COVID-19: nos enfants ont payé un lourd tribut en 2020

Le défenseur des enfants, des jeunes et des aînés du Nouveau-Brunswick s’alarme du prix payé par les enfants, en particulier les plus vulnérables, pour contenir la propagation du virus.

«Ce sont les enfants des écoles primaires et maternelles d’aujourd’hui qui subiront le plus longtemps les conséquences de la pandémie», affirme d’entrée de jeu Norman Bossé, dans son dernier rapport annuel consacré à la protection des droits de l’enfant à l’heure de la COVID-19.

«Les fermetures d’écoles, l’impossibilité d’accéder aux services de santé courants ou le retard dans l’accès à ces services, la capacité restreinte à pratiquer des activités récréatives et des sports organisés, l’isolement croissant des enfants placés en centre de détention ou enfermés en hôpital psychiatrique, la limitation des visites aux enfants recevant des services de protection de l’enfance et la pression financière exercée sur les familles contraintes de travailler à domicile tout en s’occupant de leurs jeunes enfants ne sont qu’une poignée d’exemples parmi la multitude de manières dont la pandémie a mis les enfants en danger.»

Le défenseur des enfants, des jeunes et des aînés estime que les jeunes néo-brunswickois ont été parmi les plus sérieusement affectés du pays par l’interruption de leur éducation: alors que le Nouveau-Brunswick a été la première province canadienne à avoir réagi rapidement en fermant les écoles, elle a mis bien plus de temps que les autres à offrir des services éducatifs durant cette période de fermeture.

Norman Bossé croit qu’il faudra tirer les leçons des faiblesses du système éducatif mises en lumière par la pandémie, constatant qu’il y a eu très peu d’apprentissage formel dans la grande majorité des ménages durant cette période de six mois.

«Les parents ont largement été livrés à eux-mêmes en ce qui a trait à l’éducation de leurs enfants, et nous avons entendu de manière anecdotique que les parents ont universellement eu des difficultés et largement échoué à poursuivre le développement éducatif de leurs enfants.»

Durant cette période, de nombreux enfants handicapés n’ont plus eu accès aux services de soutien mis à leur disposition à l’école. Les enfants et jeunes victimes de violence physique, de violence psychologique ou de négligence chronique ont soudainement été privés d’un espace sûr indispensable.

«Les chiffres plus faibles relevés lors des mois de fermeture des écoles inspirent une véritable inquiétude quant au fait que des enfants aient vécu des situations de maltraitance et de négligence sur une période prolongée sans qu’ils ne puissent bénéficier du filet de sécurité offert par les enseignants et autre personnel scolaire qui tirent la sonnette d’alarme», peut-on lire dans le rapport, qui note que les admissions auprès des services de protection de l’enfance sont de nouveau en hausse, avec des rapports de cas particulièrement difficiles.

Une évaluation s’impose

La pandémie de COVID-19 aura surtout exacerbé la précarité de la santé mentale des jeunes, estime M. Bossé, qui presse donc la province d’élaborer une stratégie de prévention du suicide chez les adolescents et recommande d’investir davantage dans leur bien-être.

Il rappelle que le Nouveau-Brunswick affiche le taux de suicide parmi les jeunes le plus élevé au Canada et pointe du doigt l’absence de planification adéquate des congés de l’hôpital.

«À mesure que les répercussions de la pandémie deviennent de plus en plus apparentes, il faut s’attendre à une détérioration croissante des indicateurs liés aux facteurs de risque, par exemple la propension des enfants et des jeunes à adopter des comportements à risque à titre de mécanisme d’adaptation, ainsi qu’à une légère hausse du nombre d’enfants présentant des symptômes d’anxiété, de dépression et d’autres problèmes de santé mentale», prédit-il.

Le défenseur des enfants demande également au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance d’entreprendre des enquêtes exhaustives auprès de tous les élèves afin d’évaluer les répercussions de la situation sanitaire sur leur éducation et leur vie en général.

Cette démarche devra inclure les élèves retirés du système scolaire depuis la rentrée, croit M. Bossé. Actuellement, le gouvernement provincial n’assure aucune supervision des enfants dont les parents assurent l’école à la maison.

«Nous nous inquiétons beaucoup des élèves qui ne sont pas encore retournés à l’école. Le gouvernement devrait évaluer comment ces enfants se débrouillent à la maison. Est-ce qu’ils reçoivent l’éducation dont ils ont besoin? Est-ce qu’ils reçoivent les soins et l’attention dont ils ont besoin?»

Combattre les inégalités

Aussi le document appelle-t-il les acteurs du système éducatifs à redoubler d’efforts pour contrecarrer les effets disproportionnés de la pandémie sur les enfants et les jeunes se heurtant déjà à des obstacles à l’éducation, tels que les élèves handicapés, les immigrants récents, les élèves vivant dans des endroits isolés et les élèves issues de communautés pauvres ou vulnérables.

Le défenseur des enfants implore finalement les dirigeants de s’attaquer sérieusement à la pauvreté infantile.

«Le refus du droit d’un enfant à la sécurité sociale et à un niveau de vie suffisant équivaut à un refus de l’égalité des chances et cela doit cesser», écrit-il.

Il rappelle que les enfants issus de familles touchées par la précarité de l’emploi ou présentant des antécédents de violence sont exposés à un risque accru de maltraitance ou de négligence.

S’attaquer aux causes profondes du problème nécessiterait selon lui «des changements sur le plan fiscal», mais aussi la réinvention des programmes d’aide au logement, de soutien du revenu et des investissements dans les programmes d’éducation de la petite enfance et de congé parental.

«Un nouveau filet de protection sociale doit être mis en place», plaide-t-il.

En 2018-2019, le pourcentage de jeunes néo-brunswickois déclarant des symptômes d’anxiété est passé de 33 % à 38 %. Ce chiffre atteint 60% chez les jeunes en situation de pauvreté et 58% chez les jeunes LGBTQ+.

Il en va de même pour le pourcentage de jeunes déclarant des symptômes de dépression, qui est passé de 31 % à 38 %. Là aussi, les jeunes en situation de pauvreté (67%) et les jeunes LGBTQ+ (60%) sont bien plus touchés.

«Quoi qu’il en soit, dans le contexte de la pandémie, on peut s’attendre à ce que ces tendances ne s’améliorent pas en 2021, voire même à ce qu’elles s’empirent», s’inquiète M. Bossé.

Parmi les autres recommandations figure la création d’un Parlement des jeunes du Nouveau-Brunswick, qui serait convoqué au moins trois fois par année pour conseiller les députés sur les initiatives de réforme du droit en cours et faire entendre le point de vue de la jeunesse.