Adopter malgré la pandémie

Il est clair que les restrictions frontalières liées au nouveau virus ont chamboulé l’adoption internationale. Mais qu’en est-il de l’adoption d’enfants au Nouveau-Brunswick en temps de crise? Une nouvelle mère adoptive témoigne du long parcours qui a finalement mené, contre toute attente, à la rencontre de son fils en pleine pandémie.

Lorsque Julie Roussel et son conjoint ont entamé le processus d’adoption en 2008, ils étaient loin d’imaginer qu’ils accueilleraient leur bébé 12 ans plus tard. Encore moins à l’aube d’une deuxième vague de coronavirus.

Malgré les nombreux rebondissements qu’ils ont vécus au fils des ans, le couple de Tracadie ne s’attendait pas au coup de fil qu’ils reçurent au cœur du confinement.

«En avril, en plein confinement, une travailleuse sociale nous a appelés pour nous dire qu’il y aurait peut-être un bébé pour nous. On pleurait tous les deux. On capotait. Ça nous a vraiment pris par surprise.»

L’enseignante souligne qu’après la joie et l’excitation, est vite venu le questionnement.

«On s’est dit: comment va-t-on faire pour s’organiser? On ne peut aller nulle part. Les livraisons sont trop lentes pour commander en ligne. On a vraiment paniqué pendant quelque temps.»

Finalement, l’adoption en question ne s’est pas concrétisée.

Mme Roussel et son conjoint ont enfin fait la découverte du petit qui deviendra leur fils environ quatre mois plus tard.

«On m’a appelé une deuxième fois au mois d’août. Cette fois, on a discuté avec notre travailleuse sociale dès le lendemain. C’était évident que c’était le match parfait. C’était notre fils!»

En raison des restrictions, les nouveaux parents adoptifs n’ont pas pu visiter le petit de deux mois et demi chez sa famille d’accueil.

Ils ont plutôt dû faire sa connaissance au bureau du travailleur social.

Deux semaines plus tard, le 9 septembre, le petit François-Xavier est enfin rentré à la maison avec ses nouveaux parents et sa grande sœur.

Mme Roussel compose depuis avec les mêmes défis que la plupart des nouveaux parents.

«C’est difficile de présenter le bébé. Ma famille voulait me faire une célébration, mais on n’a pas pu inviter tout le monde. C’est aussi compliqué pour aller chercher tout ce dont on a besoin.»

Après tout, la COVID-19 n’aura pas eu d’impact important sur le parcours de la famille Rousselle, comparativement à certains qui en sont à différentes phases du processus.

«Au début, quand la pandémie a frappé, j’ai eu peur qu’elle complique notre projet puisqu’on devait alors faire une mise à jour de notre dossier. Je me suis dit: “comment on va faire?” Mais finalement, ça s’est assez bien passé.»

Les travailleurs sociaux du ministère du Développement social ont pris différents moyens pour assurer les suivis obligatoires des adoptions malgré la COVID-19.

Alors que certaines rencontres se font maintenant en ligne, d’autres continuent de se dérouler en personne dans des espaces où la distanciation physique est possible et avec l’équipement de protection approprié.

La formation initiale d’environ 27 heures que doivent suivre tous les nouveaux candidats est aujourd’hui offerte virtuellement dans les régions de Moncton et Saint-Jean.

En attendant que le ministère étende ce programme à l’ensemble du Nouveau-Brunswick, les autres régions doivent toutefois patienter.

En plus du petit de Mme Roussel, 28 enfants ont été placés en adoption au Nouveau-Brunswick depuis mars. Ceci n’inclut pas les adoptions privées.

Soixante-cinq avaient trouvé un foyer permanent lors de la dernière année fiscale (du 1er avril 2019 au 31 mars 2020) et 67 l’année précédente (1 avril 2018 au 31 mars 2019).

Le ministère entend continuer son travail concernant les évaluations d’adoption, la formation et la recherche de foyers pour les jeunes Néo-Brunswickois.

Il est à noter que 448 enfants étaient toujours sous la charge de la province en date du 31 mars 2019.

La majorité est âgée de 6 à 18 ans.

La pandémie n’efface pas le désir de fonder une famille

La période de confinement a permis à plusieurs de réfléchir.

Patricia Estabrooks, la coordonnatrice régionale pour la Fondation du N.-B. pour l’adoption, estime qu’elle a même incité de nombreux Néo-Brunswickois à faire le premier pas vers l’adoption.

«Je pense que l’adoption est toujours dans l’arrière-pensée de certains. En plus, étant moi-même maman adoptive et sachant ce que c’est de vouloir une famille et ne pas pouvoir le faire biologiquement, je sais que ce n’est pas quelque chose qui disparaît, même en temps de pandémie.»

En une semaine, l’organisme à but non lucratif a reçu une vingtaine de demandes de renseignements sur l’adoption; la preuve que le désir de fonder n’est pas complètement effacé par la COVID-19.

De nouvelles façons de faire

Plus tôt cette année, la Fondation du N.-B. pour l’adoption a dû se réinventer afin de continuer à appuyer parents et futurs parents adoptifs à travers la province.

«Heureusement, on avait déjà commencé à faire des démarches pour offrir nos services en ligne afin de joindre les régions qui sont moins accessibles», a noté Mme Estabrooks.

«Quand la pandémie a commencé, on a donc sauté là-dessus tout de suite.»

Depuis mars, la fondation organise au moins deux événements virtuels par semaine, soit des webinaires, des sessions questions-réponses ou des capsules par le biais de leur page Facebook.

Le virage vers les réseaux sociaux s’est avéré un succès.

«Plus de gens participent maintenant qu’on offre des sessions en ligne puisqu’un des grands obstacles pour les parents adoptifs, c’est de se libérer pour aller chercher de l’aide.»

L’alternative aurait aussi permis à la communauté de parents adoptifs de se rapprocher.

«On avait déjà l’habitude de jumeler des familles aux défis semblables, mais c’était surtout par région. Maintenant qu’on se retrouve comme une communauté provinciale, on peut jumeler quelqu’un de Moncton, par exemple, avec quelqu’un d’Edmundston, chose qu’on ne faisait pas avant.»

Si l’on retrouve du positif parmi ces témoignages, il ne faudrait toutefois pas oublier, selon Mme Estabrooks, que quelque 400 jeunes sont toujours en famille d’accueil aujourd’hui et demeurent spécialement touchés par les restrictions liées à la pandémie.