Quitter l’Ontario pour une maison au Nouveau-Brunswick

La pandémie de COVID-19 et la nécessité du télétravail semblent avoir amené des gens de l’extérieur à envisager l’achat d’une maison au Nouveau-Brunswick. Ces personnes sont toutefois attirées avant tout par des prix de l’immobilier avantageux pour eux.

Le doctorant en sciences politiques à l’Université d’Ottawa, Guillaume Deschênes-Thériault n’avait pas prévu d’acheter une maison dans sa région d’origine, près de Kedgwick au nord du Nouveau-Brunswick. La COVID-19 a changé les choses.

«On était censé se marier en début juin, partir en voyage de noces et retourner à Ottawa pour la rentrée de septembre, raconte-t-il à propos de son couple. Tous ces plans ont été annulés à cause de la pandémie, alors on est venu chez mes parents à partir de la fin mars.»

Avec sa compagne Stéphanie Bacher, il a repéré dans les environs une maison qui leur plaît. Près d’une rivière, entourée d’arbres, elle est complètement différente de leur appartement au quinzième étage d’une tour à Ottawa.

«Je voulais me rapprocher de ma famille et de ma région d’origine, raconte en outre le jeune homme de 26 ans. Je suis chanceux que ma conjointe (québécoise) aime aussi le nord du Nouveau-Brunswick.»

Sa situation lui permet par ailleurs de travailler à distance. Comme Mme Bacher, il effectue des recherches pour sa thèse, des professeurs d’Université, des organismes et des entreprises. Il donne aussi des cours sur internet.

«Ces tâches peuvent se faire en télétravail. Nous l’avons fait très bien de mars à juin et nous avons décidé de continuer dans cette veine-là, se félicite M. Deschênes-Thériault. Je crois que ça va devenir la norme dans plusieurs secteurs. Pour les régions rurales, c’est l’occasion d’avoir des jeunes professionnels qui reviennent!»

L’entreprise montréalaise Local Logic tend à le confirmer, en mettant en évidence une augmentation de la distance moyenne entre bureau et domicile entre février et août au Canada. Dans la région d’Ottawa, par exemple, le trajet moyen est passé d’environ 12 km à 17 km, d’après des informations publiées par Radio-Canada.

L’intérêt du Nouveau-Brunswick pour les habitants de l’Ontario n’est toutefois pas nouveau. Depuis 2017, le bilan des flux migratoires entre les deux provinces est favorable à celle de l’Atlantique, selon l’Institut de la statistique du Québec.

L’agente immobilière du Grand Moncton, Melissa Doucet affirme que les Ontariens composent 20 à 30% de sa clientèle depuis deux ans.

«Pour eux, le Nouveau-Brunswick est un petit paradis, explique-t-elle. Ils peuvent acheter un terrain pas loin de la ville. Ils ont donc des services tout en ayant de l’espace. Surtout, les prix dans la province sont très abordables comparé à ceux de leur marché.»

La jeune professionnelle a notamment aidé l’Ontarienne Hayley Burrell à trouver une demeure à Cap Pelé. L’habitante de London a ainsi pu quitter un petit duplex dans un environnement densément peuplé et bruyant. Ainsi qu’une province où le prix moyen de l’immobilier est 3,6 fois plus élevé qu’au Nouveau-Brunswick.

«Nous adorons ça, ici, se réjouit Mme Burrell en parlant pour son couple. Nous avons un terrain d’environ 6,5 acres, c’est très calme, les voisins sont formidables, Cap Pelé est vraiment une petite ville cool et nous passons aussi beaucoup de temps à Shediac. La seule chose un peu difficile, c’est que notre famille ne peut pas nous rendre visite, mais c’est juste à cause de la pandémie.»

Mme Doucet remarque néanmoins un engouement très accru des Ontariens pour le Nouveau-Brunswick depuis la pandémie.

«Je reçois beaucoup d’appels téléphoniques pour me demander des explications sur le marché, notamment de gens qui n’ont jamais été propriétaires et qui ont entendu que ce serait possible au Nouveau-Brunswick avec leur salaire et le télétravail», détaille-t-elle.

Sa consoeur de la Péninsule acadienne, Janelle Comeau observe la même chose.

«Il y a tellement de gens de l’extérieur qui reviennent au bercail, c’est hallucinant, dit-elle. Ils achètent sans avoir vu. C’est le premier été que je vois ça. Ils ont fait leur vie ailleurs et là, ils reviennent pour leur retraite. Parfois, c’est aussi pour une deuxième propriété ou pour le télétravail. On en voit beaucoup du Québec et de l’Ontario, un peu moins de la Nouvelle-Écosse.»

Le marché de l’immobilier explose

«Ça fait 5 ans que je fais ce métier. On trouvait ça bien normal d’avoir des maisons sur le marché pendant 140 ou 160 jours. Maintenant, les inscriptions à la valeur du marché peuvent partir en sept jours. Pour moi, c’est du jamais vu», décrit l’agente immobilière du sud-est du Nouveau-Brunswick, Melissa Doucet.

En juillet, les agents immobiliers ont vendu un record de 1263 logements, soit 14% de plus qu’un an plus tôt, selon leur association professionnelle provinciale. Ils ont augmenté leur nombre de ventes partout, dans le Nord (+30%), dans le Grand Moncton (+18%), à Saint-Jean (+14%), comme à Fredericton (+1%).

Par conséquent, le prix moyen a lui aussi atteint un record en juillet: 203 000$, soit 12% de plus qu’un an plus tôt. C’était d’ailleurs la première fois que ce tarif dépassait 200 000$, d’après l’association des agents immobiliers du Nouveau-Brunswick (AAINB).

«Il faut acheter sa maison sans émotion pour s’assurer qu’on pourra la revendre dans quatre ans en récupérant sa mise de fonds», alerte Mme Doucet.

Les prix ont augmenté d’autant plus que le nombre de maisons à vendre au Nouveau-Brunswick a diminué depuis cinq ans jusqu’à 4000 en juillet. En prenant ce mois comme référence, la diminution a été de 34% en une année, selon l’AAINB.

«On doit être extrêmement à l’affût des nouvelles inscriptions pour nos clients acheteurs. Ça crée une ambiance assez stressante», témoigne Mme Doucet.

Le marché de l’immobilier était déjà favorable aux vendeurs avant l’épidémie. La demande s’est ensuite effondrée à cause du confinement, puis a rebondi fortement.

Les faibles taux d’intérêt de la Banque du Canada visant à soutenir l’économie et les programmes de report de paiements hypothécaires ont favorisé le phénomène.

Or, ces programmes viendront à échéance en automne ou évolueront, a prévenu l’économiste principal à la Banque TD, Brian DePratto, dans une note citée par Radio-Canada en août.

«Je ne crois pas que le marché va dégringoler. Il y a une certaine stabilité dans la province», soutient Mme Doucet.

Ce n’est pas l’avis transmis par la relationniste de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, Audrey-Anne Coulombe. Elle indique que 10,02 % des hypothèques assurées par la SCHL dans la province du Nouveau-Brunswick étaient en report de paiements.

«Le niveau d’endettement élevé, combiné aux risques liés à la pandémie et la performance de l’économie, demeure une préoccupation. De ce fait, nous prévoyons une baisse de la tendance tant de l’activité sur le marché de l’habitation que des prix des logements», déclare-t-elle.

– Avec l’aide de Réal Fradette