Les pêcheurs de hareng demandent l’accès au crabe pour survivre

Ça fait 35 ans que Stéphane Beaudin prend la mer pour aller pêcher le hareng dans la Péninsule acadienne. «C’est mon métier, c’est ma vie», affirme ce colosse de Petit-Shippagan. Mais il craint pour l’avenir immédiat de son emploi, si l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM) et le ministère des Pêches et des Océans (MPO) ne l’aident pas à passer à travers la crise en accordant, à lui et ses collègues, un peu de crabes du contingent réservé à la pêche côtière.

«Ce n’est pas seulement un cri du coeur. C’est un cri d’alarme. On ne peut pas aller plus bas. Notre situation est critique et si nous n’avons pas d’aide, ça peut très bien être la fin pour nous. Notre mode de vie est en péril. Ma vie, c’est la pêche. Je suis presque venu au monde sur un bateau. C’est notre métier», lance-t-il, sous l’approbation des autres pêcheurs pélagiques qui vivent la même situation.

Ces pêcheurs ont rencontré les médias, jeudi matin, à Caraquet. Ils ont exprimé leurs peurs devant la chute importante des quotas accordés à leurs entreprises depuis une dizaine d’années. Par exemple, ils avaient droit à capturer 1250 tonnes en 2019. Ce montant a été réduit à 500 tonnes cette année.

Stéphane Beaudin, pêcheur de hareng de Petit-Shippagan. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Ils ont aussi pris à partie l’UPM, dont ils sont membres, au point de se demander s’ils devraient continuer à payer leurs cotisations à une organisation «qui leur tourne le dos».

«On a fait sept sorties en mer cette année, enchaîne Hervé Mallet, de Le Goulet. On ne peut pas entretenir une entreprise de pêche avec ça. Une fois le salaire de nos hommes de pont payés et défrayés les besoins du bateau, il ne nous reste plus rien. C’est inacceptable que notre union ne reconnaisse pas notre situation et ne veuille pas s’asseoir avec nous et le MPO pour nous aider à trouver une solution viable à long terme.»

Le président du groupe, Adrien Gionet, de Miscou, regrette que l’UPM semble travailler davantage pour les pêcheurs de homard et délaisse les harenguiers.

Cette saison, il soutient que sur 18 pêcheurs, 17 ne feront pas un sou avec le peu de poisson qu’ils ont pu capturer en mer, puisque 90% de leurs revenus dépendent du hareng et du maquereau. Avec des revenus bruts de moins de 50 000$, plusieurs de ces entreprises termineront l’année dans le rouge, à un point tel que certains pourraient fermer boutique.

Il rappelle qu’il y a trois ans, ils ont demandé au MPO un contingent de crabe des neiges afin de combler le manque à gagner en raison de la chute des contingents de hareng dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Mais pour l’obtenir, ils devaient passer par l’UPM, qui détient ledit contingent.

«C’est silence radio du côté de l’UPM, indique M. Gionet. Il refuse de s’asseoir avec nous pour trouver une solution. Nous sommes très déçus. Ce que nous ne comprenons pas, c’est pourquoi l’organisation qui est censée nous représenter et nous aider nous tourne le dos. Toutes nos demandes ont soit été ignorées, soit refusées. Nous sommes prêts à nous asseoir et explorer des pistes de solution qui nous sortiront de cette situation difficile. Il y a des solutions à portée de main, il suffit d’avoir la volonté de les réaliser.»

Il ajoute qu’au besoin, les harenguiers quitteront l’UPM et formeront un groupe distinct.

Le groupe de pêcheurs de hareng de la Péninsule acadienne ont rencontré la presse, jeudi matin. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

«l’UPM appartient aux pêcheurs. Ce sont les pêcheurs qui l’ont fondé, mais on n’a aucun pouvoir. Si ça continue comme ça, ça ne nous sert à rien de continuer à payer notre cotisation annuelle (350$)», continue Hervé Mallet.

Les harenguiers ont également tenté d’obtenir que le MPO leur réserve un contingent suffisant pour leur assurer la viabilité financière de leurs entreprises de pêches. Mais encore là, ils soutiennent que l’UPM s’y est opposé.

L’Acadie Nouvelle a demandé un commentaire de la part de l’UPM à ce sujet. L’organisation n’avait pas encore répondu jusqu’à maintenant.