La saison de pêche sur glace est menacée

À en croire certains, la saison de pêche sur glace est compromise en raison des températures douces des dernières semaines. Du jamais-vu.

Mathieu Roy, propriétaire de Bass Attack Fishing et guide de pêche, est on ne peut plus formel: si le temps froid ne s’installe pas rapidement et pendant un certain temps, il ne sera tout simplement pas possible de pratiquer la pêche sur glace cet hiver dans le Nord-Est de la province.

«À Bathurst en ce moment, je n’embarquerais pas sur la glace! Si la météo ne nous donne pas de meilleures conditions, la saison sera très courte ou bien il n’y aura tout simplement pas de saison», a affirmé le spécialiste en chasse et pêche.

«Il faudrait au moins de 5 à 8 jours avec des températures de -10°C en après-midi et sans soleil qui plombe pour sortir sur la glace.»

Selon divers intervenants consultés par l’Acadie Nouvelle, cette saison de pêche aurait normalement dû prendre son envol dès la fin de la période des Fêtes.

«Il m’est arrivé d’être sur la glace à Bathurst entre Noël et le jour de l’An pour pêcher l’éperlan, mais ce n’est certainement pas le cas cette année», a raconté Mathieu Roy.

La hausse marquée du nombre de phoques observés sur les cours d’eau, un autre obstacle majeur à la pêche hivernale, est directement liée à l’absence de glace.

«Même s’il y a de la glace épaisse dans le meilleur des cas, si le chenal ne gèle pas au complet, la baie sera pleine de phoques et il n’y aura pas de poissons», a souligné le propriétaire de Bass Attack Fishing à Bathurst.

«C’est littéralement avoir deux briques sur la tête avec les températures trop douces et la présence des phoques dans l’eau.»

Mathieu Roy admet que les appels téléphoniques à son entreprise visant à réserver une journée de pêche sur glace à Bathurst sont pratiquement inexistants depuis le début de l’hiver.

«C’est mort à cause de la température, ce n’est pas très prometteur… J’ai eu au moins quelques appels pour la pêche en été», se console-t-il.

Les températures douces et l’abondance de phoques sur les côtes acadiennes compliquent également les activités de la pêche commerciale, alors que les pêcheurs ne peuvent tout simplement pas tirer leurs filets à l’eau.

«J’avais l’habitude d’acheter des stocks d’éperlans de Neguac, de Shippagan et de Baie-Sainte-Anne, mais cette année je dois me rabattre sur des éperlans en provenance de l’Île-du-Prince-Édouard, je n’ai jamais vu une telle chose de toute ma vie», a raconté Bruno Arseneau, le propriétaire de la poissonnerie Arseneau à Nigadoo.

Certains fervents de la pêche hivernale ont tout de même réussi à pratiquer leur activité favorite malgré les conditions météorologiques plutôt défavorables.

Sheldon Levi a ainsi réussi à faire une bonne récolte d’éperlans en milieu de semaine en pêchant sur un cours d’eau de la première nation d’Elsipogtog.

«La glace est bonne, la pêche aussi!», a raconté à l’Acadie Nouvelle le pêcheur qui n’a pas hésité un seul instant à partager en photos ses prises sur les réseaux sociaux.

À Sainte-Anne-de-la-Pérade au Québec, capitale mondiale de la pêche sur glace, la situation n’est guère plus réjouissante alors que la saison de pêche pourrait s’ouvrir le 22 janvier prochain si tout va bien.

«C’est historique, du jamais vu, c’est un mois plus tard qu’une saison normale», a confié Steve Massicotte, porte-parole de l’Association des pourvoyeurs de pêche aux petits poissons des chenaux.