Être parent-éducateur, «le plus beau cadeau que je pouvais faire à mon enfant»

Des réticences face aux règles sanitaires, la volonté d’offrir un enseignement adapté ou le goût de contrôler les apprentissages de leur enfant ont pesé dans la décision de familles de privilégier l’école à la maison. L’Acadie Nouvelle donne la parole à des parents ayant fait ce choix de vie.

Pour certains, l’instruction en famille permet de préserver le rythme et l’équilibre des enfants tout en offrant la possibilité de délivrer un enseignement à la carte.

Le jeune Yabsira Thibodeau, 12 ans, ne fera pas sa rentrée dans le district scolaire francophone Nord-Est cette année. Sa mère Julie voulait l’aider à surmonter son trouble d’apprentissage tout en réduisant son niveau de stress.

«L’école à la maison, ç’a toujours été quelque chose qu’on aurait voulu faire, la COVID-19 nous a donné un dernier coup de pouce. Il ne se voyait pas porter le masque toute la journée», mentionne celle qui a oeuvré comme intervenante en milieu scolaire.

La transition a demandé beaucoup de recherches et une bonne dose de préparation. Julie supervise l’enseignement de 9h à 14h, cinq jours par semaine, en imposant une certaine routine. Les intérêts de son jeune sont placés au coeur des apprentissages.

«Il adore ça et j’ai plus de temps avec lui. Il doit faire un à deux gros projets par semaine sur des sujets qui l’intéressent: les astres, l’Amazonie, les animaux en voie de disparition… Il regarde un documentaire en anglais, puis il fait une rédaction en français, liste-t-elle. Nous faisons notre exercice au gymnase ou en nature. On visite la bibliothèque tous les mercredis. Chaque jour, on fait de la lecture en 2h et 2h30.»

Après seulement quelques semaines, la résidente de Campbellton est convaincue d’avoir pris la bonne décision.

«Il n’a plus d’angoisse, il ne se compare plus avec les autres, il n’est plus perdu car j’avance à sa vitesse d’apprentissage», constate-t-elle «C’est une grosse décision sur le plan financier, ça demande énormément de temps. Je n’ai pas de regret, je regrette juste de ne pas l’avoir fait avant. C’est le plus beau cadeau que je pouvais faire à mon enfant.»

Des possibilités de socialisation

En favorisant le télétravail, la pandémie a aussi permis à Pascaline Wanotlyn et à son mari de se tourner vers l’instruction à la maison. Leur fille Emma, âgée de neuf ans, leur avait exprimé son désir d’étudier à domicile.

«Elle trouvait l’école trop bruyante, elle voulait plus de calme. Elle m’a dit que ça ne l’intéressait pas de porter un masque», confie la maman, qui avait déjà fait l’expérience lorsque la famille résidait en France.

Elle y voit l’occasion de privilégier l’enseignement de l’histoire, qu’elle juge déficient dans les écoles canadiennes, et de mettre l’accent sur la maîtrise de la langue française, que sa fille pouvait plus difficilement acquérir dans l’école anglophone où elle était inscrite.

Mettre la main sur les ressources éducatives ne lui a pas posé problème. «De nos jours, on a accès à tellement d’informations. On peut trouver des curriculums dans n’importe quelle librairie, sur des sites web gratuits», dit-elle.

Pascaline Wanotlyn assure que la petite Emma ne manque pas d’occasions de socialiser, que ce soit lors des visites à l’église le dimanche, des cours de danse ou lors de rencontres avec d’autres enfants scolarisés à la maison.

«Elle peut davantage choisir ses amis plutôt que de côtoyer des camarades de classe qu’elle ne supporte pas», avance-t-elle. «Et puis j’apprécie énormément l’interaction que j’ai avec ma fille cette année, on passe plus de temps ensemble.»

«Une belle complicité»

Bien que la COVID-19 ait été le déclic pour certaines familles, ce choix n’est pas récent pour d’autres. Allison Fontaine, de Bathurst, enseigne à domicile depuis huit ans. Mère de six enfants âgés de cinq mois à 13 ans, elle se dédie presque entièrement à cette mission. «Mon travail c’est de faire l’école à la maison. Ça me prend toute ma journée», lance-t-elle.

La maman ne voulait pas forcer son aîné à «rentrer dans un moule». «Il avait beaucoup d’énergie, il aimait bouger, je voyais mal comment il allait intégrer une classe où tu dois te taire et rester assis», raconte-t-elle.

En se chargeant de l’instruction de ses protégés, elle croit pouvoir mieux adapter l’enseignement au rythme de chacun. «C’est un engagement, je le fais pour pouvoir passer plus de temps de qualité avec mes enfants. Je peux savoir ce qu’ils apprennent, où ils sont rendus.», ajoute-t-elle. «Ça peut apporter une belle complicité, et rendre la famille plus unie.»

Un enseignement libre

Allison Fontaine apprécie aussi la grande liberté que cette méthode confère à sa famille, bien qu’elle nécessite «de la discipline et une certaine rigueur». Le couple décide de l’horaire, des outils pédagogiques et il gardait, jusqu’à cet hiver, la possibilité de voyager n’importe quand.

«Est-ce que je voudrais plus de soutien? Je ne crois pas si ça veut dire se voir imposer un plan, des tests, plus de contrôles», conclut-elle.

La situation sanitaire a également conduit Danielle Bernard, de Charlo, à prendre congé de son travail pour prendre en main l’instruction de son garçon de cinq ans, dont le système immunitaire est affaibli. Laissée à elle-même, la maman a pu compter sur les conseils d’une amie enseignante et d’un groupe de parents-éducateurs du Restigouche.

«On se rencontre une fois par semaine. On fait des activités ensemble, à la plage, au parc. On se propose des projets», détaille-t-elle.

Danielle Bernard privilégie avant tout des apprentissages moins formels, comme le cordage de bois, et commence la journée par des activités qui permettent au petit Félix, plutôt hyperactif, de se concentrer pour la suite de l’enseignement. «C’est l’école de la vie. Je lui montre des choses qu’il n’apprendrait probablement pas à l’école et ça lui permet de brûler son énergie», plaide-t-elle. «C’est sûr qu’il faut une discipline. Ce ne sont pas tous les enfants qui écoutent leurs parents! Et il faut être confiant d’avoir les connaissances pour enseigner correctement.»

Toutes s’accordent à dire que ce choix de vie n’est pas un choix pour tout le monde.