Montée du huard: rien de comparable à l’impact de la COVID pour les exportateurs

Malgré la progression de la valeur du dollar canadien au cours des derniers mois, la crise engendrée par la COVID-19 demeure la principale source d’incertitudes pour les entreprises exportatrices de ressources naturelles au Nouveau-Brunswick.

La pandémie de COVID-19 secoue l’économie mondiale depuis bientôt un an, un état de fait qui n’a pas été sans impact sur la valeur de la devise canadienne. En effet, la valeur du dollar canadien est passée de 77 à 69 cents américains entre le 5 janvier et le 19 mars 2020.

Depuis quelques mois, la valeur du huard ne cesse toutefois d’augmenter, si bien qu’elle est aujourd’hui semblable à celle d’avant la crise. Lundi, elle était de 78 cents américains.

Pour l’instant, la tendance a été sans conséquence pour l’industrie du bois d’œuvre de la province.

«Le marché est bon. Il y a une forte demande pour nos produits aux États-Unis, donc l’augmentation de notre devise n’a pas de réel impact sur notre industrie», explique Mike Legere, directeur exécutif de Forêt NB.

Du côté de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP), les impacts de la remontée du huard sont aussi inexistants.

«Il n’y a pas de pêche en ce moment, donc il n’y a pas d’incidence sur les pêcheurs, mais si le dollar poursuit sa montée, on pourrait voir des impacts sur les prix lors de la prochaine saison, explique Jean Lanteigne, directeur général de la FRAPP.

Trop tôt pour s’inquiéter

S’il est vrai qu’une augmentation de la valeur du dollar est habituellement néfaste pour les entreprises exportatrices de ressources naturelles, l’économiste Pierre-Marcel Desjardins estime qu’il est encore trop tôt pour s’en inquiéter.

«Les défis avec lesquels les entreprises néo-brunswickoises ont dû – et devront – composer depuis quelques mois sont bien plus importants», dit M. Desjardins, qui est aussi directeur de l’École des hautes études publiques à l’Université de Moncton.

Par exemple, la fermeture des restaurants et des casinos un peu partout sur la planète aura eu davantage d’impact sur le secteur des pêches de la province que ne peut l’avoir la présente progression du dollar, estime-t-il.

Heureusement, dit Jean Lanteigne, la catastrophe anticipée n’a pas eu lieu.

«La fermeture des restaurants n’a pas trop fait souffrir l’industrie du homard ou du crabe, précise-t-il. Ça prit un certain temps afin que ça se replace du côté de la distribution, mais les choses vont bien puisqu’il s’agit de produits prêts à être consommés. On a qu’à aller à l’épicerie, acheter ses deux sections de crabe ou son homard et rentrer à la maison afin de les déguster. »

Malheureusement, dit-il, l’industrie de la crevette nordique n’a pas connu le même succès.

«Pour nous, c’est vraiment là que la COVID a fait mal et où les choses demeurent inquiétantes», ajoute-t-il.

Même si la pandémie n’a pas causé de ralentissement et que «les mises en chantier demeurent importantes aux États-Unis», la COVID-19 demeure une source d’inquiétude pour Mike Legere.

«Il faut s’assurer que l’épidémie soit contrôlée, sinon ça pourrait avoir un impact sur notre industrie, dit-il. Il faut être prudent et protéger la santé de nos travailleurs puisqu’une éclosion dans une usine, par exemple, pourrait vite devenir un problème.»

Plusieurs facteurs

Plusieurs facteurs expliquent la chute de la valeur du dollar canadien l’an dernier, dit l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

D’abord, le Canada est un pays exportateur de pétrole et la valeur de sa monnaie a tendance à fluctuer en fonction du prix du baril de pétrole. Les difficultés économiques mondiales causées par la pandémie ont mené à une diminution de la valeur de l’or noir, ce qui explique en partie la baisse de la valeur de la devise canadienne.

«Puisque la valeur du baril s’est un peu solidifiée ces derniers temps, on observe aujourd’hui une pression à la hausse sur le dollar canadien», illustre M. Desjardins.

De plus, le dollar américain demeure une valeur refuge. En temps de difficultés économiques, les investisseurs achètent des devises américaines ce qui a pour effet de faire chuter la valeur du huard.

«Face à la crise créée par la pandémie, il y a eu un repli sur le dollar américain, dit M. Desjardins. Je crois que ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est un essoufflement de ce phénomène, ce qui fait augmenter la valeur de notre monnaie.»

«Les gens qui achètent des produits à l’étranger, par exemple sur Amazon, vont se retrouver avec un pouvoir d’achat plus important, ce qui favorise les importations. Un dollar plus fort est donc positif pour le consommateur, mais peut s’avérer néfaste pour les marchands locaux.»