Un jeune autiste s’épanouit au contact des chevaux

Justin Haché est un cow-boy. Un vrai. Il a le chapeau, les bottes et tout l’habillement. Comme Lucky Luke, son héros. Il a sa propre selle, ses rênes, son mors, son tapis, sa boîte de nettoyage pour Major, le cheval qu’il monte. Il adore le faire trotter et galoper. Il se tient même en équilibre sur son dos. Il a même appris à tirer de l’arc sur la bête et à manipuler le lasso. Rien n’arrête Justin. Même pas le syndrome d’Asperger. Halte-là, les Dalton! Le shérif de Saint-Isidore s’en vient!

Chaque semaine, été comme hiver, le jeune homme âgé de 22 ans et sa mère, Liette Brideau, vont à l’écurie La Vieille Maison, à Village-Blanchard, près de Caraquet.

Ça peut sembler banal au premier regard, mais pour ce grand gaillard de 6 pieds 4 pouces présentant des troubles liés à l’autisme, c’est une grande victoire. Une énorme victoire.

Justin est visiblement très heureux dans cet environnement. Il sourit tout le temps. Il prend le temps de montrer chaque pièce de son équipement et d’en expliquer son utilité. Il passe aussi dans la Forêt enchantée, un sentier à obstacles qu’il a aidé à construire avec Marcelle Légère, propriétaire de l’écurie.

Il connaît le nom de tous les cheveux et leurs propriétaires. Mais son préféré est évidemment Major, avec qui il s’entend à merveille.

«J’aime ça ici, dit-il en gardant cet immense sourire qui illumine son visage. Je brosse Major, je nettoie ses sabots. J’aime trotter et galoper. J’aime faire de la voltige aussi et tirer des flèches. J’ai aussi beaucoup d’amis ici. Je souris tout le temps parce que je suis heureux ici. Je suis un vrai cow-boy! Je suis le shérif de Saint-Isidore!»

Il n’y a pas que Justin qui est heureux. Sa mère et son père Jean-Pierre Haché aussi. Liette a pu voir s’épanouir son fils depuis huit ans, depuis la première fois qu’il a mis les pieds dans cette petite ferme coquette et discrète.

«Quand Justin a commencé la polyvalente à Tracadie, c’était trop pour lui. L’école, c’était difficile. On a décidé de couper sa semaine d’une journée, le mercredi, et en après-midi, on venait faire de l’équitation. Avant, il était intimidé, maladroit, réservé et il ne jasait pas beaucoup. Il a changé du tout au tout», a pu remarquer Liette, qui en remercie Marcelle d’avoir été une enseignante hors pair avec son grand garçon.

Un exemple

Pour Justin, ç’a été l’équitation et le contact avec les chevaux. Pour d’autres personnes présentant des symptômes autistes, ça peut être une autre sorte d’activités, prend-elle le soin de spécifier.

«Comme maman, je trouvais important de me servir de l’exemple de Justin afin de sensibiliser les parents qui vivent avec une personne autiste. S’il trouve une activité qu’il aime, il peut s’épanouir. Justin l’a trouvé ici avec les chevaux et Marcelle. Aujourd’hui, il vit comme nous tous. Il se lève le matin avec un but, soit de venir à l’écurie. Ça le fait sourire. Je l’ai vu dans sa bulle et maintenant, il a tellement gagné en autonomie. C’est toute la différence du monde et c’est un grand bonheur», poursuit Liette avec émotion.

Marcelle trouve difficilement les mots pour qualifier la progression extraordinaire de son ami Justin. Au fil des années, ils ont développé une relation de confiance, une chimie bien plus forte que celle entre le cavalier et son professeur.

«Il y a tellement de choses à retenir… Sa grande capacité d’apprendre, d’exploiter ses points forts, se valoriser… Il faut de la patience et de la compréhension. De la douceur aussi. Il a gagné une compétition de performance western à Sussex, il y a quatre ans. On en braillait tous de joie. Justin est bien dans ce milieu avec les chevaux et ses amis. Il prend un soin jaloux de son équipement. Ici, c’est sa deuxième maison», fait-elle part.

Quand on dit que rien n’arrête ce garçon… Il y a un an, il a goûté au tir à l’arc sur son cheval. Avec l’aide de son enseignant Lance Bishop, qui vient expressément de la Nouvelle-Écosse, il manipule l’arc et les flèches avec doigté. Il regarde sa cible, place la flèche comme il faut et tend l’instrument.

«Justin était prêt à ça, raconte Marcelle. Avant, il fallait qu’il soit capable de galoper avec son cheval. Il faut savoir trotter sans les mains qui tiennent les rênes. Justin a vite appris.»

Chose certaine, Justin Haché se plaît en compagnie des chevaux, de Marcelle et de Liette. Avec le chat qui dort près du poêle à bois. Avec les deux petits cochons dans l’étable. Il est bien dans cet environnement. Il est heureux.

«Le cheval est mon animal préféré!», assure-t-il.

Aucune difficulté à le croire sur parole. Il suffit de voir son immense sourire.