Exclusif – Le N.-B. coupe le financement d’un programme d’aide aux jeunes en crise

Le gouvernement provincial a mis fin à la subvention du programme Le Maillon qui organise l’accompagnement des élèves de la 6e à la 12e année face aux situations difficiles de la vie. Les bénévoles impliqués s’interrogent désormais sur son avenir.

Le programme Le Maillon veut faire le lien entre un jeune en crise et les services offerts dans la communauté, quelle que soit la problématique: peine d’amour, problèmes de drogue, questionnements sur l’identité sexuelle, harcèlement, dépression…

Il repose notamment les accompagnateurs, membres du personnel scolaire pour la plupart d’entre eux, chargés d’offrir une écoute bienveillante à l’élève et de le guider vers des ressources spécifiques dans sa région. Le programme prévoit aussi la distribution d’outils, comme «l’arbre à solutions» qui aide les jeunes à définir le problème et à savoir vers qui se tourner.

Créé à la fin des années 1990 dans la région de Grand-Sault par des professionnels de la santé mentale, des intervenants du milieu scolaire et communautaire à la suite du suicide de trois adolescents, le Maillon s’est étendu à toute la province en 2006 grâce à l’appui financier du ministère du Développement social. Il était, jusqu’à la dernière année scolaire, implanté dans une centaine d’écoles, dans toutes les régions.

L’Acadie Nouvelle a appris que le ministère a suspendu la subvention de 40 000$ qu’il accordait jusqu’à présent. Le poste de coordonnateur provincial, seul employé affecté au programme, a été supprimé.

Notre demande d’entrevue auprès du nouveau ministre du Développement social, Bruce Fitch est restée lettre morte. Dans un courriel, une agente de communication du ministère a toutefois expliqué que la décision de couper les vivres au programme a été finalisée le 1er avril, en partenariat avec le ministère de la Santé.

«Il a été déterminé que ses objectifs étaient atteints par d’autres moyens, en particulier par le biais de services de santé mentale en ligne, des services des régies régionales de la santé et de la prestation de services intégrés», écrit Abigail McCarthy, ce qui laisse entendre que le remplacement du Maillon n’est pas à l’ordre du jour.

«Le ministère de la Santé a ajouté des ressources supplémentaires, virtuellement disponibles, pour répondre aux préoccupations mentales et à l’isolement social en ces temps difficiles», souligne la fonctionnaire.

Après vérification, les ressources en question se limitent à quelques conseils généraux et des liens vers des lignes d’écoute existantes et des sites canadiens traitant de la santé mentale.

Le Maillon offre au jeune des ressources pour l’aider à résoudre sa problématique. – Gracieuseté

Des bénévoles pris au dépourvu

L’absence du coordonnateur et la situation sanitaire perturbent le fonctionnement du programme, déplore le vice-président, Gaétan Germain. Deux des comités régionaux n’ont pas été reformés à la rentrée et l’organisation doit désormais puiser dans ses réserves ou compter sur un soutien communautaire pour produire les documents destinés aux jeunes.

«Ça revient à chaque comité de continuer ou non, on est en année de transition», indique Danielle Bouchard, mentor en gestion de comportement et présidente du comité régional de la Péninsule acadienne. «Ici, les intervenants continuent à faire la promotion du Maillon dans les écoles.»

La décision de la province met-elle en péril la pérennité du programme? «Absolument», répond Gaétan Germain. «C’est certain qu’on ne pourra pas continuer longtemps sans argent. Les districts sont au courant de la situation et nous aident. Nous voulons trouver des commanditaires, mais en temps de pandémie les temps sont durs pour tous, ce n’est pas le meilleur temps pour cogner aux portes…»

Le Maillon ne compile aucune statistique car toutes les interactions restent confidentielles.

M. Germain, ancien policier de la GRC, a toutefois la certitude que ces efforts ont permis à des adolescent(e)s de résoudre leurs difficultés avant qu’elles ne s’aggravent et les conduisent à des situations plus sérieuses ou des drames. «Je suis convaincu que ça fait une différence. Si on a empêché ne serait-ce qu’un jeune de passer à l’acte, c’est une victoire», lance-t-il.

Il estime que cette coupure n’aurait pas pu plus mal tomber.

«Ce n’est pas le temps en pleine pandémie de laisser les élèves sans alternative.»

Les accompagnateurs sont particulièrement sollicités depuis la rentrée, avance Gérard Michaud, l’un des fondateurs du programme.

«On est peut-être plus aux aguets de ce qu’il se passe dans la vie des jeunes. On sent une anxiété généralisée chez tout le monde. Il y a beaucoup d’incertitudes, de questionnements, de frustration, de fatigue». Ce travailleur social de Grand-Sault estime lui aussi que Le Maillon, qui s’est mérité le Prix d’excellence en prévention du suicide à deux reprises, a fait ses preuves.

«Je ne pense pas qu’il faille laisser mourir ce programme. Il est connu, il est visible. Ça offre une écoute à nos jeunes, une écoute présente dans les écoles, pas seulement une écoute virtuelle.»