Quelles répercussions la pandémie de la COVID-19 a-t-elle sur la santé mentale des élèves du secondaire? La réponse est loin d’être évidente mais la problématique est aujourd’hui au centre de l’attention du personnel scolaire et des intervenants auprès des jeunes.

Sur le terrain, Dre Élaine Deschênes, directrice du Centre de pédiatrie sociale du Sud-Est, s’aperçoit des impacts directs de la crise sanitaire sur une partie de sa clientèle.

«On a vu les comportements de plusieurs enfants se détériorer, les appels en détresse de famille vulnérables ont augmenté en raison de l’isolement», témoigne-t-elle

La pédiatre croit que l’enseignement à domicile une journée sur deux choisi par le Nouveau-Brunswick dessert les élèves moins bien épaulés par leur famille et qui n’ont pas eu droit à un départ solide dans la vie.

«Si on vient d’une famille favorisée, où l’attachement a été bien établi, où l’enfant est entouré par un réseau de support, il est évident que les restrictions et le nouveau mode d’apprentissage sont beaucoup moins pesants. Si on est moins soutenu, si on vit une insécurité, si on ne se sent pas important, pas valorisé, ça devient difficile de fonctionner dans tout ce brouhaha», expose-t-elle.

«Ceux qui sont isolés et qui n’avaient comme cercle d’interaction que l’école, sont laissés à eux-mêmes une journée sur deux dans un environnement peu enrichissant, peu reconnaissant et validant. L’école t’apporte un soutien quand tu n’en as pas chez toi. Pour plusieurs enfants, c’est à l’école que se fait leur développement et non pas à la maison malheureusement.»

Comme tous les autres citoyens de la province, les adolescents ont été appelés à contribuer à la lutte contre la COVID-19 en minimisant leurs contacts sociaux, à l’école comme à l’extérieur. Or, pour les jeunes de 12 et 18 ans, voir leurs amis dans le cadre d’activités parascolaires est essentiel à leur développement socioaffectif, souligne Richard Bérubé, psychologue basé à Grand-Sault.

Le professionnel constate une montée de l’anxiété parmi sa clientèle adolescente.

«Ça les a perturbés. On a vu certains symptômes s’accentuer. Des jeunes qui souffraient déjà d’anxiété ou de dépression risquent d’avoir des répercussions plus grandes», avance-t-il.

Richard Bérubé note que le confinement a parfois eu des effets néfastes sur les habitudes de vie: sommeil déficiant, mauvaise alimentation, manque d’activité physique ou temps d’écran excessif.

«Ça aussi, ça peut avoir des impacts sur la détresse psychologique des jeunes, ou des impacts à plus long terme sur leur style de vie, sur leurs relations interpersonnelles», s’inquiète le psychologue.

Le mois dernier, l’Association des pédiatres du Québec s’alarmait des effets des restrictions sanitaires imposées dans la province voisine sur les adolescents, allant jusqu’à parler d’un «sacrifice générationnel».

Jenny Coulombe, psychologue employée du District scolaire francophone Nord-Ouest dresse un constat plus positif de la situation au Nouveau-Brunswick. À ces yeux, les élèves du secondaire semblent bien s’ajuster.

«On observe une certaine résilience et de bonnes capacités d’adaptation chez la majorité de nos jeunes», affirme-t-elle. «Ça n’empêche que des jeunes vivent des choses plus difficiles.»

Le confinement, qui a privé les ados d’un cadre scolaire et des moments de socialisation, a été éprouvant. Jenny Coulombe observe que le retour à l’école est un soulagement pour bon nombre d’entre eux. Elle reconnait toutefois que l’apprentissage hybride ne répond pas aux besoins de tous. «On est conscient que ça risque d’apporter un manque de motivation, plus de difficulté au niveau de l’apprentissage pour certains.»

Les districts scolaires aux aguets

Le District scolaire francophone Nord-Est mène une série de sondages, notamment à destination des élèves du secondaire et des parents, pour tenter d’évaluer comment chacun s’adapte.

«On comprend que la pandémie augmente les problèmes psychologiques dans l’ensemble de la population. Nous avons soumis des questions au sujet du format hybride, des nouvelles directives de la santé publique pour savoir comment les élèves se sentent face à la nouveauté et comprendre comment se vit cette nouvelle réalité», explique Ian-Guillaume DesRoches, porte-parole du district.

«Nous voulons voir si les stratégies axées sur le mieux-être et la santé mentale mises en place sont concluantes ou non, et comment on pourrait se réinventer.»

Le District scolaire francophone Nord-Ouest entend lui aussi sonder ses élèves plus tard cette année. La direction a embauché quatre nouveaux mentors en gestion des comportements et a soutenu la création de matériel promotionnel pour faire connaître aux élèves les services à leur disposition, note Julie Poulain, directrice des relations stratégiques.

«Nous avons notamment travaillé ensemble avec un spécialiste du trauma, Pat Rivard, pour nous assurer que le retour à l’école en septembre dernier se déroule bien. Aussi, entre autres, une équipe provinciale a développé un guide pour les enseignants, afin qu’ils puissent s’assurer que les élèves qui sont à la maison un jour sur deux vont bien», ajoute-t-elle.

Du côté du District scolaire francophone Sud, on affirme que les psychologues scolaires et les travailleurs sociaux ont reçu la consigne d’être plus présents dans les écoles et d’appuyer le personnel scolaire au besoin.

Quels conseils pour les parents?

Le psychologue Richard Bérubé propose aux jeunes quatre stratégies pour traverser au mieux la période d’incertitude actuelle: se fixer des objectifs clairs et précis pour la semaine et pour le mois, se donner du temps pour se ressourcer en se consacrer à son passe-temps ou son activité physique, apprendre des techniques de relaxation et cultiver les pensées positives.

Il suggère aux parents d’établir une routine avec les adolescents lors des journées d’étude à la maison.

«Il faut définir un horaire structuré avec eux pour les aider à gérer cette anxiété, leur dire de faire comme s’ils allaient à l’école, c’est-à-dire s’habiller, adopter des règles d’hygiène normales, pour qu’ils retrouvent le sentiment de contrôle sur leur vie», dit-il.

«Il faut continuer à mettre des règles, des limites claires, définir quelles sont nos attentes en rappelant qu’une journée d’école à la maison, ça reste une journée d’apprentissage et qu’il faut se coucher tôt», abonde Jenny Coulombe.

La psychologue rappelle aussi que l’importance de communications constantes pour identifier les inquiétudes et de communiquer avec les enseignants en cas de problème.

Lire aussi: Le système éducatif attentif au risque de décrochage scolaire 

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