Chasse à l’as: une véritable manne pour Paquetville

Une Chasse à l’as, c’est payant. Surtout quand la carte magique se laisse désirer. Payant pas seulement pour l’organisation qui gère cette loterie, mais aussi pour les communautés hôtesses. Les milieux des affaires de Dalhousie, de Lamèque et d’Inkerman en ont tous bénéficié à différents niveaux. C’est au tour de Paquetville de récolter cette manne qui tombe à point nommé.

Mercredi matin. Le calme est revenu dans le village d’Édith Butler. Ça circule normalement sur la rue Principale. Les citoyens reprennent leur souffle après la frénésie de la veille.

Ou plutôt la folie.

De 8h à 20h, la circulation n’a pas cessé au Centre des loisirs. À coup de 5$, de 10$, de 20$ et souvent plus, les gens voulaient acheter des billets pour la Chasse à l’as de pique.

Les longues files d’attente ont occupé les bénévoles jusqu’à l’heure limite de vente. Difficile de trouver un endroit pour stationner sa voiture.

«On pensait que des ventes de 160 000$ de la semaine dernière, c’était gros. Mais les 209 000$ de mardi, c’est…», réfléchit à haute voix André Pinet, gérant du centre et principal responsable de cette chasse.

Il prend quelques secondes pour trouver le bon mot.

«Extraordinaire!», lâche-t-il, visiblement ébranlé.

Cette loterie a ceci de particulier: elle ne réserve qu’une seule journée pour vendre des billets. Le tirage dans l’immense contenant est effectué à 20h30 et on donne jusqu’à 22h30 au détenteur du ticket chanceux pour se présenter et aller tourner une carte.

Si la personne ne se présente pas, just too bad!, comme on dit.

Ce sont les règles de la Société des loteries de l’Atlantique.

Cela fait en sorte que les acheteurs venant de l’extérieur doivent rester dans les parages, au cas où la chance leur sourirait.

«On espère que l’as sera tiré en dernier!», se croise les doigts le maire Luc Robichaud, qui est aussi directeur général de la Coop Tradition.

Quand il met son chapeau d’élu, il constate que cette ruée hebdomadaire fait le plus grand bien au moral de ses citoyens.

«Ça change les idées, ça change les discussions. C’est devenu le sujet de conversation chez nous. Tout le monde en parle. Ça apporte un élément joyeux pour notre population», dit-il.

En tant qu’homme d’affaires, il rapporte que la journée de la loterie est devenue excellente pour son épicerie et les commerces des alentours. Plus le gros lot monte, plus il faut garnir les tablettes, explique-t-il.

«Ça fait quatre semaines que le mardi est notre meilleure journée de vente de la semaine. Habituellement, c’est notre journée la plus tranquille. Cette Chasse à l’as a un gros impact sur l’achalandage. Je dois mettre en place du personnel supplémentaire pour prévoir le mardi. Mes employés me disent qu’ils voient beaucoup de nouveaux visages dans le magasin. Ça fait découvrir ce que Paquetville offre. Dans la situation actuelle et avec la COVID-19, nous en avons tous bien besoin», analyse M. Robichaud.

«Une belle ambiance»

La caisse enregistreuse du Dixie 2000 n’a guère le temps de se reposer le mardi. Les commandes de plats à emporter sont si nombreuses que la direction doit faire travailler un ou deux employés de plus à la cuisine.

«Ça amène du monde dans la place, note Danielle Savoie, souriante devant sa caisse. C’est un va-et-vient incessant. Depuis quelques semaines, on est pas mal occupé les mardis, mais on ne manque pas de stock. On se prépare à l’avance. On jase avec le monde et ça apporte du positif, tout en gardant nos distances.»

Louise Godin, du Dépanneur Ultra, voit aussi une nette différence. Ce flux de personnes fait augmenter ses ventes, ce qui fait du bien.

«On va le prendre pendant que ça passe, affirme-t-elle, heureuse de l’impact. Ça aide toute la paroisse et tu vois que le monde est plus positif. Je dois engager plus de personnel et ça amène du monde de l’extérieur. Je n’entends que du positif. Ça crée une belle ambiance.»

Mardi soir, Réal Poirier a tourné le 4 de trèfle. Il n’a pas récolté le gros lot de plus d’un quart de million de dollars, mais il est quand même reparti chez lui avec un beau chèque de 41 823$, soit 20% des ventes records de 209 115$.

Cela veut aussi dire que le concours va se poursuivre mardi prochain, avec un gros lot qui pourrait atteindre 350 000$. Avec aussi un trafic intense dans la municipalité.

Plutôt que de prendre un congé bien mérité mercredi, les bénévoles de la loterie sont à pied d’oeuvre afin de préparer les liasses de billets pour la prochaine journée de vente. André Pinet prévoit en mettre en circulation 300 000.

«On fait des heureux, mais ça nous demande aussi d’être à la hauteur. Des fois, j’ai de la misère à y croire. J’ai rêvé souvent qu’on atteigne un bon montant avec la Chasse à l’as, mais ça, c’est beaucoup mieux que dans mes rêves», avoue-t-il.

Le permis accordé donne jusqu’au 5 janvier pour donner le prix final. Il reste donc encore une possibilité réelle de six tirages. Donc, six autres mardis potentiellement fous. Mais vous ne trouverez personne à Paquetville qui va s’en plaindre.