Jumelage Québec-N.-B.: une erreur d’interprétation crée beaucoup de remous

La municipalité de Pointe-à-la-Croix se retrouve dans une position pour le moins inconfortable.

N’entre plus aussi facilement qui veut depuis quelques jours sur le territoire de Pointe-à-la-Croix et de la Première nation de Listuguj, deux communautés qui font toujours partie de la «bulle atlantique» version rétrécie.

En fin de semaine, des points de contrôle ont été érigés à ses entrées. Résultat? Les résidents des municipalités voisines ne peuvent plus s’y rendre, sinon pour des urgences, pour obtenir des biens essentiels ou encore pour des exceptions comme la garde partagée.

L’installation de points de contrôle était l’une des exigences du gouvernement du Nouveau-Brunswick, un article qui figurait dans la plus récente entente de jumelage entre Pointe-à-la-Croix, Listuguj et Fredericton.

Ceux-ci devaient toutefois n’être que des points de contrôle informatifs, donc destinés à sensibiliser la population à la COVID-19, aux risques de la mobilité intercommunautaire et à la bulle atlantique. Mais voilà, leur nature a changé en cours de route, soit entre le moment de leur demande au gouvernement québécois et celui de leur application. Québec en a fait des points de contrôle beaucoup plus stricts que prévu.

À la municipalité de Pointe-à-la-Croix, on assure ne jamais avoir exigé de tels points de contrôle aussi pointu.

«On a demandé quelque chose de simple et on s’est retrouvé avec un méchant problème. Aujourd’hui, mes citoyens sont pratiquement confinés à l’intérieur de la municipalité et ceux d’ailleurs ne peuvent presque plus venir. Inévitablement, tout cela crée des tensions énormes dans la région parce que les gens pensent que c’est notre décision», clarifie le maire de l’endroit, Pascal Bujold.

Celui-ci a passé les derniers jours au téléphone afin de tenter de rectifier l’erreur des fonctionnaires. Il demande du coup à Québec de revoir son décret et de ne pas restreindre l’accès à son territoire. En date de lundi, il n’avait toujours pas réussi.

«Ces points de contrôle auraient dû être informatifs uniquement depuis le début. On est en train de déployer tous les efforts afin de remédier à cette situation le plus rapidement possible. En ce moment, c’est un irritant pour tout le monde», exprime-t-il.

Il faut dire que ces points de contrôle ont grandement surpris la population d’Avignon, et que l’administration de Pointe-à-la-Croix en a fait les frais.

«Ça a créé pas mal de friction entre les municipalités, les élus et les citoyens de la région. Il y a eu beaucoup d’incompréhension et d’interprétations. Mais je crois que tout le monde comprend maintenant la situation et que ce n’est pas notre décision. Cela dit, on ne veut pas que ça perdure», dit-il.

Dans une vidéo, le député de Bonaventure, Sylvain Roy, a aussi invité Québec à régler rapidement cette problématique qui, selon lui, cause un préjudice grave à la population du secteur ouest de la MRC qui compte beaucoup sur Pointe-à-la-Croix pour ses biens et services.

«Et là, on les oblige à se rendre plus loin, à faire près d’une heure de route – dans des zones rouges – pour aller chercher ce dont ils ont besoin. On met donc en péril la santé de cette population d’Avignon», souligne le politicien.

Cette bulle avec le Nouveau-Brunswick commence donc à peser lourd. Est-ce que la complexité du dossier est en train d’avoir raison de la patience du maire de Pointe-à-la-Croix? Pour le moment, ce dernier se dit toujours heureux d’avoir pu conserver l’accès de sa population au Nouveau-Brunswick, et vice-versa. Il n’envisage pas de renoncer à la bulle. Il souhaiterait même son élargissement jusqu’à la région de Matapédia-les-Plateaux.

«Mais c’est certain que nos liens premiers sont avec le Québec. Il faut donc faire attention à ce que l’on fait et la manière dont ça se fait. Ici, c’est une erreur qui n’aurait jamais dû se produire. Je crois encore que cette mini-bulle est un bon compromis en attendant que la situation s’améliore», souligne-t-il.

Nouveaux cas

Lundi, les autorités annonçaient neuf nouveaux cas donc cinq sur le territoire de cette MRC. En tout, on dénombre un total de 172 actifs en Gaspésie et 123 uniquement dans Avignon, soit le plus haut taux par personne de la province du Québec. Cette réalité fait en sorte que les municipalités de Nouvelle, Carleton-sur-Mer et Maria – voisines de Pointe-à-la-Croix – sont passées en stade d’alerte rouge, ce qui signifie que les déplacements vers ces communautés ne sont pas recommandés.