Le traversier Apollo ne sera pas démantelé au port de Dalhousie

Le traversier Apollo ne prendra finalement pas la mer vers le port de Dalhousie pour y être démantelé. Son acheteur, René Renault, a finalement éliminé cette option et chercherait maintenant du côté de Terre-Neuve-et-Labrador pour y amener ce tas de ferraille.

Le bateau de 109 mètres s’est retrouvé au coeur d’une controverse, la semaine dernière, lorsque son propriétaire, la Société Apollo de la ville de Godbout, dans la Côte-Nord, a vendu l’engin pour la somme de 1$ à l’entrepreneur gaspésien dont l’idée était de monter un projet de centre de recyclage de métaux provenant de navires abandonnés au port de Dalhousie.

L’engin, amarré au quai de Groupe Océan à Québec, devait quitter les lieux cette semaine parce que la compagnie spécialisée en rénovation maritime avait besoin d’urgence de cet espace pour ses contrats.

Finalement, le bateau a été déplacé dans un autre port de la région de la Vieille Capitale, le temps de trouver sa destination finale, a laissé savoir mercredi Philippe Filion, porte-parole du Groupe Océan.

M. Renault soutient que le gouvernement Higgs ne voulait pas de son entreprise à Dalhousie parce qu’en tant que propriétaire du port de Belledune, il ne voulait pas que son projet lui fasse compétition.

«On voulait essayer à Dalhousie parce que c’est un port industriel. L’endroit était idéal. Ça allait bien jusqu’au moment où Fredericton s’en est mêlé. Quand j’ai senti que je n’étais plus le bienvenu, je me suis dit que je ne mettrai plus d’énergie négative dans mon projet», a commenté le promoteur, qui signale être en négociations avec d’autres ports à l’extérieur du N.-B.

Le directeur général du Port de Dalhousie, Chris Cochrane, a mentionné que M. Renault n’avait jamais obtenu les autorisations environnementales et de transport nécessaires pour y amener l’Apollo. Il a également précisé que l’organisation était prête à collaborer avec le promoteur au départ, mais à la condition qu’il obtienne au préalable les permissions requises d’Ottawa et de Fredericton.

«M. Renault n’y a jamais donné suite, a déclaré M. Cochrane. Il dit qu’il détient une lettre de notre part, mais ce n’est pas vrai. Nous étions prêts à travailler avec lui, à condition qu’il fasse sa part et obtienne les autorisations, chose qu’il n’a pas faite. À la base, son idée n’est pas mauvaise. Était-elle économiquement viable? Je ne le sais pas. Mais on ne pouvait pas lui permettre de venir gâcher notre belle baie des Chaleurs sans autorisations. Nous lui avons expliqué ça à plusieurs reprises.»

La semaine dernière, M. Renault a affirmé qu’il possédait quatre navires prêts à découper et à récupérer le métal de première qualité pour le port de Dalhousie. Disant vouloir créer du développement économique dans la communauté, il a également laissé entendre qu’il pouvait se tourner vers la Turquie si jamais il ne pouvait pas réaliser son plan initial.

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, ne voit pas cette fin comme une victoire. Il estime que si le promoteur avait bien suivi les étapes demandées, ce projet aurait pu apporter du bon pour la ville et la communauté. Mais d’un autre côté, ça envoie un message clair, net et précis à quiconque veut faire des affaires dans sa municipalité.

«On n’est plus dans les années tranquilles. On doit suivre des règles environnementales et de transport strictes. Oui, son projet aurait pu amener des emplois chez nous et nous sommes ouverts à tout entrepreneur qui veut venir faire affaire à Dalhousie, mais il ne faut pas que ce soit fait en broche à foin! Ça prend un plan d’affaires et les autorisations. M. Renault a cru qu’il pouvait acheter ce bateau, l’amener ici et que tout était fini. Non! Il faut faire les choses comme il faut!», a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il pas apprécié se faire mettre au milieu par M. Renault dans cette histoire impliquant aussi le Port de Dalhousie.

Le traversier Apollo devait être transformé en récif artificiel pour les plongeurs au large de Godbout, mais la découverte d’importantes quantités d’amiante à bord a changé la donne.

Auparavant, il avait coûté 5,5 millions $ au trésor québécois quand il a remplacé à la hâte et sans inspection un autre traversier pour la liaison Matane-Godbout-Baie-Comeau. Pendant ses 17 journées d’opération, il s’était fait remarquer pour avoir heurté deux quais.