Éducation: l’histoire et l’expérience des Noirs seront au programme

Le gouvernement provincial souhaite accorder une meilleure place à l’histoire et à l’expérience des Noirs dans les écoles du Nouveau-Brunswick.

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, a déjà mis le processus en branle afin de modifier les curriculums pour y inclure les réalités passées et présentes des Noirs dans la région.

Cette demande du mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) au Nouveau-Brunswick avait d’ailleurs fait son chemin jusque dans la plateforme du Parti progressiste-conservateur lors des dernières élections.

Cette semaine, M. Cardy a confirmé que la province allait mettre cette promesse à exécution.

«C’était un plaisir de voir cette promesse incluse dans la plateforme», a-t-il dit en marge d’une conférence de presse, mardi.

«Nous sommes maintenant au commencement du processus pour développer ce nouveau curriculum et je vais partager tous les détails dans les semaines et les mois qui viendront.»

Selon Alicia Noreiga-Mundaroy de Black Lives Matter (BLM) Fredericton, l’histoire des Noirs et de leurs contributions à la société néo-brunswickoise est à peu près absente des programmes d’études dans les écoles.

«Il y a des communautés noires ici et il devrait y avoir une sorte de lien et de reconnaissance pour les personnes qui ont vécu au Nouveau-Brunswick et qui ont contribué de manière positive à la province», explique celle qui est doctorante à la Faculté d’éducation de l’Université du Nouveau-Brunswick.

«Ç’a été passé sous silence. Ç’a été dissimulé. Il est très important que nous mettions ces thèmes en évidence.»

Selon le professeur Gregory Kennedy du Département de géographie et d’histoire de l’Université de Moncton, il existe notamment plusieurs connexions entre l’histoire des Noirs et celles de l’Acadie qui pourraient être enseignées dans nos écoles.

«On peut témoigner de la présence d’esclaves noirs et autochtones en Nouvelle-France et en Acadie», avance-t-il.

Par exemple, la forteresse de Louisbourg, en Nouvelle-Écosse actuelle, a été construite en partie par des esclaves noirs. L’endroit a aussi été le théâtre d’un certain commerce d’esclaves.

«Il n’y a pas eu un énorme marché d’esclaves sur place à Louisbourg, parce qu’il n’y avait pas le même besoin comme avec les plantations (aux États-Unis), mais il y a certainement des esclaves noirs qui sont passés par là», raconte M. Kennedy.

On sait aussi que des esclaves ont été amenés de force à l’Île-du-Prince-Édouard, autrefois appelée l’île Saint-Jean, durant la colonisation française.

«Jean-Pierre Roma avait acheté des esclaves pour l’aider à faire la colonisation sur l’île Saint-Jean.»

Selon Gregory Kennedy, les liens entre le Canada, l’Acadie et l’histoire des Noirs sont méconnus de la population en général et méritent que l’on s’y attarde.

«J’ai l’impression que c’est en train de changer, mais il y a beaucoup de travail à faire. On aime cette histoire du Canada comme un pays libre, mais nous avons nos propres histoires d’esclavages.»

Alicia Noreiga-Mundaroy souhaite aussi que l’on parle des aspects positifs de la présence des Noirs comme Willie O’Ree. Ce natif de Fredericton a été le premier joueur noir de l’histoire de la Ligue nationale de hockey.

«Oui, il faut reconnaître que ces choses sont arrivées aux personnes noires. Nous avons été opprimés. Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Nous espérons que nos héros seront reconnus pour donner de l’espoir aux étudiants noirs et un aperçu de ce qu’ils peuvent également accomplir.»

L’expérience des Noirs devrait faire partie des cours d’histoire, dit-elle, mais aussi des autres cours de sciences humaines.

Cet enseignement pourrait notamment contribuer à combattre les propos haineux  à l’endroit des Noirs, notamment en ligne, croit Mme Noreiga-Mundaroy.

«Une grande partie des commentaires négatifs dont nous faisons l’objet sont dus au manque d’éducation, à l’ignorance et au fait de ne pas savoir que les Noirs ont réellement contribué (au Nouveau-Brunswick).»

Dominic Cardy a rencontré les représentants du groupe BLM de Saint-Jean avant les élections provinciales. Il s’est aussi récemment entretenu avec les membres du mouvement à Fredericton.

Le ministre de l’Éducation n’a pas précisé exactement quand les curriculums seront modifiés. Il a cependant promis que cela se ferait beaucoup plus rapidement que dans le passé.

«Ça prend jusqu’à sept ans entre le moment où une nouvelle idée pour le curriculum est développée et le moment où ça arrive en salle de classe. À mon avis, c’est un peu fou. C’est clair que nous devons agir beaucoup plus rapidement et j’ai hâte de travailler avec ces groupes», a-t-il dit, mardi.