Moncton: un distributeur automatique pour les toxicomanes

L’organisme Ensemble Moncton a installé sous son porche au centre-ville un distributeur automatique pour les toxicomanes. Ils peuvent s’y servir gratuitement tout le temps depuis mercredi dernier, même pendant un confinement.

«Quand nous avons fermé en mars à cause de la pandémie de COVID-19, nos clients se sont retrouvés sans service. Ça les a mis en plus grand risque d’infection. Puis quand nous avons rouvert, nos horaires étaient réduits», raconte Deborah Warren.

La directrice de l’organisme (appelé auparavant Sida Moncton) ajoute que le distributeur automatique est disponible la nuit et en fin de semaine.

«L’usage de drogue survient 24h/24, souligne-t-elle. Nous voulons être sûrs que les gens n’ont pas à partager [leur matériel].»

Aiguilles propres

Dans la machine, les toxicomanes peuvent trouver des aiguilles, des pipes, du naloxone (pour combattre les effets d’une surdose d’opioïdes), des masques, des préservatifs (condoms) et du désinfectant.

Les itinérants peuvent aussi y consulter une carte et des informations sur les refuges, les banques alimentaires, les soupes populaires et les services contre les dépendances.

Une bénéficiaire d’Ensemble Moncton, Charly Perry se trouvait près du distributeur automatique avec deux amies lundi après-midi, au croisement des rues Weldon et Gordon.

Vies sauvées

«C’est assez cool, a-t-elle jugé. C’est toujours accessible. Ça pourrait sauver des gens!»

«Ce n’est pas seulement pour les drogues, insiste une de ses amies. Des gens vont chialer, mais ça fait plus de bien que de mal.»

«C’est anonyme, fait valoir la troisième femme du groupe. Les kits sont emballés dans de petites boîtes en carton. Ce n’est pas à la vue de tout le monde. On se sent à l’aise de les prendre.»

Centre d’injection supervisé

Ensemble Moncton a reçu une subvention de 45 000$ du gouvernement fédéral pour installer ce distributeur automatique ainsi qu’un autre en milieu rural, selon sa directrice.

Son organisme utilise une «approche de réduction des méfaits» de la drogue.

«L’abstinence n’est pas réaliste pour la majorité des consommateurs», a expliqué en août la professeure en criminologie de l’Université de Moncton, Véronique Chadillon-Farinacci.

La chercheuse a vanté à ce propos les effets des centres d’injection supervisés. Ces établissements permettent la consommation de stupéfiants à proximité de professionnels de la santé et de travailleurs sociaux. Ils réduisent les risques d’infections, d’overdoses et d’incivilités, selon elle.

Mme Warren souhaite en créer un à Moncton depuis plus de deux ans. Elle raconte que son projet a peu avancé depuis la pandémie. Elle espère en revanche pouvoir se concentrer sur sa réclamation de fonds au gouvernement provincial à partir de janvier.

«J’ai toujours de l’espoir, je suis une optimiste», rit-elle.

Son organisme devra obtenir une autorisation de Santé Canada au terme d’un processus en neuf étapes s’il parvient à réunir le financement nécessaire.

En 2019, Ensemble Moncton a distribué 471 369 seringues aux consommateurs de drogue du Grand Moncton. Au cours des deux dernières années, la demande de matériel a augmenté de 96%.