Rigueur budgétaire en temps de pandémie: Blaine Higgs ferait fausse route

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick lance un processus de consultation avant de préparer son budget 2021-2022. Il donne à cette occasion ses priorités et un portrait économique de la province. Son objectif principal semble rester la rigueur, selon un expert.

«Avant que ne frappe la pandémie, de nombreuses mesures ont été prises pour rétablir la santé financière de la province. Cette approche n’a pas changé», indique le ministère des Finances, dans un document d’information public.

Le gouvernement souhaite par exemple mettre en ligne des services afin de réduire leurs coûts (sans préciser lesquels). Il pose aussi cette question: «comment pouvons-nous optimiser l’utilisation de nos ressources pour fournir des soins de santé publique efficaces?»

«La rigueur budgétaire semble être l’objectif premier du gouvernement, commente l’économiste Pierre-Marcel Desjardins. Il y a toutefois certaines nuances dans le document. C’est ce qui me fait douter.»

Le ministère des Finances reconnaît par exemple que l’absence de grands projets continuera à limiter les possibilités de croissance à mesure que l’économie se remettra des conséquences de la COVID-19.

«C’est un message voilé, croit M. Desjardins en faisant référence à Énergie Est. Si on avait eu le projet de construction d’oléoduc pour transporter le pétrole albertain (jusqu’à Saint-Jean), ça aurait fait rebondir la croissance. L’ironie, c’est que le gouvernement ne semble pas vouloir s’asseoir avec le fédéral pour discuter d’autres projets d’infrastructure.»

Le gouvernement annonce aussi vouloir améliorer la santé des Néo-Brunswickois, le système d’éducation et la gouvernance locale, soutenir l’économie, protéger l’environnement et lutter contre les répercussions du changement climatique.

Besoin de relance

M. Desjardins rappelle que la cheffe économiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Laurence Boone, a plaidé contre la rigueur budgétaire et pour des plans de relance (dans la modernisation numérique ainsi que dans les infrastructures, les transports et les logements verts).

«Il est important que les autorités se gardent de commettre l’erreur de resserrer la politique budgétaire trop rapidement, comme cela s’était passé après la dernière crise financière, a-t-elle déclaré en septembre. Faute de maintien des aides publiques, les faillites et le chômage pourraient augmenter plus rapidement qu’ils n’auraient dû et prélever leur tribut sur les moyens d’existence des individus pendant plusieurs années.»

Le ministère des Finances estime les dépenses supplémentaires de 2020–2021 liées à la COVID-19 à environ 400 millions $. Il projette par ailleurs pour le deuxième trimestre de cet exercice budgétaire un déficit de 183,3 millions $ alors que l’excédent prévu était de 92,4 millions $.

«Le Nouveau-Brunswick est l’une des provinces qui a le moins dépensé pour stimuler son économie dans le cadre de la pandémie», juge M. Desjardins.

À titre de comparaison, la Nouvelle-Écosse a planifié de passer d’un excédent prévu de 55 millions $ à un déficit d’environ 800 millions $. Le Québec devrait également échanger son surplus prévu de 2,7 milliards $ contre un déficit de 15 milliards $.

Le taux de chômage du Nouveau-Brunswick était de 9,3% en décembre, contre 8% avant la pandémie.

Le gouvernement estime par ailleurs que les permis de bâtir permettent un relatif optimisme pour les mois à venir. Il avance aussi que la consommation est susceptible de rebondir.

L’investissement non résidentiel devrait en revanche de continuer à éprouver des difficultés, selon le ministère des Finances.

«Bien malin celui qui pourra prédire les prochains mois et les prochaines années», nuance toutefois M. Desjardins.

Les Néo-Brunswickois ont jusqu’au 11 février pour participer au sondage en ligne du gouvernement ou pour faire parvenir leurs commentaires par courriel à l’adresse wwwfin@gnb.ca au sujet du budget 2021 – 2022.