Élèves de Listuguj: Ottawa urge Québec et Fredericton de s’entendre

Les députés de Madawaska-Restigouche et d’Avignon-La Mitis-Matane interpellent leurs homologues provinciaux à faire preuve de bonne foi afin de trouver une solution dans le dossier des élèves de la Première Nation autochtone de Listuguj privés de l’accès à leur école.

Le député Madawaska-Restigouche, le libéral René Arseneault, et sa consœur d’Avignon-La Mitis-Matane, la bloquiste Kristina Michaud, ont généralement peu en commun. Différentes allégeances politiques, différentes provinces.

Mais depuis peu, ils se partagent néanmoins un même problème qui touche leur territoire respectif: les élèves du secondaire de Listuguj en Gaspésie ne peuvent se rendre à leur école située à Campbellton en raison des restrictions frontalières liées à la COVID-19. La centaine d’élèves autochtones touchés – le tiers de la population scolaire de l’école Sugarloaf Senior High – sont ainsi forcés d’étudier en ligne uniquement.

Les deux députés fédéraux sont aussi unis par une même conviction, soit que Québec et Fredericton doivent impérativement s’entendre afin que ces élèves puissent retourner en classe.

«À mes yeux, toute cette situation n’a aucun sens. Je vois mal comment un élève pourrait davantage transporter le virus au Nouveau-Brunswick que n’importe quels travailleurs essentiels ou autres membres de la communauté qui traverse le pont tous les jours pour obtenir un bien ou un service. C’est illogique», souligne la députée gaspésienne qui estime la demande des jeunes autochtones de Listuguj de réintégrer leurs salles de classe et tout sauf déraisonnable.

Cette dernière ne va pas jusqu’à prôner l’abolition de la frontière, bien que ce soit le souhait de nombreux Gaspésiens. Un assouplissement aux frontières pour ces jeunes élèves serait amplement suffisant pour l’instant.

«Restreindre l’accès aux classes pour ces jeunes est tout simplement aberrant. L’adolescence est une période très importante où l’on a besoin de socialiser, d’avoir quelqu’un – un ami, un professeur – sur qui compter, et c’est encore plus vrai en cette période particulièrement anxiogène de pandémie. Les jeunes de la Listuguj ne méritent pas cela, ils ne méritent pas un traitement différent, un tel rejet de la part des autorités du Nouveau-Brunswick», souligne-t-elle, rappelant que cette communauté a déjà suffisamment souffert d’isolement.

«Irritant majeur et préoccupant»

Plus tôt cette semaine lors d’un entretien avec le quotidien québécois La Presse, le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, n’y est pas allé de main morte envers le gouvernement de Blaine Higgs, qualifiant de «bête, crasse et sans fondement» la décision d’interdire l’accès aux jeunes élèves du secondaire de Listuguj.

Son confrère libéral dans Madawaska-Restigouche est moins cinglant envers l’administration Higgs, bien qu’il dénonce également cette décision.

«C’est un irritant majeur, c’est préoccupant. Si moi je peux me rendre à Ottawa et siéger au Parlement – ce que j’ai fait trois fois depuis le début de la pandémie –, je ne vois pas pourquoi les élèves de Listuguj ne peuvent pas faire un trajet de 10 minutes en autobus pour se rendre à l’école», confie le député, prenant tout de même soin de saluer les efforts du gouvernement néo-brunswickois pour sa gestion de la pandémie jusqu’ici avec la bulle Atlantique.

«Je comprends d’où part le refus. Le Nouveau-Brunswick ne veut tout simplement pas prendre le risque d’importer le virus. Reste que ça me fait beaucoup de peine de voir qu’il y a des enfants qui ne vont pas à l’école à cause de ça. Au lieu de se lancer la balle, j’invite les ministres de l’Éducation à ouvrir leurs oreilles, à faire preuve de bonne foi et à trouver un terrain d’entente à une crise qui ne devrait même pas en être une», dit le député estimant lui aussi que l’éducation doit être perçue comme un service essentiel.

Rôle limité

Selon M. Arseneault, le rôle du gouvernement fédéral demeure somme toute très limité dans ce dossier puisqu’il s’agit d’éducation, une juridiction provinciale. Pas question non plus de s’ingérer dans la gestion des frontières interprovinciales.

«Ça ne ferait qu’empirer les choses. C’est vraiment au Québec et au Nouveau-Brunswick de faire preuve de bonne foi», exprime M. Arseneault.

Conscient des enjeux, ce dernier se propose même comme médiateur dans le dossier afin de guider les parties vers une résolution rapide.

«Dans le contexte actuel de pandémie, c’est important selon moi de tout faire pour donner la chance à ces jeunes-là de retourner sur les bancs d’école, de voir leurs amis, d’avoir une véritable vie scolaire. Et je suis prêt, si ça peut aider, à jouer le rôle de facilitateur pour la rencontre entre les ministres de l’Éducation», propose-t-il.

Une situation éprouvante

Le chef de la communauté mi’kmaq de Listuguj, Darcy Gray, affirme qu’une leçon de discrimination se dégage de cette expérience pour certains jeunes, qui réalisent pour la première fois qu’ils reçoivent un traitement différent.

Celui-ci a souligné que leurs résultats scolaires et leur sentiment d’appartenance «en ont vraiment pris un coup».

Il n’y a aucun calendrier prévu pour leur retour en classe et les élèves assistent aux cours en ligne tout en étant accompagnés en personne par des membres du personnel de l’école, dont certains – ironiquement – vivent à Listuguj, indique le chef autochtone.

Darcy Gray rapporte que la situation a été éprouvante pour les jeunes, mais que la communauté tente d’incorporer un peu de normalité et de routine dans leur vie quotidienne.

Du côté du Nouveau-Brunswick, le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, se dit prêt à accepter à nouveau les élèves de la Première nation si Québec remet en place le point de contrôle qui limitait l’accès aux communautés de Pointe-à-la-Croix et Listuguj.

Ce point de contrôle, Québec l’a retiré au début du mois d’octobre après que des communautés québécoises avoisinantes se soient plaintes d’avoir perdu l’accès à la municipalité de Pointe-à-la-Croix.

  • Avec des extraits de La Presse canadienne