l’expérience chez nous. Pour une fois que la Péninsule acadienne sert de modèle…»

La pandémie et les mesures de restriction de déplacement imposées par la Santé publique ont incité les Néo-Brunswickois à changer du tout au tout leur plan de vacances. Comme il était toujours permis de circuler à travers la province, plusieurs ont choisi le circuit cyclotouristique de plus de 350 kilomètres et découvert du même coup les paysages uniques de la Péninsule acadienne.

Selon des statistiques recueillies par la Véloroute, plus de 15 000 personnes par mois ont circulé sur les sentiers cet été. Tout ça sans même un plan de marketing en place!

«Cet été, c’est drôle à dire, mais la COVID-19 a eu un effet positif pour la Véloroute et la Péninsule acadienne. Plusieurs personnes se sont tournées vers le tourisme plein air et nous avons attiré des gens de partout du N.-B., des gens qu’on n’aurait pas vu autrement. Par exemple, ce n’est pas une tradition pour les vacanciers de Saint-Jean de venir voir le Nord-Est. Mais cet été, on en a vu beaucoup plus et ils ont adoré», a remarqué le conseiller et grand amateur de cyclisme.

Selon M. Caron, le sentier asphalté et hors route a attiré beaucoup de gens qui se sont remis à faire de l’activité physique seuls ou en famille à travers le vélo.

«Nous avons noté une forte réaction des utilisateurs et c’est tant mieux si c’est repris ailleurs. Le Nouveau-Brunswick a tout en mains pour devenir une destination vélo majeure et éventuellement rejoindre la Route verte dans la Matapédia, au Québec. La culture vélo n’est pas encore beaucoup développée et nous faisons office de missionnaires avec notre véloroute. Si des régions veulent obtenir de l’information de notre part, nous ne sommes certainement pas rébarbatif à partager notre idée. Quand nous avons lancé la Véloroute, les responsables de la Véloroute des Bleuets au Lac-Saint-Jean ont été des partenaires de tous les instants dans nos étapes. On est prêt à passer le témoin à qui voudra le prendre», est-il convaincu.

Le président de la Véloroute de la Péninsule acadienne, Ernest Ferguson, est heureux de voir que le réseau donne l’envie à d’autres régions de se lancer dans le développement d’infrastructures cyclotouristiques sécuritaires.

«Il fallait s’y attendre, avoue-t-il. Nous avons développé le concept et ça pourrait se transformer en un circuit cyclable qui arpente tout le long de la côte acadienne. On a mis presque 30 ans dans cette véloroute. Il fallait être patient, aimer le vélo et croire au développement régional. Une fois la nôtre faite, ça peut aller plus vite ailleurs. On est prêt à collaborer. Ce n’est pas mauvais de voir du progrès ailleurs dans la province. Au Québec, il y a des circuits cyclables partout, mais celui du Lac-Saint-Jean est distinct. Ce serait la même chose avec celui de la Péninsule acadienne.»

Des DSL frileux

Le principe de la Véloroute de la Péninsule acadienne engage les municipalités de la région à contribuer une certaine somme afin de couvrir certains coûts d’entretien des circuits qui traversent leurs villes et villages.

Mais pour les districts de services locaux, c’est un peu plus compliqué.

C’est pourquoi ils demandent que la direction du sentier cyclotouristique leur présente une évaluation chiffrée des dépenses liées à l’entretien du réseau sur une période de trois ans. Ils veulent également que cette étude touche la totalité des sentiers hors route (72,5 km).

La direction de l’organisme de cyclotourisme a récemment exigé aux DSL une contribution additionnelle de 10 000$ aux 10 000$ qu’ils accordent déjà.

Jacques Boucher, un des porte-parole des DSL au sein de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne, trouve que ça commence à coûter de plus en plus cher à ces communautés non incorporées, dans lesquelles 44% (32 km) des sentiers hors route ont été aménagés.

«Si un coût de 36 000$ de la part des DSL est nécessaire pour l’an prochain, combien sera-t-il nécessaire l’année suivante et l’autre après, compte tenu du fait que l’on va rajouter des services (abris, tables de pique-nique, points de repos)?», a-t-il questionné devant les membres de la CSR-PA.

Selon des données de la CSR-PA, cette nouvelle contribution équivaut à une somme de 2,20$ sur la facture de taxe foncière d’une résidence évaluée à 100 000$.