COVID-19: Kedgwick veut quitter la zone orange

La communauté rurale de Kedgwick n’entend pas baisser les bras. Après une semaine à lutter pour infirmer son reclassement dans la zone 5, elle est plus déterminée que jamais à obtenir réparation.

La mairesse de Kedgwick l’avoue, elle n’aimerait pas se retrouver dans les chaussures de l’hygiéniste en chef de la province, Jennifer Russell.

«C’est une tâche colossale et complexe que de garder les citoyens du Nouveau-Brunswick en sécurité et en santé. Et jusqu’ici, la province a obtenu de très bons résultats. Mais…»

Car oui, il y a un mais, et lui aussi est colossal.

Janice Savoie ne digère toujours pas que sa communauté, incluse dans la zone de santé 4 (Madawaska) depuis novembre 2005, ait soudainement été incorporée dans la zone 5 (Restigouche). Le changement s’est fait à son insu au cours des derniers jours. Sans discussion. Sans avertissement. Sans consentement.

«Personne au gouvernement n’a pensé prendre le téléphone pour nous avertir. Personne. Elle est où la communication?», questionne-t-elle.

Ce faisant, Kedgwick se retrouve – tout comme Campbellton – en phase d’alerte orange, avec toutes les contraintes socio-économiques que cela implique. Pourtant, à dix minutes de là, la ville de Saint-Quentin est demeurée en zone 4 et en phase jaune. Conséquences? On décourage les interactions et les voyages entre les deux communautés. Du coup, les patients de Kedgwick sont désormais traités comme potentiellement atteints de la COVID-19 s’ils doivent se rendent à l’Hôtel-Dieu-Saint-Joseph, leur hôpital de référence.

C’est la seconde fois depuis le début de la pandémie que Kedgwick doit se battre pour réintégrer la zone 4. Cette fois, Mme Savoie en a assez. Ce qu’elle revendique, avec l’appui des communautés avoisinantes, c’est que Kedgwick soit remis dans la zone sanitaire 4. Cette demande touche en fait tout le Restigouche-Ouest, de White Brook jusqu’à Saint-Quentin.

«On nous a proposé de créer une bulle avec Saint-Quentin, mais cette bulle aurait été orange. C’était hors de question d’imposer cela à nos voisins», affirme Mme Savoie qui avait convié la presse vendredi après-midi afin de faire le point sur la situation et les démarches des derniers jours.

Ce qu’espère Mme Savoie avec cette proposition, c’est aussi d’éviter d’éventuels problèmes. Car si la zone 4 devait éventuellement tomber en phase orange alors que la zone 5 est en jaune, les deux principales communautés du Restigouche-Ouest se retrouveraient une fois de plus séparées.

«Nos deux communautés ont leur identité propre, mais nous sommes tellement intégrées l’une à l’autre que c’est tout simplement impensable d’être séparées», souligne la mairesse.

Elle rappelle qu’entre Kedgwick et Campbellton, il y a 79 km alors qu’entre Kedgwick et Saint-Quentin, on n’en dénombre que 17 km. Le lien de proximité parle de lui-même.

Flux de trafic

En entretien avec l’Acadie Nouvelle, l’hygiéniste en chef de la province, la Dre Jennifer Russell, a expliqué que sa décision d’inclure Kedgwick dans la zone 5 était basée sur le flux de trafic (le va-et-vient) entre cette communauté et Campbellton.

«C’est pour gérer les risques à cause des voyages», indique-t-elle.

Considérant que les zones de santé englobent de très vastes territoires, est-ce qu’on pourrait en venir à de plus petites zones afin de mieux cibler les interventions?

«Il se peut qu’on en discute. Mais maintenant, on veut être alignés avec les réseaux de la santé. On veut que, lorsqu’une communauté est en phase orange, les services de santé soient aussi dans la zone orange», ajoute Mme Russell.

Présent au point de presse à Kedgwick vendredi, le député de Restigouche-Ouest, Gilles Lepage, n’adhère pas du tout à cette vision de l’hygiéniste en chef. Pour lui, le premier arrêt en santé des gens de Kedgwick est l’hôpital de Saint-Quentin. En ce qui concerne le flux de trafic, il n’est pas du tout convaincu qu’il est plus élevé entre Kedgwick et Campbellton qu’entre Kedgwick et Saint-Quentin.

«En fait, je crois qu’il y a beaucoup plus de personnes qui voyagent quotidiennement entre Kedgwick et Saint-Quentin qu’entre Kedgwick et Campbellton», prétend le député Lepage, invitant Fredericton à lui fournir les données contraires si elles existent.

Il demande au gouvernement de réviser sa position et va même plus loin en lui demandant de considérer la création d’une bulle unique pour le Restigouche-Ouest.

«S’il y a des raisons pour lesquelles Kedgwick devrait se retrouver dans la zone 5, en phase orange, je ne les ai pas entendus et je demande au gouvernement de venir sur place les expliquer. C’est son obligation», dit-il.

Mme Savoie avait par ailleurs un message pour ces citoyens, soit de continuer de suivre les consignes sanitaires attribuables à la zone orange jusqu’à ce qu’un compromis soit trouvé, question de ne pas nuire aux pourparlers en cours.

  • Avec la participation du journaliste Pascal Raiche-Nogue