La sauvegarde du patrimoine soulève peu d’intérêt à Moncton

La Ville de Moncton a organisé un webinaire lors de sa semaine du patrimoine. Un haut fonctionnaire français y a présenté les stratégies de son gouvernement pour conserver le legs des générations passées.

Seulement 12 spectateurs ont assisté à l’exposé public, selon la conseillère municipale à l’origine de l’événement, Paulette Thériault. L’élue aurait aimé en compter une centaine, du Canada, de France et d’ailleurs.

«C’est un premier essai pour ce genre d’activité», se console-t-elle.

Parmi le public du webinaire se trouvaient néanmoins la mairesse Dawn Arnold, l’architecte et historien John Leroux, le consul général de France dans les provinces atlantiques Johan Schitterer et la conseillère de l’ambassade de France à Ottawa, Brigitte Proucelle.

Ils ont assisté à un exposé du président de l’Association nationale des Directions Régionales des Affaires Culturelles de France, Laurent Roturier.

«En France et en Europe, le patrimoine existe depuis très longtemps, explique Mme Thériault, qui se réjouit de la conférence. Ici, il y a encore énormément de travail à faire.»

Le fonctionnaire français a rappelé que son État avait commencé à protéger ses monuments historiques dès 1790, après les destructions provoquées lors de la Révolution. Il a aussi souligné le soutien à cette cause de figures tutélaires comme l’écrivain Victor Hugo, auteur du livre Guerre aux démolisseurs.

«Nous avons beaucoup de choses à apprendre», confirme l’architecte John Leroux, qui remarque que des programmes de protection des bâtiments de passé existent au Nouveau-Brunswick depuis quelques décennies seulement.

M. Roturier a surtout encouragé Moncton à poursuivre son inventaire du patrimoine à sauvegarder.

«Il y a la cathédrale, mais aussi peut-être les traditions orales, les ouvrages littéraires, les photographies, des arbres remarquables, un jardin… Tout ce qui vous rattache au passé et que vous voulez transmettre aux générations à venir. Pour savoir ce qui en fait partie, il faut croiser les regards de spécialistes, d’habitants, etc. Ça prend du temps et beaucoup d’énergie.»

Inventaire incomplet

La présidente du comité pour la Sauvegarde du patrimoine de la municipalité juge que ce travail est insuffisant depuis longtemps, mais réclame des ressources pour qu’il soit fait.

«Il y a encore beaucoup de bâtiments qui doivent être reconnus, estime aussi M. Leroux. Moncton s’est agrandie très vite à la fin du 19e et au début du 20e siècle, donc il y a beaucoup de bâtiments dans les rues Main et St-George qui sont très importants.»

La conseillère de coopération et d’action culturelle de l’ambassade française à Ottawa, Mme Proucelle, a affirmé que son pays pouvait accompagner la municipalité dans le choix d’experts.

«Il y a la possibilité de créer davantage de liens et de projets à travers le consulat et l’ambassade, exulte Mme Thériault. Je crois que le consul est là pour travailler sur ce dossier. C’est à Moncton de travailler maintenant, d’aller de l’avant et de créer un partenariat.»

Labels proposés

M. Roturier a aussi proposé la création de labels, comme ceux attribués par l’UNESCO et le ministère de la Culture français, et qui attirent des touristes selon lui.

Le gouvernement de l’Hexagone désigne ainsi les municipalités qui s’engagent à une politique de sensibilisation du public au patrimoine «Villes ou Pays d’art et d’histoire».

Le fonctionnaire français a suggéré à la mairesse Mme Arnold de réfléchir à poser une candidature à cette appellation pour Moncton.

Le consul M. Schitterer a approuvé ce conseil.

«Je ne sais pas dans quelle mesure nous pourrions sensibiliser les Villes et la province à ce label», a-t-il toutefois réfléchi tout haut.

M. Roturier a enfin rappelé la nécessité pour les municipalités d’inclure les enjeux patrimoniaux dans des plans d’urbanisme à long terme (50 ans et plus).

«Quand nous protégeons le patrimoine, nous créons une limitation du droit de la propriété dans l’intérêt public, a-t-il précisé. Le propriétaire ne pourra pas faire ce qu’il veut en matière de travaux. Mais comme il y a une contrainte, il y a une contrepartie financière.»

Urbanisme critiqué

La Ville de Moncton a adopté un plan municipal pour 10 ans en 2014. Sa responsable des communications, Isabelle LeBlanc indique que les démarches pour sa révision commenceront en 2022.

«On n’était pas là où on devait être, commente Mme Thériault à propos du plan municipal en vigueur. J’espère que le nouveau reflétera vraiment l’importance du patrimoine.»

L’élue craint notamment que les arrêtés de Moncton permettent trop facilement les destructions de vestiges du passé. Elle espère pouvoir bénéficier du point de vue français sur ce point également.

«On n’a pas de vision à long terme, regrette M. Leroux à propos des plans d’urbanisme au Nouveau-Brunswick. Ça commence à changer, mais la voiture à beaucoup trop d’importance.»

L’architecte plaide pour des centres-villes denses et attirants pour les piétons. S’il trouve celui de Moncton beau, il déplore les espaces vides qui s’y trouvent et le déménagement de certaines de ses activités vers la banlieue, comme celui de l’école Moncton High en 2012 qui se trouvait dans un bâtiment patrimonial.