Un centre-ville fantôme à Campbellton si la phase orange se prolonge, craint un entrepreneur 

«Si ça continue à ce rythme, beaucoup de commerces pourraient fermer leurs portes. Et si ça se produit, nous aurons alors un centre-ville fantôme, une région fantôme.»

Luc Couturier est propriétaire d’un restaurant à Campbellton. Et ces derniers temps, les affaires tournent au ralenti, au point qu’il a dû revoir à la baisse son personnel. La pandémie de la COVID-19 est déjà difficile en soi sur le chiffre d’affaires, depuis le passage en phase d’alerte orange, son chiffre d’affaires a plongé de nouveau de moitié.

«Ça fait quatre ans que j’ai mon restaurant et je dois puiser dans mes économies des trois dernières années pour arriver. Je suis chanceux en quelque sorte, car tous les commerçants d’ici n’ont pas ce luxe», exprime-t-il.

Ce dernier encaisse avec difficultés l’annonce du maintien pour une période indéterminée de la zone 5  (Restigouche) en phase orange du niveau d’alerte à la COVID-19.

«Une autre semaine minimum en orange, c’est terrible pour notre économie, pour nos petites entreprises, déjà que nous sommes privés d’une grande partie de notre clientèle avec la fermeture de la frontière avec nos voisins du Québec. C’est la deuxième fois que l’on vit ce genre de situation en peu de temps et là, ça fait vraiment mal. Il ne faut surtout pas que ça dure six semaines comme ce fut le cas au printemps dernier, car sinon on risque de perdre des joueurs», prévient l’homme d’affaires.

Par joueurs, il entend commerces et entrepreneurs. Et il parle en connaissance de cause. Outre son commerce, il est également membre du conseil d’administration de la Chambre de commerce de Campbellton et président de Centre-Ville Campbellton, une organisation visant à stimuler le secteur économique de cette partie de la municipalité restigouchoise.

Il sait donc mieux que quiconque que des commerçants sont à risque de fermer, que certains propriétaires songent même sérieusement la clé dans la porte.

Les citoyens du Restigouche sont-ils plus indisciplinés que ceux des autres comme la Santé publique le laisse entendre? M. Couturier ne le croit pas et refuse cette étiquette pour la région, croyant sincèrement que la même situation pourrait survenir n’importe où ailleurs dans la province.

Selon ses propres observations, M. Couturier dit croire que les gens respectent généralement les consignes en public. À son établissement par exemple, il ne rencontre que très rarement de la résistance face au port du masque. Il croit que c’est davantage en privé que les choses se gâtent.

«On en voit des gens qui ne se surveillent pas, qui ne respectent pas les bulles, et la preuve en est qu’il continue d’y avoir des cas qui émergent tous les jours. Mais il va falloir que l’on se décide: soit on fait le party et on reste dans la phase orange, soit on fait collectivement un petit effort supplémentaire pour aider nos entreprises à s’en sortir et à retourner dans la phase jaune. C’est là qu’on en est, le choix que l’on doit faire», dit-il.

S’il dit comprendre l’impatience des citoyens du Restigouche, il les implore toutefois de respecter les consignes imposées par Fredericton.

«Chaque décision a des conséquences et en ce moment, c’est nous – les petits entrepreneurs – qui en payons le gros prix. On trouve ça lourd aujourd’hui, mais si on ne fait pas plus attention, c’est la phase rouge qui nous attend, et ce serait une catastrophe. On a manqué notre coup pour ce jeudi, mais faisons en sorte d’être prêts à retourner en jaune jeudi prochain», dit-il.

À noter que des 103 cas toujours actifs dans la province, 57 se trouvent dans la zone 5.