Écrasement d’avion en 1957: «Laissez l’appareil tel quel, soyez respectueux du site»

Un citoyen du Restigouche demande la collaboration de la population afin de conserver l’intégrité du lieu d’un écrasement d’avion survenu il y a 63 ans.

L’accident fatal est survenu le 20 juin 1957, à environ 5 km au sud-ouest de ce que l’on appelait autrefois Budworm City. L’endroit est situé au cœur de la forêt, pratiquement à mi-chemin entre Bathurst, Saint-Quentin et Balmoral.

Plus qu’une lutte, car à l’époque c’était une véritable guerre que l’on menait à cet insecte ravageur. Et en période de guerre, toutes les armes sont bonnes pour vaincre l’ennemi, même celles qu’on finit par regretter. On parle notamment de l’utilisation du DDT, un puissant insecticide qui s’est avéré être un véritable poison pour la faune et la flore, et dont l’usage a été interdit quelques années plus tard.

L’épandage de DDT, c’est exactement ce qu’était venu faire ici le pilote Elwyn G. Behnke d’Eagle Point en Oregon (États-Unis). C’est son engin qui s’est écrasé dans la forêt néo-brunswickoise. Il s’agissait de la première victime de ce programme d’épandage à grande échelle.

À l’époque de sa disparition, Behnke avait cinq garçons. Sa femme était d’ailleurs enceinte de trois mois d’un autre garçon.

Les autorités de l’époque ont réussi à trouver l’appareil et à rapatrier le corps de la victime. Toutefois, l’engin est demeuré en forêt, trop compliqué à remorquer.

«Il n’y avait pas de routes dans ce secteur comme aujourd’hui. Ils l’ont simplement laissé là», explique André Mercier, un citoyen de Balmoral qui s’intéresse de près à ce moment historique.

Selon lui, au fil des années, les gens ont oublié l’histoire de l’écrasement ainsi que l’existence de l’endroit où reposent les ruines de l’appareil. Du moins jusqu’à l’automne dernier, où un travailleur forestier est tombé par hasard sur des débris. L’annonce de cette découverte a piqué la curiosité de plusieurs.

«Dans les années 90, des chasseurs m’ont dit qu’ils avaient vu un avion dans la forêt. Je l’ai cherché longtemps, mais je ne l’ai toutefois jamais trouvé», raconte-t-il. Depuis, il s’y est rendu à quelques reprises.

Trouvailles

S’il n’a pas trouvé lui-même l’appareil, André Mercier a toutefois fait une autre découverte aussi précieuse que l’appareil lui-même: l’un des fils du disparu.

«Je suis tombé en début d’année sur un site internet où l’un des garçons du pilote, Mark, cherchait des nouvelles de l’écrasement. Sa demande datait de 2016. J’ai donc entrepris de le contacter pour lui dire que oui, on venait finalement de localiser l’appareil. Nous sommes restés en contact depuis», relate M. Mercier.

Mark Behnke avait sept ans lors de l’accident de son père. Il n’a jamais vu plus que quelques photos du site datant des années 50.

«Il était donc très intéressé de voir que nous savions où il se trouvait, parce que lui souhaitait y aller afin de rendre hommage à son père et installer une plaque commémorative. Je devais l’emmener là-bas en compagnie d’autres membres de sa famille le 20 juin, date de l’accident. Mais la COVID-19 est arrivée. La visite devra donc attendre», exprime M. Mercier.

Le fils d’Elwyn Behnke, Mark, a fait concevoir cette plaque commémorative. Il entend venir l’installer en personne sur le site de l’écrasement où son père a perdu la vie. – Gracieuseté

Respect du site

Mais voilà, bien qu’il s’agisse d’un endroit symbolique pour la famille, celui-ci n’est pas protégé pour autant. M. Mercier s’est aperçu que beaucoup de curieux visitent le site du crash.

«Il y a beaucoup de personnes qui y vont, et c’est bien correct, il n’y a pas de mal là-dedans. Je demanderais par contre aux gens s’il vous plaît, soyez respectueux. Laissez l’appareil où il est et ne ramassez pas de pièces comme souvenirs. Ça vaut beaucoup plus pour la famille et pour l’histoire, beaucoup plus que dans le fond d’un garage», souligne-t-il.

Afin de jouer de prudence, ce dernier – avec l’accord de la famille – s’est quand même rendu sur les lieux se saisir de deux morceaux importants de l’appareil, soit la plaque avec le numéro de série, et le tableau de bord incluant le levier de contrôle de l’appareil.

Craignant que l’on s’en prenne à l’appareil, M. Mercier a cru judicieux d’en retirer le panneau de commandes. Il compte le remettre à la famille du défunt. – Gracieuseté: André Mercier

«Avec les années, beaucoup de pièces ont disparu, dont le moteur, les roues, etc. Et comme le site est de plus en plus fréquenté, je tenais à ce que la famille ait un souvenir unique auquel se rattacher. Les commandes, c’est fort probablement la dernière chose que M. Behnke a touchée avant de mourir. Je vais conserver ces items et les remettre en main propre à la famille, ça leur revient», prévoit M. Mercier.

En ce qui a trait à la visite de la famille du défunt pilote, ce dernier espère pouvoir la coordonner au cours de la prochaine année.