Députés en mode virtuel: une première expérience réussie

Le succès de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative donne espoir aux députés qui souhaitent répéter l’expérience à 49 dès mardi. Au moins un élu a toutefois d’importantes réserves.

Le député libéral de Restigouche-Ouest a qualifié l’événement d’historique au moment de poser la première question de la séance à partir de son bureau de circonscription à Balmoral, vendredi.

«C’est un énorme honneur pour moi de faire partie de ce témoignage historique pour l’Assemblée législative», a déclaré Gilles LePage.

Le député Gilles LePage lors de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative. – Capture d’écran

Grâce à la magie d’internet et de la plateforme de vidéoconférence Zoom, les députés présents sur le parquet de l’Assemblée et plusieurs autres en direct de chez eux ont pu entendre et voir M. LePage poser sa question au ministre de la Justice et de la Sécurité publique.

C’était la première fois depuis le début de la pandémie de COVID-19, en mars, que les députés participaient à une séance publique de l’Assemblée en mode partiellement virtuel.

Le recul en phase orange de la moitié sud du Nouveau-Brunswick empêche la plupart des députés de se rendre dans la capitale provinciale en raison d’une recommandation de la Santé publique.

Il s’agissait d’une rencontre du comité de la politique économique qui, malgré son nom, est chargé d’étudier tous les projets qui lui sont soumis, peu importe le domaine.

Vendredi, les membres du comité ont étudié plusieurs projets de loi déposés le mois dernier par le ministre Ted Flemming.

«La séance était excellente. Le son était excellent. Les procédures étaient  bien établies. Du côté de la traduction, c’était bien», a commenté M. LePage après la réunion.

Sans pépins

Même s’il a avoué être la personne «la moins douée avec la technologie de toute l’Assemblée législative», le ministre Flemming semble avoir lui aussi aimé son expérience en mode virtuel à partir de son bureau à la maison.

«C’est bien de voir que nous nous sommes occupés de notre premier projet de loi de façon appropriée et sans pépins. Félicitations tout le monde. Je suis heureux que ça se soit bien déroulé.»

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Ted Flemming, lors de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative. – Capture d’écran

Avant de poser ses questions au ministre, le député Kevin Arseneau du Parti vert a dit à la blague «espérer que l’internet dans le comté de Kent soit capable de tenir le coup».

«Je suis vraiment heureux qu’on travaille en ligne. Je pense que c’est très historique. À date, ça va très bien», a-t-il dit.

Même si l’image des députés n’était pas toujours d’excellente qualité, le son était suffisamment bon pour mener à bien les travaux.

Le député Guy Arseneault lors de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative. – Capture d’écran

Une seule députée, la progressiste-conservatrice Sherry Wilson de Moncton-Sud-Ouest, semble avoir éprouvé des difficultés plus importantes avec sa connexion internet.

La député Sherry WIlson lors de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative. – Capture d’écran
La député Sherry WIlson a vécu quelques difficultés lors de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative. – Capture d’écran

Après la pandémie?

Le président de l’Assemblée législative, Bill Oliver, avait indiqué jeudi que l’Assemblée législative pourrait reprendre ses travaux ordinaires à 49 députés dès mardi si la séance de vendredi se déroulait sans embûche.

Des députés ont exprimé la volonté que le système de séance virtuelle perdure après la fin de la pandémie.

«Je pense que ça nous amène des perspectives d’avenir. Je pense entre autres aux congés parentaux qui pourraient devenir une réalité pour les députés», a confié Kevin Arseneau tout en soulignant l’importance que les élus soient présents en personne à l’Assemblée la plupart du temps.

Le député Kevin Arseneau lors de la première séance partiellement virtuelle de l’Assemblée législative. – Capture d’écran.

Il a indiqué par la suite sur Twitter que la participation virtuelle ne devrait pas être utilisée pour permettre aux députés d’assister à des événements dans leurs circonscriptions ou d’aller chez le dentiste.

«Je pense que ça devrait être autorisé dans des situations spécifiques comme un congé parental, un congé pour compassion ou en cas de deuil.»

Gilles LePage, qui doit conduire parfois pendant près de quatre heures pour se rendre à Fredericton, a fait une suggestion semblable.

«Je pense que nous avons trouvé une solution pas juste pour la pandémie, mais à long terme. Ça pourrait permettre d’intéresser d’autres gens à la politique s’il y a d’autres alternatives que de se déplacer à Fredericton pour siéger à l’Assemblée législative.»

Les réserves de Dominic Cardy

Un vote unanime des députés pourrait être nécessaire, mardi, pour permettre aux travaux ordinaires de l’Assemblée de se dérouler partiellement en mode virtuel. La proposition pourrait donc être bloquée par un seul député.

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, s’est tourné vers Twitter, vendredi, pour exprimer de sérieuses réserves concernant le mode virtuel.

«C’est un changement énorme qui a des implications importantes pour notre démocratie», a-t-il écrit sur le réseau social.

«L’immunité parlementaire s’étend-elle aux (députés) qui sont chez eux? Que se passe-t-il si un député perd internet et ne peut pas voter, ou s’il prétend qu’il n’a pas pu comprendre une partie ou la totalité d’un débat, ou qu’il a manqué une intervention importante?»

M. Cardy a pris soin d’indiquer qu’il s’exprimait à titre de député de Fredericton-Ouest-Hanwell et pas à titre de membre du cabinet du premier ministre Blaine Higgs.