L’aéroport international du Grand Moncton en grandes difficultés

Les temps sont durs pour l’aéroport international Roméo-LeBlanc du Grand Moncton qui n’aura bientôt plus un sou pour financer ses opérations quotidiennes.

Les voyageurs ont largement déserté ses installations en raison des restrictions liées aux déplacements interprovinciaux et internationaux. Depuis le déconfinement du printemps, alors que la grande majorité des industries aux pays ont redémarré, le secteur de l’aviation demeure encore quasiment à l’arrêt et navigue dans le brouillard.

Moins de 6000 voyageurs ont transité par Dieppe en novembre. C’est 90% de moins qu’un an plus tôt. Plus aucun avion n’atterrit dans la province en provenance de l’étranger.

«Le trafic aérien actuel ne représente que 10% de ce qu’il était en 2019», estime Bernard LeBlanc, président-directeur général de l’aéroport.

Air Canada, qui proposait une dizaine de vols par jour à Moncton, n’en offre plus que deux, en direction de Toronto et Montréal. Pal Airlines continue d’assurer cinq vols par semaine entre le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador mais des vols sont régulièrement annulés en raison d’un nombre de voyageurs insuffisant. Les compagnies Air Transat, Sunwing, WestJet et Porter n’ont pas repris leurs activités.

Confrontée à une situation financière précaire, l’administration aéroportuaire a dû sabrer dans son budget d’investissement, en repoussant ou en annulant plusieurs projets. Malgré la subvention salariale d’urgence offerte par le gouvernement canadien, l’aéroport a mis à pied neuf employés à temps plein l’an dernier.

«En 2020, nous avons puisé 8 millions $ de nos réserves qui étaient censées servir à des projets de capitaux. On a coupé tout ce qu’on pouvait sur le plan des dépenses pour passer au travers de la pandémie. On prévoit épuiser nos réserves d’ici la fin du premier quart 2021. Après, il faudra emprunter pour payer nos opérations. On estime devoir emprunter plus d’un million de dollars d’ici la fin de l’année», détaille M. LeBlanc.

Aéroport international Roméo-LeBlanc du Grand Moncton.

Les mois d’hiver, synonymes de coûts supplémentaires pour le déneigement et l’entretien de l’aérodrome, s’annoncent rudes. La récente décision du Nouveau-Brunswick de fermer ses frontières aux personnes qui ne résident pas dans la province assombrit le tableau encore un peu plus.

Depuis juin, ceux qui avaient de la famille ou une propriété sur le territoire avaient l’autorisation d’y entrer s’ils effectuaient une période d’isolement de 14 jours. Cela n’est plus permis depuis la semaine dernière. Des exceptions s’appliquent, notamment lorsqu’il s’agit d’un voyage pour des raisons médicales, pour le travail, pour assister à des funérailles, dans le cadre d’une entente de garde partagée, pour un déménagement, si le déplacement est approuvé par la Santé publique.

«Dans notre province, les restrictions sont plus strictes qu’ailleurs au pays. Il est très difficile d’imaginer une reprise dans ces conditions», soupire le PDG de l’aéroport.

«On ne croit pas que l’activité pourra reprendre avant que les restrictions soient allégées et que la durée de quarantaine soit réduite.»

Le premier ministre Blaine Higgs a indiqué que la province n’entendait pas ouvrir ses frontières au reste du pays avant que 70% de la population ait reçu le vaccin.

En attendant, l’Aéroport international Roméo-LeBlanc du Grand Moncton espère pouvoir profiter des mesures de soutien aux petits aéroports régionaux (186 millions $ sur deux ans) annoncées le mois dernier par le gouvernement fédéral.

La direction est déjà assurée de pouvoir bénéficier de l’allégement de loyer accordé à tous les aéroports qui paient un loyer au fédéral (229 millions $ sur quatre ans). En revanche, des discussions sont toujours en cours avec l’Agence de promotion économique du Canada atlantique au sujet de la création d’un programme d’aide régional.

Ailleurs dans la province, la situation n’est pas plus réjouissante. Cette semaine, Air Canada a cessé tous ses vols de passagers à destination de Saint-Jean, qui ne dispose désormais plus d’aucune ligne régulière.

«Il y a des risques que la même chose se passe pour nous. Les aéroports ne pourront pas tenir longtemps dans ce contexte-là», s’inquiète Bernard LeBlanc. Le dirigeant est d’avis que les autorités devront établir une approche uniforme en matière de dépistage des voyageurs, qu’il espère devenir l’alternative à la quarantaine obligatoire.

Chose certaine, le retour à la normale n’est pas pour demain.