Moncton: des caméras de surveillance supplémentaires au centre-ville

Moncton souhaite améliorer la sécurité des passants au centre-ville. Elle ajoutera quelques caméras de surveillance à cet effet. Elle améliorera aussi l’éclairage public à certains endroits et lancera une plateforme de communication sur internet.

Le chef des agents des arrêtés municipaux, Conrad Landry précise que la Ville ajoutera quatre ou cinq caméras de surveillance autour du théâtre Capitol vers la fin de l’année.

«Les agents des arrêtés municipaux garderont un œil sur les activités problématiques afin de faire de la prévention, explique-t-il. L’objectif est d’avoir une idée de ce qui se passe au centre-ville.»

Le chef souligne que ses hommes ne resteront pas rivés aux images 24h/24. Il affirme aussi que les agents de la GRC devront demander à y accéder, en cas de crime.

«On ne veut pas partager la vie privée des gens», soutient-il.

Le fonctionnaire compte déjà trois caméras de surveillance dans la zone (dans les ruelles Oak et Robinson, par exemple). Il critique toutefois leur âge (six ans), la qualité de leurs images et les limites de leur champ de vision.

Au total, M. Landry en recense plus de 200 dans la cité (dans la rue Main, le stationnement de la rue Alma, le Parc du Centenaire, les arénas, etc.).

Éclairage et site internet

Le chef annonce par ailleurs que la Ville améliorera l’éclairage public dans les deux espaces de stationnement derrière le théâtre Capitol, dans les ruelles Oak et Robinson ainsi que dans la cour Seymour.

«Il y a des points sombres», décrit-il.

M. Landry fait enfin valoir que les habitants de Moncton pourront signaler leurs inquiétudes à la Municipalité sur une plateforme internet dès le début de décembre.

«Il y a une combinaison de causes, expose-t-il au sujet de ces mesures sécuritaires. Le nombre de sans-abri a augmenté. En même temps, la COVID-19 a diminué le nombre de travailleurs au centre-ville. Ça augmente les craintes et l’inconfort des gens qui restent, même si c’est peut-être juste une perception.»

Le fonctionnaire fait part de plaintes et d’appels reçus par son administration de la part de citoyens, de propriétaires et de gérants de restaurants.

Entrepreneurs satisfaits

La Chambre de commerce du Grand Moncton a d’ailleurs publié un communiqué de presse à propos de ses inquiétudes liées à l’itinérance en août.

La Ville a par conséquent consulté des représentants d’entrepreneurs, des propriétaires et des entreprises de sécurité pendant plusieurs mois.

«Il y a beaucoup d’améliorations, se réjouit la directrice de Downtown Moncton Centre-ville, Anne Poirier-Basque. C’est quelque chose qu’il va falloir faire de façon continue.»

Le membre de l’association pour la justice sociale Grassroots NB, Charles MacDougall, critique en revanche l’ajout de caméras de surveillance. Il pense que cette dépense aurait été plus bénéfique sous la forme d’une subvention à une association de lutte contre la pauvreté.

Il se montre tout de même en faveur de l’amélioration de l’éclairage public. Il juge aussi intéressante la création du portail internet.

«Ça va donner l’option aux gens de parler à la Ville avant la GRC, croit-il. Quand des itinérants chercheront un refuge dans un parc, ce sera plus intéressant que les habitants contactent la Municipalité, qui pourra collaborer avec l’organisme YMCA ReConnect par exemple.»

M. Landry insiste à ce propos sur la volonté de la Ville de trouver le bon équilibre entre la répression et l’aide aux itinérants.

«Les agents d’arrêtés municipaux essaient d’avoir une conversation avec eux, de les assister et de leur pointer la bonne direction avant de leur donner une amende ou de les expulser, assure-t-il à propos des itinérants. Nous avons une liste de ressources.»

Une criminologue sceptique

Professeure de criminologie à l’Université de Moncton, Véronique Chadillon-Farinacci est sceptique face aux récentes mesures employées par la ville pour rendre le centre-ville plus sécuritaire.

Selon elle, la bonne procédure à respecter consiste à définir un problème, s’informer sur la situation, se fixer un but clair puis entreprendre une action à l’efficacité prouvée.

Or, elle juge que le sentiment de sécurité au centre-ville est un objectif imprécis, en tout cas selon les informations transmises par la Municipalité à propos des personnes concernées et de leurs perceptions.

La chercheuse rappelle par ailleurs que les caméras de surveillance sont inefficaces contre la violence. Elle convient de leur utilité seulement pour la prévention de certains vols à l’intérieur d’espaces de stationnement, quand d’autres mesures les accompagnent (l’embauche d’un gardien, par exemple).

«Si c’est pour surveiller et documenter, pourquoi pas, ajoute Mme Chadillon-Farinacci. Mais ça pourrait consister à installer temporairement des caméras pour s’informer sur un espace ou sur une situation particulière. À la fin, il doit y avoir un objectif. Surveiller pour surveiller est difficilement justifiable.»

La professeure remarque en outre qu’un meilleur éclairage ne provoque pas forcément un meilleur sentiment de sécurité.

Mme Chadillon-Farinacci juge en revanche intéressant le portail internet permettant aux citoyens de rapporter leurs inquiétudes à la Municipalité. Elle pense qu’il pourrait permettre à l’Administration d’être mieux informée et d’avoir une meilleure communication avec ses habitants. Elle croit aussi qu’il pourrait désengorger le centre d’appels du 911.

«La question, c’est de savoir comment les situations seront traitées? Selon quels critères? Est-ce que ce portail peut servir contre des personnes ou des comportements peu problématiques? Il faut que la Ville soit précise dans ses objectifs», appuie la chercheuse.