Mandat des ministres: Blaine Higgs est accusé de manquer de transparence

Quelles sont les attentes de M. Higgs à l’endroit de chacun de ses ministres? L’opposition aimerait bien le savoir.

La tradition veut que le premier ministre inscrive ses demandes et ses instructions dans des lettres de mandat individuelles adressées aux membres de son gouvernement.

Ces dernières années, l’ancien premier ministre Brian Gallant et le premier ministre Justin Trudeau à Ottawa ont décidé de rendre ces missives publiques.

Ceux qui attendaient que Blaine Higgs en fasse de même ont été déçus d’apprendre que le premier ministre a décidé de rompre avec la tradition en n’écrivant pas de lettre de mandat à ses ministres.

«Le premier ministre n’a pas émis de lettres de mandat en 2018 et n’y aura pas recours maintenant, car elles manquent de substance et sont inefficaces», a indiqué récemment au journal la directrice des communications du cabinet de M. Higgs, Nicolle Carlin.

Selon le chef par intérim du Parti libéral, Roger Melanson, la publication de lettres de mandat aurait pu «permettre au public de bien comprendre quels sont l’agenda et les objectifs de chacun des ministères».

«Ça permet aussi de mesurer une certaine imputabilité en fonction de ce qui a été énoncé dans les lettres de mandat», souligne-t-il.

M. Higgs préfère prendre des décisions «en secret» plutôt que de proposer une direction claire aux citoyens à l’aide des lettres de mandat, déplore M. Melanson.

«Le premier ministre semble avoir peur de se faire évaluer. Il semble avoir peur de la transparence.»

Lors de la période de questions du 26 mars 2019, durant son premier mandat, Blaine Higgs avait confié que des lettres de mandat avaient été préparées pour lui, mais qu’il avait choisi de ne pas les distribuer parce qu’il n’était pas satisfait de leur contenu.

«Je n’étais pas convaincu qu’ils allaient couvrir de manière adéquate les questions que nous allons aborder», avait-il dit.

«Vous pouvez écrire beaucoup de choses génériques simplement pour suivre le processus typique d’un gouvernement, ou vous pouvez identifier ce qui doit vraiment être fait après avoir été là quelques mois pour savoir ce qui doit être fait. C’est ce que nous faisons.»

Le chef du Parti vert, David Coon, affirme que l’argument de M. Higgs selon lequel les lettres de mandat sont trop génériques et ne contiennent pas suffisamment de détails ne tient pas la route puisque c’est lui qui a le dernier mot sur ce qu’elles contiennent.

«C’est le premier ministre qui décide des détails qu’il va écrire dans les lettres de mandat. C’est sa responsabilité d’assurer qu’il y a des détails. Il n’y a pas d’autre personne qui peut prendre cette décision.»

Les bouleversements suscités par la pandémie sont une raison de plus pour dire précisément à la population quel est le mandat de chaque ministre, estime M. Coon.

«C’est important de comprendre quelles sont les priorités du premier ministre pour ses ministres dans le contexte de la pandémie. Est-ce qu’il y a des enjeux qui sont moins importants maintenant?», dit-il.

«En période d’état d’urgence, le premier ministre a un niveau de pouvoir (inédit). C’est une raison de plus de nous assurer de bien comprendre les priorités du premier ministre», prévient le chef des verts.

Le cabinet de M. Higgs n’a pas précisé quand la décision de ne pas émettre de lettre de mandat aux ministres a été prise.

Lors d’une rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle, le 15 décembre, le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, avait indiqué que sa lettre de mandat serait rendue publique sous peu.

Dans un courriel laconique, mardi, une porte-parole du ministre Allain s’est contentée d’expliquer qu’«une décision a été prise de ne pas fournir de lettres de mandat».