Avortement: Blaine Higgs lance la balle dans le camp des régies 

Blaine Higgs réitère son opposition au financement des avortements chirurgicaux pratiqués en clinique. Lundi, il a aussi dit que c’est aux régies de la santé de voir s’il faut offrir ce soin de santé dans un plus grand nombre d’hôpitaux.

L’avortement est revenu sur le tapis, lundi en mêlée de presse avec le premier ministre, trois jours après que des manifestantes pro-choix aient vu leurs tentes confisquées devant l’Assemblée législative.

Blaine Higgs a d’abord noté qu’il n’a pas commandé cette confiscation – effectuée par des policiers et des agents de sécurité – et que cette décision a été prise par le président de l’Assemblée.

«Ce n’est pas une action dans laquelle j’ai été impliqué», a-t-il dit.

Ces manifestantes demandaient notamment au gouvernement provincial de modifier un règlement pour que les avortements pratiqués à l’extérieur des hôpitaux soient couverts par l’assurance maladie.

C’est que la Clinique 554, une clinique de médecine familiale de Fredericton fermera ses portes à la fin septembre en raison du refus du gouvernement provincial de couvrir les avortements qui y sont pratiqués.

Blaine Higgs ne compte pas changer d’avis dans ce dossier. Lundi, il a répété ce soin de santé est accessible dans le système public. Il est en effet offert dans les deux de Moncton et dans celui de Bathurst.

Le premier ministre a ajouté que s’il y a un problème en matière d’accès dans les hôpitaux, ce sera aux deux réseaux de la santé de lui en faire part et de lui proposer des solutions. Des solutions dans le système public, a-t-il précisé.

«Nous offrons des avortements dans des installations publiques. Et s’il y a des préoccupations quant à l’accès, nous pourrions faire cela (offrir des avortements chirurgicaux: NDLR) dans des installations publiques supplémentaires.»

L’Acadie Nouvelle lui a demandé s’il est à l’aise avec le fait que certaines personnes qui demeurent dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest doivent faire plus de deux heures de route pour mettre fin à leur grossesse chirurgicalement dans un hôpital.

Il a une fois de plus lancé la balle aux deux régies de la santé.

«Ce n’est pas une décision qui me revient. Ma seule position est basée sur le fait que c’est un service public qui est offert par des institutions publiques. Et je suis très préoccupé par l’idée d’appuyer des cliniques privées en lien avec des services qui sont fournis dans les institutions publiques.»

Blaine Higgs a répété que s’il y a un problème en matière d’accès, les régies peuvent lui en faire part, comme elles le feraient pour n’importe quel autre soin.

Horizon favorable au financement des avortements en milieu clinique 

L’Acadie Nouvelle a contacté les deux régies pour avoir leur point de vue sur l’accès dans les hôpitaux. Nous voulions savoir si leurs dirigeants pensent qu’il y a assez d’hôpitaux qui offrent l’avortement chirurgical au Nouveau-Brunswick.

Kris McDavid, du Réseau de santé Horizon, n’a pas pu répondre à nos questions avant l’heure de tombée. Il nous a cependant rappelé que le conseil d’administration de la régie a pris position dans le dossier de la Clinique 554 en octobre 2019.

Le conseil avait alors adopté une résolution pour qu’«pour qu’Horizon plaide auprès du gouvernement du Nouveau-Brunswick pour que les médecins puissent fournir des services d’avortement rémunérés dans un environnement de qualité et sûr en dehors de l’hôpital», affirme ce porte-parole.

Du côté du Réseau de santé Vitalité, on nous a simplement répondu que les services avortement couvrent présentement le Nord (à l’Hôpital régional Chaleur) et le Sud (au CHU Dumont de Moncton).

«Cette décision – qui avait découlé de discussions entre le Réseau et le ministère à l’époque – a été rendue en fonction des besoins de la population et du nombre de demandeurs pour ce service», a affirmé le porte-parole de Vitalité, Thomas Lizotte.

«M. Higgs doit se réveiller»

La position de Blaine Higgs dans le dossier de l’avortement a une fois de plus été vivement critiquée par les partis d’opposition, lundi.

Lors du point de presse sur sa nomination comme chef de l’opposition officielle, Roger Melanson n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur le premier ministre.

«M. Higgs doit se réveiller et réaliser que notre province et la société en général ont évolué. Et malheureusement, lui n’a pas encore évolué dans sa réflexion. La différence entre son idéologie et la nôtre; nous on est là pour écouter les gens, pour comprendre les enjeux et agir. Lui, c’est le statu quo», a-t-il dit.

M. Melanson demande à Blaine Higgs de financer les avortements pratiqués à la Clinique 554.

«Finançons cette clinique-là pour que les femmes puissent avoir accès à ce service et que l’on respecte leurs droits.»

Il rejette d’ailleurs l’argument de Blaine Higgs voulant que ce soit aux régies d’intervenir si elles estiment qu’il y a un problème d’accès à l’avortement dans les hôpitaux. Selon lui, le premier ministre pourrait très bien faire augmenter le nombre de points de service s’il le souhaitait.

«Vous savez, quand on est premier ministre, ça vient avec des grandes responsabilités et, soyons honnêtes, beaucoup de pouvoir. Si M. Higgs donnait le mandat aux deux régies de passer l’action et de trouver une solution le plus tôt possible avec un échéancier clair et net, je pense que l’enjeu serait réglé.»

La députée verte de Memramcook-Tantramar, Megan Mitton, croit elle aussi que Blaine Higgs doit changer son fusil d’épaule dans le dossier de la Clinique 554 et financer les avortements qui y sont pratiqués.

Elle trouve fallacieux son argument que cet établissement de Fredericton est privé.

«Cette clinique n’est pas plus privée que cliniques privées des médecins de famille (qui prodiguent des soins couverts par l’assurance maladie).»

Elle affirme d’ailleurs qu’elle ne «pense pas qu’il est honnête» lorsqu’il dit qu’il s’en remet au à Vitalité et à Horizon dans le dossier de l’avortement.

«Si Higgs voulait vraiment écouter les régies, il changerait le règlement 84-20 (qui interdit le financement des avortements qui ne sont pas pratiqués dans les hôpitaux), parce que la régie Horizon a demandé cela dans une motion en octobre 2019.»