Décès périnatal: «Le deuil d’une vie complète et des rêves»

Si toutes les guérisons passent par le lien, la perte d’un bébé pendant la grossesse, avec ses nombreux tabous, est l’une des épreuves les plus difficiles à traverser. En honneur de la journée mondiale du deuil périnatale, le 15 octobre, deux cinéastes d’Edmundston lancent un film documentaire retraçant le combat de parents endeuillés en quête de reconnaissance, de réconfort et de ressources dans leur petite communauté.

L’instant d’une vie est le fruit de six ans de travail par Samuel-A. Caron et France Gallant.

Tourné en grande partie à Edmundston, mais aussi au Québec, il met en lumière les particularités du deuil périnatal et les idées fausses qui circulent à son sujet.

Pendant une vingtaine de minutes, le court métrage suit un groupe de parents endeuillés, qui, nourris par leur désir d’aider leurs prochains, se mobilisent pour démarrer un groupe de soutien dans leur région.

On apprend à travers leurs témoignages que les ressources disponibles à ceux qui traversent un deuil périnatal au Nouveau-Brunswick sont beaucoup moins nombreuses qu’au Québec.

On comprend aussi l’importance de légitimer la souffrance de celles qui ont porté des enfants sans jamais pouvoir les ramener à la maison.

Un vecteur de conversation

Samuel-A. Caron fréquentait une femme qui avait vécu une interruption médicale de grossesse lorsqu’il a commencé à s’intéresser à ce sujet si répandu, mais à la fois tabou.

«On s’est rendu compte à quel point ce sujet était encore méconnu dans la communauté. Souvent, les gens croyaient aux généralités ou carrément aux faussetés», a-t-il témoigné.

Le cinéaste s’est donc lancé dans la production en espérant clarifier certaines conceptions erronées au sujet du deuil périnatal, mais aussi inciter une conversation autour du sujet.

Six ans plus tard, son souhait est le même.

«Le but, c’est qu’en visionnant le film, les gens seront plus à l’aise d’en parler si ça touche quelqu’un de leur entourage. Ils pourront s’en servir comme référence du genre, “j’ai vu ce film, peut-être qu’il pourrait t’aider.”»

Pour briser l’isolement, a-t-il repris, il faut absolument passer par la parole, aussi inconfortable qu’elle soit.

«On veut que les gens se rendent compte qu’ils peuvent en parler. Ce n’est pas un sujet qu’il faut ignorer parce que souvent c’est l’évitement qui crée l’isolement. Comme on dit dans le film, toutes les guérisons passent par le lien. Il faut donc briser les tabous sinon la situation ne fera qu’empirer.»

Un deuil différent

Au départ, les réalisateurs ont approché Dre Joanne LeBlanc pour obtenir son opinion sur le deuil périnatal.

Ce qu’ils ignoraient, c’est que la femme d’Edmundston et son conjoint Claude avaient eux-mêmes vécu la perte de deux bébés, Xavier et William.

«J’ai été mise sur le chemin des réalisateurs. Dès la première journée, j’ai vu la passion qu’ils avaient pour ce sujet et (je savais) que mon histoire serait partagée avec le plus grand tact et le plus grand respect.»

Aujourd’hui, elle ne regrette rien. Au contraire, elle affirme que l’expérience lui a permis de cheminer dans son propre deuil.

«Ça nous a fait réaliser et à quel point nous avons été forts et comment les gens autour de nous nous ont soutenues. En plus, (faire partie du film) a éveillé chez nous une petite flamme pour continuer le groupe de soutien qui a débuté en 2018.»

Mme Leblanc espère qu’en visionnant le film, les gens retiendront les particularités de perdre un enfant avant sa naissance.

«Le deuil périnatal est un deuil qui est différent des autres. On n’a pas un souvenir du petit être que l’on a perdu. Le deuil périnatal, c’est vraiment le deuil d’une vie complète, les rêves et tout. J’espère que les gens feront plus attention aux mots qu’ils choisissent lorsqu’ils parlent à des parents endeuillés. J’espère qu’ils seront capables de mieux supporter les gens qui ont vécu cela.»

Depuis jeudi matin, L’instant d’une vie est disponible gratuitement sur le site de l’Office National du Film (onf.ca).