Le gouvernement Higgs s’interrogeait sur la qualité du transport aérien dans la province, dans son dernier discours du Trône: que pourrait faire le gouvernement provincial pour que les besoins des voyageurs, ainsi que des gens d’affaires et étudiants qui souhaitent s’établir dans la province, soient mieux servis? Cependant, le transport aérien est une compétence fédérale. Ce n’est pas nécessairement un obstacle à une intervention provinciale, selon un expert.

Le Nouveau-Brunswick compte trois aéroports d’importance. Ils sont situés à Dieppe, à Saint-Jean et à Fredericton. Certains rêvent de les voir disparaître au profit d’un grand aéroport provincial capable de compétitionner avec celui de Halifax.

Le dernier mot à ce sujet revient toutefois à Ottawa.

«Les trois aéroports [internationaux] du Nouveau-Brunswick appartiennent au gouvernement du Canada […] Toute décision prise concernant l’avenir de ces aéroports devrait être prise par les autorités aéroportuaires et le gouvernement du Canada, en consultation avec les parties prenantes et le public», rappelle Amy Butcher, la directrice des communications du ministre des Transports, Marc Garneau.

Mehran Ebrahimi, le directeur du Groupe d’étude en management des entreprises aéronautiques de l’UQAM, souligne cependant que si «le transport aérien est de juridiction fédérale, il se trouve que l’acteur le plus passif dans tout ça c’est le gouvernement fédéral.»

Et la question de juridiction, poursuit-il «n’a pas empêché certaines provinces, certaines villes de négocier. Et c’est aussi dans l’intérêt du gouvernement fédéral, parce que les aéroports sont un instrument de développement régional.»

Mais, pour Mehran Ebrahimi, il faut que le gouvernement provincial mette en place une stratégie claire, et déploie des efforts de lobbying substantiels auprès des autorités fédérales.

«Si vous êtes passif par rapport à ça, si votre plan ne tient pas la route, si la seule chose que vous avez à dire c’est “écoutez, nous allons construire un très grand aéroport”, vous n’allez pas devenir Toronto pour autant», explique le professeur Ebrahimi.

Pas «des gares pour avions»

Au Canada, le territoire vaste et la faible densité de population a souvent mené les autorités à considérer le transport aérien de façon très technique, selon Mehran Ebrahimi. Les avions sont perçus comme des «autobus volants» et les aéroports comme des «gares pour avions.»

Dans le cas du Nouveau-Brunswick, cette approche a mené à «dissocier l’infrastructure touristique des activités aéroportuaires», affirme le professeur Ebrahimi.

Or, rappelle-t-il, les aéroports constituent de formidables leviers de développement économique régional. Les gouvernements devraient encourager les entreprises à s’installer près des aéroports, pour créer des zones commerciales et industrielles dynamiques, qui bénéficient d’un accès rapide à d’importantes infrastructures de transport.

Cependant, cela nécessite une coordination de différentes politiques industrielles: la promotion du transport aérien doit aller de pair avec une politique de développement industriel, ajoute le professeur Ebrahimi.

Présentement, observe-t-il, le Nouveau-Brunswick ne dispose pas d’une politique industrielle qui favoriserait l’arrimage des entreprises aux zones aéroportuaires.

C’est tout le contraire en Nouvelle-Écosse, où les stratégies de développement des activités aéroportuaires sont harmonisées avec les stratégies de promotion touristique et économique, soutient Mehran Ebrahimi.

Et cela explique en partie que le trafic aérien de l’aéroport d’Halifax soit trois fois plus élevé que celui des trois plus grands aéroports du Nouveau-Brunswick, tel que le mentionnait le discours du Trône.

Attention aux éléphants blancs

Récemment, l’équipe éditoriale du Telegraph-Journal suggérait que les activités des trois plus grands aéroports du Nouveau-Brunswick devraient être transférées vers un nouvel aéroport qui serait construit dans la région de Sussex.

Certains ont interprété l’évocation du transport aérien dans le dernier discours du Trône comme un prélude à l’annonce d’un tel projet de méga-aéroport.

Mehran Ebrahimi observe que la consolidation du trafic aérien vers un seul aéroport peut avoir des effets bénéfiques.

Si la stratégie de développement du Nouveau-Brunswick était centrée sur le tourisme, par exemple, concentrer le trafic aérien dans un seul aéroport serait sensé. Tout le monde arriverait à un point central et se déplacerait dans la province à l’aide d’une infrastructure régionale de transport, explique-t-il.

Secteurs pénalisés

Lorsqu’on retire un aéroport d’une région, on la prive d’un levier économique. Donc les gains effectués dans l’industrie touristique pénaliseraient d’autres secteurs d’activités, d’autres entreprises, qui bénéficient d’un accès à des infrastructures aéroportuaires, selon le professeur Ebrahimi.

«Mais est-ce qu’il y a vraiment une stratégie de développement du tourisme ou pas? S’il n’y en a pas, vous venez de mettre un éléphant blanc dans la place.»

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