Ministère des Affaires autochtones: «Comme une porte tournante»

Arlene Dunn est récemment devenue la quatrième ministre des Affaires autochtones en quatre ans. Cette porte tournante est un irritant pour les leaders autochtones, qui doivent constamment repartir à zéro dans leurs rapports avec Fredericton.

Le chef de la Première Nation de Metepenagiag, Bill Ward, n’est en poste que depuis 2015, mais il a déjà vu quatre personnes occuper le poste de ministre des Affaires autochtones.

Ed Doherty, Roger Melanson, Jake Stewart et maintenant Arlene Dunn. Ça commence à faire beaucoup de monde en peu de temps, selon lui.

«On est constamment en train de recommencer, c’est comme une porte tournante», dit-il.

Le chef Ward – dont la communauté mi’kmaq est située près de Miramichi – explique que dès qu’une nouvelle personne est nommée ministre, elle doit se familiariser avec l’histoire des peuples autochtones et avec les défis auxquelles ils font face.

«Quand les politiciens sont élus et qu’ils sont nommés afin de s’occuper d’un portfolio, ils ne sont parfois pas des experts. Il leur faut du temps pour s’éduquer.»

Le problème, c’est que dès que ce processus est bien entamé et que le gouvernement et les chefs sont prêts à commencer à se rouler les manches pour s’attaquer aux dossiers chauds, ils font un pas de l’arrière.

«Il y a une rencontre où tout le monde se présente et où l’on présente les enjeux importants. Et là, il y a peu de suivis et avant longtemps il y a un remaniement ministériel ou des élections. Ça nous ramène à la case départ.»

Cette fois-ci, il y a un autre élément qui préoccupe le chef Ward; le fait que la ministre en a beaucoup sur son assiette.

Arlene Dunn – élue pour la première fois le 14 septembre – est en effet aussi responsable du Développement économique et des Petites entreprises, d’Opportunités NB et de l’Immigration. C’est toute une commande.

«Il y a beaucoup de choses à apprendre. Il faut du temps pour comprendre les enjeux et l’histoire. Il faut qu’ils soient prêts à faire cela, comme partenaires. Et là, on a une ministre qui a quatre portfolios. Comment va-t-elle balancer toutes ces responsabilités et sur quels dossiers va-t-elle le plus mettre l’accent?»

Peu après son assermentation, la ministre Dunn s’est néanmoins engagée à prendre ses responsabilités de ministre des Affaires autochtones au sérieux.

«Je veux qu’ils (les Autochtones) sachent que ça va être une priorité importante pour moi; de discuter avec les gens, de collaborer avec eux. Je veux qu’ils soient à table et je veux une plus grande table», a-t-elle dit.

Un changement d’approche de Blaine Higgs

Peu après son arrivée au pouvoir, à la fin 2018, Blaine Higgs avait nommé Jake Stewart aux Affaires autochtones. Il s’agissait de ses seules responsabilités ministérielles.

Dans son tout premier discours du Trône, son gouvernement avait argumenté que le renforcement des relations avec les Premières Nations «mérite qu’un ministre s’y consacre entièrement.»

Plus tôt cette semaine, Blaine Higgs a changé de cap en donnant trois autres postes à sa nouvelle ministre des Affaires autochtones.

Cela laisse perplexe le chef de Première Nation de Metepenagiag, Bill Ward.

«À l’époque, ils pensaient que c’était une responsabilité à part entière. Que s’est-il passé en deux ans? Je ne sais pas. Pourquoi est-ce que cela a changé? Je n’en suis pas sûr, parce que la relation (avec le gouvernement) ne s’est certainement pas améliorée.»

Il note d’ailleurs – comme l’ont fait d’autres chefs autochtones au cours des dernières semaines – qu’il appréciait travailler avec le ministre Stewart.

«Moi et plusieurs autres chefs, on pouvait texter Jake ou appeler Jake. Il nous revenait toujours. On pouvait avoir une conversation avec lui. Il était accessible, il se préoccupait des enjeux. Il commençait vraiment à comprendre les défis auxquels nous faisons face et les enjeux. Il commençait vraiment à mettre certains enjeux de l’avant.»

Le chef Bill Ward croit d’ailleurs que l’appui public et explicite de Jake Stewart à la tenue d’une enquête publique sur le racisme systémique dans la police et dans le système judiciaire lui a coûté sa place au conseil des ministres.

«Je crois sincèrement que les enjeux qu’il poussait et son accrochage avec le premier ministre sur la question de l’enquête ont certainement mené à son exclusion du cabinet cette fois-ci.»

Il reste tout de même ouvert à travailler avec la nouvelle ministre, Arlene Dunn.

«Les peuples des Premières Nations ont toujours eu confiance, historiquement. Et même si c’est souvent venu nous mordre, nous avons toujours été prêts à travailler avec tout le monde pour faire respecter les traités que nous avons signés.»